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Régénérer les terres par la réutilisation agricole des eaux urbaines épurées : refonder des métabolismes agriurbains

Paru dans Historiens & Géographes, 467, août 2024, p.64-75

Citation : David Goeury, 2024, “Régénérer les terres par la réutilisation agricole des eaux urbaines épurées : refonder des métabolismes agriurbains”, Historiens & Géographes, 467, août 2024, p.64-75.

Résumé :

Durant des millénaires villes et agricultures étaient consubstantielles autour notamment du cycle du phosphore qui liait plantes, humains et animaux d’élevage. Le développement urbain du XXe siècle s’est fait aux dépens des terres nourricières. A la logique du recyclage par la fertilisation des sols s’est substituée celle de la contamination croissante d’espaces périphériques aux effets environnementaux de plus en plus dévastateurs. Face à la multiplication de ces communs négatifs, il est nécessaire de penser la relation entre technologies et alliances interspécifiques. A travers l’exemple de la réutilisation agricole des eaux usées épurées dans une cité oasienne marocaine, il est possible de discuter comment plantes et animaux peuvent être mobilisés pour rétablir des activités nourricières autour d’espaces contaminés. Cette étude de cas permet alors de réfléchir à un nouveau métabolisme agriurbain liant santé, environnement et sécurité alimentaire dans un contexte de réchauffement climatique accéléré. Il s’avère alors une opportunité pour proposer un nouveau permaurbanisme intégrant habitat et agriculture selon la logique des flux de matières et des cycles vivants.

Sont accessibles ici toutes le texte, les figures en version couleur et les références bibliographiques.

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Chauffeur et médiateur : collecter le lait tout en diffusant informations et bonnes pratiques

Par Hind Ftouhi, David Goeury, Mohamed Mouskite, Lucia Bordone et Amandine Vaccaielli

Un jeune collecteur de lait originaire de Bounamane nous décrit son métier au quotidien. Il a poursuivi ses études jusqu’à la deuxième année collège. Puis, il a arrêté ses études. Il a passé son permis de conduire à Tiznit en 2015 avant d’être recruté en 2020 comme chauffeur par la coopérative agricole de Bounamane. Il fait partie des jeunes recrutés par la coopérative agricole dont la caractéristique commune est d’être issus d’une famille dont aucun membre n’est adhérent de la coopérative. Il n’est donc pas issu d’une famille d’agriculteurs et il n’a pas suivi de formation agricole.

La coopérative a trois circuits de collecte : deux pour le secteur de Bounamane et un pour Tiznit et Targa dont il s’occupe. Il est en contact quotidien avec une quarantaine d’agriculteurs dont 11 femmes. Il effectue deux tournées. La première commence à 5h00 du matin et la seconde à 14h00.

Son rôle se limite normalement à prendre les bidons en acier inoxydable remplis de lait par les agriculteurs sur le pas de leur porte puis de l’apporter au technicien de la COPAG chargé de vérifier la qualité du lait avant de le transférer dans le tank. En même temps qu’il effectue la collecte, il doit distribuer les enveloppes contenant les paiements dédiés aux éleveurs, deux fois par mois,  mais aussi les informations administratives comme les convocations aux assemblées générales, les informations sur les opportunités de subvention pour l’achat d’aliments ou de vaches de race Holstein.

Il joue un rôle essentiel auprès des éleveurs et surtout des éleveuses qui se déplacent rarement à la coopérative.

Faire l’interface

Comme il le dit, il fait l’interface. Il transmet les informations, il répond aux questions des membres de la coopérative, il cherche les réponses ou les contacts de personnes qui ont la réponse. Parfois, il donne aussi des conseils. Il fait cela volontairement car recruté comme simple chauffeur, sa rémunération est liée uniquement au transport du lait et des enveloppes.

« Chaque fois qu’un agriculteur me demande quelque chose, je cherche la réponse ou la personne qui a la réponse ».

« Les éleveurs et les éleveuses ont souvent le même type de problème ».

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Développer un élevage laitier en famille à Doutarga  : un travail exigeant et collectif

Par Mohamed Mouskite, David Goeury, Khadija Zahi, Amandine Vaccaielli et Lucia Bordone

Fatima est une éleveuse que nous connaissons depuis plus de 7 années déjà. En 2016, elle était avec sa voisine Fadma l’une des deux seules femmes enregistrées en son nom personnel au sein de la coopérative laitière qui collectait le lait depuis un petit dépôt installé au sud de la ville de Tiznit dans un espace mis à disposition par la direction provinciale de l’agriculture à destination de la COPAG. Lorsque nous revenons à Doutarga pour enquêter les femmes inscrites comme membre de la coopérative de Bounamane qui a pris le relais désormais, c’est immédiatement vers elle que les autorités nous réorientent. Elle est sur sa parcelle mais n’hésite pas une seconde à interrompre la cueillette de la luzerne qu’elle laisse à sa fille pour nous rejoindre avec un enthousiasme non feint. Elle se souvient de nous et surtout elle veut nous montrer les nouveautés. Elle nous informe que  Fadma a délaissé l’élevage bovin, après l’émigration de son fils. Devant son étable, nous retrouvons une de ses filles entrain de décharger la récolte quotidienne de luzerne. Elle esquive la conversation, en disant simplement qu’elle aide sa mère pour lui laissé toute la place. Lorsque nous entrons dans l’étable dédiée à l’engraissement, elle s’exclame : « photographiez les poulets. C’est nouveau cela ». Commence alors un très long entretien durant lequel Fatima va présenter les transformations de son exploitation.

Alors que le Maroc connaît une sécheresse particulièrement sévère depuis 6 années et un recul de la production laitière qui a obligé le ministère à multiplier les aides à la reconstitution des cheptels en 2023, Fatima a fortement développé son cheptel disposant désormais de plusieurs vaches laitières de race holstein et en engraissant de nombreux veaux. Son cheptel a été multiplié par plus de trois. A cela, elle a ajouté une activité d’élevage de poulets. Cette dynamique entrepreneuriale l’amène à privilégier un nouveau registre de langage, celui du travail bien fait.

Ici, nous détaillerons avant tout son activité d’éleveuse de vaches laitières pour interroger son rapport au travail, l’organisation familiale que cela suppose, la relation à la performance productive des animaux et enfin le défi d’intégrer une structure de coopérative laitière.

Récolte de luzerne journalière. Crédits : David Goeury

Travail consciencieux et pénibilité : l’éthique au travail

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