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Régénérer les champs de cactus opuntia après les ravages de la cochenille à partir de variétés locales : les cactus de Taghzout

Par Hind Ftouhi, David Goeury et Mohamed Mouskite

Les cactus opuntia, plantes mexicaines importé en 1770, se sont largement répandus au Maroc couvrant plus de 50 000 ha en 1998. L’engouement pour ces différents produits (figues) et sous-produits (huile, fourrage, miel) a amené à une extension rapide au début du XXIe siècle pour atteindre 120 000 ha en 2017. Cependant, cette culture s’est effondrée ont brutalement disparu à la suite d’une invasion de cochenille d’abord observée dans la région de Marrakech-Safi puis dans celle de Souss-Massa et de Guelmim-Oued Noun. Un premier foyer d’invasion est observé dans la province de Sidi Ifni en aout 2018 et malgré les tentatives d’éradication, la cochenille sauvage se répand les années suivantes amenant à la destruction de près de 99% des cactus. Des dizaines de milliers d’hectares ont été ravagés laissant un paysage dévasté de cactus desséchés. Devant l’ampleur des dégâts à partir de 2022, les agriculteurs généralisent les politiques de destruction des cactus attaqués en les déracinant et en les brûlants. Le ministère de l’Agriculture multiplie les formations de lutte contre les cochenilles tandis que l’Institut national de recherche agronomique (INRA) du Maroc mène un travail de sélection et de duplication des variétés naturellement résistante à la cochenille. Depuis 2023, des agriculteurs plantent à nouveau des cactus progressivement.

A Taghzout, Hassan a suivi une formation à la direction provinciale du ministère de l’Agriculture sur les gestes de lutte contre la cochenille et notamment les gestes de nettoyage des raquettes de cactus. A la fois mécanicien carrossier dans le garage de son oncle à Guelmim et entrepreneur agricole en agroécologie avec son cousin, il revient chaque semaine au village pour suivre les parcelles familiales qui sont sous la surveillance de sa mère.

Parcourant le village qui est entouré de cactus opuntia, il a prélevé des raquettes de cactus qui n’étaient pas attaqués par la cochenille. Il les a mises en pots séparés pour les protéger, les déplacer, les bouturer. Une fois assuré que ces plants de cactus étaient épargnés par la cochenille, il les a replantés dans sa parcelle et irrigués par goutte à goutte. Les plants les plus avancés ont désormais deux ans et donnent des fruits de belle taille qui arriveront à maturité dans quelques semaines.

Du fait des multiples contraintes, sa pluriactivité professionnelle, la rareté de l’eau et la dégradation de la fertilité des sols, Hassan privilégie désormais la culture de cactus qui occupaient avant les périphéries des parcelles comme haie vive et qu’il plante au centre de sa parcelle comme culture principale.  L’irrigation des cactus se fait par un système de goutte à goutte pour assurer leur croissance rapide mais aussi pour faciliter la tâche à sa mère qui veille sur les cultures pendant son absence.

 

Son objectif est de déployer ces nouveaux plants de cactus sur deux hectares de terres qui appartiennent à sa famille sur les hauteurs qui surplombent le village. Il refuse d’implanter les variétés nouvelles du ministère de l’Agriculture malgré la forte communication faite autour de plants à hauts rendements particulièrement prometteurs pour privilégier le principe de la sélection d’une variété locale de « Taghzout ».

Il s’est interrogé sur l’opportunité de commercialiser des plants de cactus via la société de service agroécologique qu’il a créé avec son cousin, mais le cadre particulièrement réglementé et surtout l’existence d’entreprises certifiées par le ministère exerçant de fait un monopole sur les nouveaux plants l’ont dissuadé. Il n’aurait pu jouer qu’un rôle de revendeur des variétés certifiées tout en étant obligé de fournir un important travail administratif notamment en ce qui concerne la fiscalité différente entre les entreprises agricoles et les entreprises de service à l’agriculture. Il désire se limiter à  un investissement individuel comme exploitant agricole  indépendant sans être lié ni à une association, ni à une coopérative, ni à une société de service.

Replanter des cactus est aussi une activité compatible avec une pluriactivité professionnelle que cela soit au Maroc ou à l’étranger, Hassan a candidaté aux contrats ANAPEC pour travailler comme ouvrier agricole en France. Son dossier n’a pas été retenu en 2025 mais il souhaite retenter sa chance en 2026.Dans le village, désormais plusieurs propriétaires ont décidé de replanter des cactus d’abord en périphérie de leur parcelle comme cela se faisait avant l’invasion de cochenille. C’est le cas de Hmad, un homme de 66 ans, que nous rencontrons à la fontaine collective où il remplit des bidons pour irriguer des plants de cactus.

Nouvelle parcelle récemment plantée de cactus résistants à la cochenille. Crédits : David Goeury

Après avoir travaillé pendant plusieurs années dans le bâtiment, Hmad a cessé son activité professionnelle et s’occupe désormais de sa petite parcelle, où il cultive quelques arbres fruitiers, des grenadiers, des oliviers,.., principalement destinés à la consommation familiale. Cette année, Hmad a décidé de replanter quelques pieds de cactus « dial lbled » (du pays) comme Hassan, en repérant des plants non infectés par la cochenille. Pour l’instant, ces plants semblent bien pousser, mais il devra encore attendre deux ans avant de pouvoir récolter les fruits.

À Taghzout, les cactus plantés permettront de reconstituer les haies vives et, éventuellement, de produire des fruits. Hassan apparaît alors comme un pionnier avec son projet de plantation en plein champ, suivi par d’autres tentatives, plus timides mais contribuant malgré tout à la régénération d’une plante devenue emblématique de l’Ouest marocain, le cactus opuntia.

 

Plantation de cactus résistants à la cochenille en bordure de parcelle en haie vive en remplacement des cactus desséchés par la cochenille visible en arrière plan. Crédits : David Goeury

« Ruina », une parcelle abandonnée partiellement régénérée en potager pour s’opposer à un projet de parking privé

Par David Goeury, Lisa Bossenbroek et Hind Ftouhi

Au sein du hameau de Doutarga entre les maisons une parcelle est entourée d’une bâche de géotextile.

Doutarga parcelle abandonnée et contaminée de déchets
Doutarga parcelle abandonnée et contaminée de déchets au premier plan. La parcelle régénérée est protégée derrière des bâches de géotextiles. Crédits : David Goeury

 

Le propriétaire est un boulanger à la retraite d’une soixantaine d’années. Il a hérité de cette terre de son père, originaire de Tindouf, qui avait acheté ce terrain avec un puits de 18 mètres de profondeur pour devenir agriculteur et définitivement s’installer à Tiznit. Jeune, le propriétaire a débuté sa vie professionnelle précoce comme agriculteur avant de travailler comme boulanger à Tiznit au marché central, puis de partir en Arabie Saoudite comme chauffeur à Riyad durant quatre années, pour finalement travailler à Tanger à nouveau comme boulanger durant 32 ans.

A Tiznit sa femme s’est occupée de la grande famille de 8 enfants et de la petite exploitation familiale qui a eu jusqu’à 5 vaches « hollandaises ». Mais la sécheresse et l’inflation des prix des aliments ont obligé la famille à les vendre. Désormais retraité, avec une pension de 1500 dhs par mois, la famille se contente de produire quelques légumes et plantes pour le marché ; principalement de la menthe, de la coriandre et du céleri que sont fils ira vendre à Tiznit. Avec l’eau du puits, elle produit de la luzerne et de l’herbe qu’elle fait couper par des femmes rémunérées à la demi-journée pour les vendre séchées au souk pour 50 dhs la balle.

Doutarga parcelle agricole irriguée par puits. Crédits : David Goeury
Doutarga parcelle agricole irriguée par puits. Principalement dédiée à la production de luzerne vendue séchée au souk. Crédits : David Goeury
Doutarga. Etable abandonnée. Crédits : David Goeury
Doutarga. L’étable abandonnée a accueilli jusqu’à 5 vaches laitières de race Holstein. La sécheresse et l’inflation des aliments pour bétail ont poussé la famille à vendre les vaches. Crédits : David Goeury

 

La petite parcelle où nous le rencontrons à la particularité de longer l’impasse qui desserre les maisons voisines. Elle apparaît désormais comme détachée du reste de l’exploitation et enserrée entre la ruelle et des maisons. Le propriétaire l’a délaissée durant plusieurs années si bien qu’un des voisins voulait se l’accaparer pour la transformer en parking. Il y a deux ans, le propriétaire a donc décidé de la remettre en culture mais pour lui, c’est insatisfaisant. Il la qualifie de « ruina », soit d’une parcelle en « désordre ». Il désigne alors du geste toute la partie nord qui est non cultivée.

« Cette parcelle est « ruina ». Je l’ai nettoyée il y a deux ans car le voisin voulait la transformer en parking. J’y ai planté un peu de menthe mais elle pousse mal et les feuilles sont tachées. Tu vois c’est encore le bazar. Je n’ai pas mis d’engrais car je n’ai pas de bétail. Alors, cela pousse comme cela peut. Cela n’a rien à voir avec l’autre parcelle qui est bien. »

Le terme de « ruina » est ici intéressant car ce terme courant de l’arabe dialectal marocain désigne ce qui est en désordre, tout en venant du français « ruine ».

Ici, le propriétaire considère que cette parcelle remise en culture non pas à des fins commerciales mais davantage pour suspendre toute velléité d’accaparement par les voisins reste imparfaite. Elle continue à porter les stigmates de l’abandon et de la faible productivité. La reprise de l’exploitation se caractérise par la mobilisation de cinq ouvrières chargées de désherber, comme nous avons pu l’observer lors de notre visite et en profiter pour couper l’herbe qui sera séchée et vendue sur le souk comme la luzerne de la parcelle principale. L’épouse de l’agriculteur en profite pour ramasser quant à elle des déchets, notamment de plastiques de taille moyennes. D’autres déchets demeurent éparpillés sur la parcelle, stigmates des années d’abandon : quelques piles, des bouchons et de petits emballages.

Doutarga parcelle qualifiée de "ruina" partiellement remise en culture. Crédits : David Goeury
Doutarga parcelle qualifiée de “ruina” partiellement remise en culture. Crédits : David Goeury

 

Cette stratégie de remise en culture d’une terre convoitée par d’autres est très classique surtout dans un contexte confus de front urbain où les maisons se multiplient en dehors d’un quelconque cadre réglementaire. Clôturer et cultiver est aussi un moyen de se prémunir des dépôts de déchets anarchiques qui se multiplient.

Le propriétaire n’exclut pas de la vendre ; « Je ne vais pas vendre maintenant, mais si jamais cela devient un lotissement alors je vendrais peut-être avec un bon prix. »

Irrigation. A Tiznit, les eaux urbaines épurées une aubaine pour régénérer les parcelles agricoles

Par Chady Chaabi, le 15 mai 2023

https://medias24.com/2023/05/15/irrigation-a-tiznit-les-eaux-usees-epurees-une-aubaine-pour-regenerer-les-parcelles-agricoles/

Située dans la Région de Souss-Massa, à moins de deux heures d’Agadir, la Station d’épuration des eaux usées (STEP) de Tiznit permet l’exploitation et l’irrigation de plusieurs dizaines de parcelles, longtemps abandonnées à cause de la pénurie d’eau qui sévit dans la région.

Grâce à elle, du sorgho et de la luzerne, deux plantes fourragères, sont cultivées dans le périmètre agricole de Tiznit dans le cadre d’une expérience pilote qui fait l’objet d’un suivi scientifique dans le cadre du projet de recherche* sur la régénération des régions oasiennes. Etalé sur trois ans (2022-2025), ce projet, financé par le Fonds national Suisse, est porté par la Haute école de travail social de Genève, composante de la Haute école de Suisse occidentale.

“Notre projet vise à comprendre les processus de réutilisation des eaux usées à des fins paysagères et agricoles dans des villes moyennes, soulevant des questions spécifiques différentes des grandes métropoles de pays émergents qui ont été largement documentées”, explique David Goeury, l’un des participants au projet. L’enseignant chercheur au laboratoire Médiations de Sorbonne Université assure que cette initiative “peut jouer un rôle déterminant pour la régénération d’un espace agricole délaissé depuis cinq décennies”.

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Projection du film « Fertilité ou le chant des mains » au Complexe Cinématographique de Tiznit

Vendredi 24 février 2023 à 18h30 au Complexe Cinématographique de Tiznit : projection du film « Fertilité ou le chant des mains ». 
– Présentation du livre « Résonances Oasiennes » ainsi que du programme de recherche « Régénération des régions oasiennes » sur la cité oasienne de Tiznit. Avec Marc Breviglieri, Lisa Bossenbroek, Hind Ftouhi, David Goeury, Zakaria Kadiri, Mohamed Mouskite, Salima Naji et Khadija Zahi
– Projection du film « Fertilité ou le chant des mains » suivi d’une rencontre avec le réalisateur Marc Breviglieri
– Exposition « Résonances oasiennes. Approches sensibles de l’urbain au Sahara »
– Cérémonie à l’honneur de Fatima Belaarch


Événement organisé par l’association Espoir Tiznit en partenariat avec La Haute École spécialisée de Suisse occidentale et la Commune de Tiznit