Archives par mot-clé : agroécologies

“Fawda”? Du refus à l’opposition à la réutilisation agricole des eaux retraitées : paroles d’un maraîcher.

Par Mohamed Mouskite et David Goeury

Ahmed est un maraîcher au cœur du périmètre de réutilisation des eaux usées de Doutarga. Il fait partie des exploitants agricoles qui ont toujours refusé les eaux usées. Il travaille avec l’eau de la nappe grâce à deux puits de 30 mètres de profondeur qui lui permettent d’avoir jusqu’à cinq heures d’irrigation par jour pour cultiver des betteraves, de la menthe, de la coriandre, du céleri, des courges qu’il vend aux habitants de Tiznit.

Pour lui, la réutilisation des eaux usées a toujours été une menace. En effet, elle vient discréditer son travail et sa production. Il souligne que l’association Ibharen qui assure la distribution des eaux retraitées a été obligée de porter plainte contre 6 exploitants qui ne respectaient pas les règles strictes de réutilisation en irriguant des productions maraîchères avec les eaux retraitées. Et ces mauvais comportements viennent menacer son activité créant une méfiance des clients.

Il souhaite qu’il y ait une séparation claire et que l’usage des eaux retraitées soit banni du périmètre de Doutarga. Pour lui, les eaux issues de la station d’épuration ne devraient pas être réutilisées mais « s’écouler naturellement ». Il considère que les exploitants qui se sont lancés dans la réutilisation des eaux traitées sont des opportunistes avides d’argent qu’il associe à la jachaa, terme arabe désignant la cupidité envieuse, l’avarice. Pour lui, ces exploitants profitent du prix très faible des eaux retraitées pour se lancer dans des investissements profitables sans réfléchir aux conséquences sanitaires.

Il s’est longtemps senti isolé et non entendu du fait de la forte mobilisation pour la réutilisation des eaux usées, l’association regroupant désormais plus d’une centaine d’exploitants agricoles. Cependant, il a trouvé un soutien auprès d’un projet de lotissement agroécologique qui s’est implanté à une centaine de mètres à l’ouest de sa parcelle.

Un large terrain a été transformé en lots de 2000 m² à 2500 m² de jardins où peuvent être installés de vastes bungalows en bois. Ces parcelles sont commercialisées entre 400 000 à 500 000 Dhs (40 000 à 50 000 Euros) par un promoteur issu d’une des grandes familles historiques de la ville de Tiznit. L’ingénieur en charge du projet échange régulièrement avec les agriculteurs maraîchers pour les convaincre de s’organiser. Les maraîchers et l’investisseur ont les mêmes intérêts à interdire la réutilisation des eaux retraitées. Symboliquement, la borne 48 qui est en bordure du projet de lotissement agroécologique a été démantelée.

Borne 48 démantelée en bordure du lotissement agroécologique. Crédits : David Goeury
Borne 48 du réseau de distribution des eaux usées retraitées. Située en bordure du lotissement agroécologique, elle a été démantelée. Crédits : David Goeury

Désormais, selon Ahmed, les opposants à la réutilisation seraient une quarantaine et seraient prêts à s’organiser en association avec le soutien de l’ingénieur du projet de lotissement agroécologique. Ils ont choisi 6 d’entre eux pour les représenter. Leur objectif est de pouvoir ainsi porter plainte contre la réutilisation des eaux retraitées.

Pour l’exploitant, c’est une véritable chance que la réutilisation soit actuellement stoppée du fait du non renouvellement de l’autorisation suite à l’absence d’accord sur la prise en charge des frais d’analyse des eaux. Pour lui, elle ne doit pas reprendre.

Il conclut l’entretien ainsi :« Si la réutilisation des eaux traitées reprend, beaucoup sont déterminés à tout casser, ce sera la fawda (le chaos) ! »

Parcelle de maraîchage sur puits. Crédits : David Goeury
Parcelle de maraîchage sur puits. Crédits : David Goeury

 

Ressorts de la persévérance et du découragement dans la mise en œuvre de la transition agroécologique au sud du Maroc/ Reasons for perseverance and discouragement in the implementation of the agroecological transition in southern Morocco

Par Lucia BORDONE

6e Congrès des études sur le Moyen-Orient et les mondes musulmans du GIS MOMM
Strasbourg, 26 juin 2025

Géohistoire environnementales. Passé, présents, et futurs des relations multi spécifiques (humains, animaux, végétaux et autres) face au réchauffement climatique

Partie 2 :Des femmes et des hommes qui inventent de nouveaux modes de produire et de vivre dans un environnement en transformation

Résumé en français

Driss a fait tous les métiers. Issu d’une famille d’agriculteurs, il interrompt rapidement ses études pour travailler, d’abord comme tailleur, puis menuisier, pêcheur et enfin barman. En 2018, il débute une formation en agroécologie qui marque le début de son retour à la terre. Étranger au petit village (douar) de Taghzout où il réalise sa formation et obtient bientôt un droit d’usage sur une petite parcelle, il est le seul membre de la coopérative agricole locale à avoir, jusqu’à ce jour, persévéré dans le développement d’une activité productive agroécologique. À partir de cette figure, dont la trajectoire et le tempérament traduisent une forme d’exceptionnalité, notre contribution s’attachera à problématiser deux principaux enjeux.

Le premier est relatif au rôle de facilitateur joué par Driss du fait de savoir-faire – techniques ou non – lui permettant de porter un projet agroécologique en se positionnant à la jointure de plusieurs mondes. Perpétuant certaines techniques agricoles acquises par transmission familiale, il les enrichit d’apports issus d’une formation qui reflète la circulation de bonnes pratiques internationales. Cultivant sur sa parcelle une grande diversité de végétaux – cultures associées et intercalaires ; rotations – il multiplie également les activités connexes, de formation professionnelle, de sensibilisation, mais également d’entraide locale (coups de main ; réparations diverses ; trocs, etc.). Surtout, ses compétences se traduisent par une capacité à articuler, en fonction de ses

interlocuteur.ice.s, des catégories mobilisant différents imaginaires qui renvoient à la qualité alimentaire des produits qu’il cultive. Attirant une clientèle – restreinte – d’expatriés occidentaux français ou belges sensibles au qualificatif « agroécologique », c’est plutôt en référence à l’appellation « beldi » (qui renvoie à une conception spécifiquement marocaine du « produit de terroir ») qu’il valorise sa production auprès des acheteurs marocains. Le « bio » lui demeure par contre inaccessible (cahier des charges trop exigeant ; coût financier de la labellisation trop important). L’analyse approfondie d’un matériau ethnographique récolté à Taghzout entre septembre 2023 et février 2024 nous amènera, dans un premier temps, à nous demander en quoi l’expérience de Driss manifeste une convergence singulière et rare entre des référentiels potentiellement contradictoires (qu’ils proviennent des héritages du monde rural berbère, des schémas pratiques conformes aux principes de l’agroécologie ou des injonctions à l’entreprenariat agricole issues du libéralisme économique).

Dans un deuxième temps, nous nous interrogerons sur les fragilités qui pèsent sur sa démarche et, plus largement, sur les alternatives agricoles intégrant des exigences éco-sociales dans la région qui nous intéresse (Souss-Massa, sud du Maroc). La « plasticité » de Driss, sa capacité à glisser d’une activité et d’un registre à l’autre est aussi et surtout une réponse à de multiples risques : difficultés de commercialisation, pressions climatiques, faiblesses infrastructurelles, tensions politiques locales. La prégnance de ces risques tend à le maintenir dans un équilibre instable entre un mouvement d’ancrage et d’attachement à la terre (Tamazghra) et un état d’alerte exigeant un détachement intentionnel (être prêt à tout quitter ; se rendre capable de recommencer autrement et ailleurs). Partant d’une réflexion sur sa « réussite » précaire, notre enquête nous amènera à mettre au jour les épreuves et désajustements ayant conduit à l’abandon du projet agroécologique collectif dans lequel Driss s’insérait au départ. Nous tenterons alors de penser, dans ce contexte territorial spécifique, les conditions de possibilité d’une agroécologie renouant avec sa vocation de science de la mobilisation collective en faveur de la durabilité.

Atelier : Géohistoires environnementales. Passés, présents et futurs des relations multispécifiques (humains, animaux, végétaux et autres) face au réchauffement climatique. Le jeudi 26 juin au 6e congrès du GIS MOMM à Strasbourg

Jeudi 26 juin 2025, 8h30-13h00, Salle 3R-01

 Présentation

RESPONSABLE ET DISCUTANT : 

David Goeury (HES-SO Genève)

 

INTERVENANTS DE L’ATELIER 1 : 

Mohamed Mouskite (UCA, Faculty of letters and humanities, Morocco and Mediterranean Space: History, Culture and Ressources, Marrakech, Morocco) : Gestion communautaire de l’eau et des plantes, pour une régénération technique et organisationnelle des zones arides
Community management of water and plants for technical and organisational regeneration of arid zones

Irène Carpentier (CIRAD Montpellier) : Systèmes oasiens et élevage pastoral, vers de nouvelles alliances territoriales ? (Tunisie)
Oasis systems and pastoral livestock farming: Towards new territorial alliances (Tunisia)

Élise Tancoigne (CNRS, UMR CITERES, Tours) : Gouverner les microbes laitiers en Jordanie : Observer les relations humains-microbes au prisme du Moyen-Orient
Governing food microbes in Jordan: A Middle Eastern focus on human-microbe relationships

Khadija Zahi (Université Cadi Ayyad de Marrakech) : Une jeunesse en première ligne face au réchauffement climatique : Les jeunes internes ruraux au Maroc
Youth on the front line against global warming: Children in a rural boarding school in Morocco

  

INTERVENANTS DE L’ATELIER 2 : 

Lisa Bossenbroek (University of Kaiserslautern-Landau-RPTU) : Les femmes, actrices clés dans le maintien des oasis au Maroc
Women, key players in maintaining Morocco’s oases

Hind Ftouhi (INAU Rabat) : Trajectoires d’ouvrières agricoles au fil de l’eau usée : Entre précarité et réinvention
Trajectories of female farm workers working with waste water: Between precariousness and reinvention 

Marc Breviglieri (Haute École de Suisse occidentale, HES-SO Genève, UMR Ambiances, architectures, urbanités, CRESSON Grenoble) : Élevage animalier en régime de subsistance. Diffusion de vaches productives et transformation des formes d’attachement
Animal husbandry for subsistence. The spread of productive cows and changing forms of attachment

Lucia Bordone (HES-SO Genève) : Ressorts de la persévérance et du découragement dans la mise en oeuvre de la transition agro-écologique au sud du MarocReasons for perseverance and discouragement in the implementation of the agroecological transition in Southern Morocco

Le détail des ateliers est consultable ici :

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Maïs grillé et sangliers : cultiver pour un petit plaisir culinaire malgré tout.

Par David Goeury et Hind Ftouhi

Sans cesse revient le débat entre clore sa parcelle et cultiver les variétés de son choix ou s’assurer que les plantes cultivées n’attireront pas les appétits des hardes de sangliers qui prolifèrent. A Taghzout, les sangliers descendent régulièrement des montagnes alentours depuis que les figuiers de barbarie ont disparu.

Aïcha est célibataire. Elle a la quarantaine. Elle a quitté l’école en deuxième année primaire pour s’occuper des tâches ménagères et du bétail familial. Elle vit seul avec son père qui est un maçon à la retraite. Sa mère est morte tandis que ses frères ont quitté le village. Depuis quatre années, elle cultive la parcelle de son oncle maternel qui habite désormais Agadir. Son oncle est un instituteur à la retraite. Lors de ses passages au village, il prend une partie de la production notamment des oliviers.

Aïcha multiplie les petites planches de culture : de la coriandre, des betteraves, des carottes, du melon et des oliviers. Dans un coin de parcelle, des feuilles de maïs sont dispersées sur le sol, traces d’une attaque de sangliers. Les animaux particulièrement nombreux n’hésitent pas à sauter par-dessus les haies vives. Ils envahissent régulièrement les parcelles qui ne sont pas grillagées ou emmurées. Les sangliers raffolent du maïs. Ils dévorent les plants sans toucher aux autres cultures comme les carottes ou les betteraves.

Malgré cela, Aïcha continue à planter du maïs. Elle fait tremper les grains dans un petit seau pour qu’ils germent et poussent plus rapidement. Elle a appris cette technique en écoutant ses voisines qui ont bénéficié des formations agricoles organisées dans le cadre du projet agroécologique.

La culture du maïs est un de ses plaisirs. Ses yeux brillent et elle rit lorsqu’elle explique qu’elle cultive le maïs avant tout pour elle, pour pouvoir manger les épis grillés. En cas de récolte abondante, elle donne le surplus à ses voisins.

La parcelle de son oncle est un lieu où elle s’épanouie et fait des choses pour elle. Avant que nous la quittions, elle tient à nous montrer le petit abri installé à l’extrémité de la parcelle au bord de l’oued. C’est là qu’elle s’installe, qu’elle prépare un thé ou qu’elle prend une petite collation.

Quand la terre est malade. Épuisement des sols.

Par David Goeury et Hind Ftouhi

Nous arrivons à l’entrée de la parcelle et demandons à Hamed si nous pouvons la visiter. Il nous dit tout de suite : « Que veux-tu voir ? Tout est malade ! ». Nous lui demandons : « Est-ce un problème d’eau ? ». Il nous répond : « Non, j’ai de l’eau, c’est la terre qui est malade ! ».

Hamed était maçon en même temps qu’il travaillait sa terre à Taghzout avec les eaux détournées des crues de l’oued. Il cultivait des céréales. Cependant, lorsqu’il dépasse la soixantaine d’années, il tombe malade et devient asthmatique. En 2013, il décide d’arrêter son activité de maçon et de se concentrer sur sa parcelle agricole. Il profite du creusement d’un puits par le ministère de l’Agriculture à partir duquel il est possible d’avoir de l’eau tous les trois jours. Il obtient aussi des plants d’oliviers, de citronniers et d’orangers. Il se lance alors dans la production de persils et de coriandre pour les vendre directement au souk hebdomadaire du mercredi d’Arbaa Sahel. Il produit jusqu’à une trentaine de bottes. Il est connu et a un réseau de clients fidèles. Ce petit apport monétaire lui permet d’acheter quelques denrées qu’il ne produit pas et de compléter ce que lui envoient ses fils qui travaillent en ville.

Il participe de la coopérative agroécologique lancée par l’association Migration et Développement dans le cadre d’un financement de l’Agence française de développement et de la Fondation de France. Il diversifie sa production notamment avec de nouvelles variétés de courgettes, des tomates cerises qu’il associe avec du maïs. Il apprend à greffer les pommiers et les poiriers. Cependant au fil des années à partir de 2020, le rendement de sa terre diminue. Il ajoute du fumier mais rien n’y fait. La parcelle est de moins en moins productive. Les plantes poussent de façon sporadique. La terre n’arrive plus à soutenir la croissance du maïs. Seule la luzerne résiste et se maintient. En revanche, la coriandre et le persil jaunissent. Les courgettes ne poussent pas. Plusieurs parties de la parcelle ne donnent plus rien.

Pour lui, la terre est malade.   Il n’est pas le seul concerné. Ses voisins aussi connaissent ces mêmes baisses de rendement. Son voisin qui a voulu produire des pastèques n’a obtenu aucune récolte. Sa voisine n’a qu’une maigre récolte de légumes et produit surtout des fleurs.

Pourquoi la terre s’est elle appauvrie ? Est-ce lié à un épuisement des sols par la multiplication de cultures exigeantes sans rotations ou sans apports d’engrais suffisant ? Est-ce l’absence d’apports en limons depuis près de 10 ans ? La dernière crue date de 2014. Est-ce la conjonction avec une situation climatique particulière avec des nuages bas stationnaires sous forme de brouillard durant plusieurs semaines en juin qui ont empêché de nombreuses plantes de pousser et de mûrir ?

Hamed est assez désemparé. Il se focalise sur ce qui pousse, sa luzerne et ses arbres. Il prend soin de ses pommiers qu’il greffe avec passion.

Cultiver et cuisiner : passion personnelle, bonheurs familiaux. La parcelle agroécologique d’Aïcha

Par David Goeury, Irène Carpentier, Lucia Bordone et Khadija Zahi

Aicha nous guette sur le seuil de sa parcelle. Elle sait que nous allons remonter et passer à proximité d’elle. Elle nous attend. Elle a vu notre déception de ne pas rencontrer son voisin Driss retenu par des démarches administratives à Tiznit. Notre petit groupe remonte lentement le chemin et la salue poliment. Immédiatement, la conversation s’enclenche, elle nous invite à visiter son jardin dont elle est si fière.

Elle réside entre le village et la ville de Tiznit où vivent ses enfants et ses petits enfants. Son fils l’amène plusieurs fois par semaine dans la maison familiale pour qu’elle s’adonne à sa passion, le jardin. Pendant longtemps, elle n’a pas eu de jardin, elle avait appris quelques rudiments auprès de son père durant son enfance, mais une fois mariée et installée dans une vie urbaine, elle a délaissé cette activité. En 2017, elle avait alors seulement un petit jardin proche de la maison familiale dans le village où sont plantés des arbres fruitiers (citronniers, grenadiers, pommiers et oliviers) et quelques légumes qui sont désormais cultivés dans la nouvelle parcelle. Cependant, elle s’en occupait très peu. Elle a donc saisi l’opportunité de la formation en agroécologie organisée par l’association pour se lancer dans le jardinage, même si elle ne pouvait pas être membre de la coopérative féminine du fait de sa résidence à Tiznit.

Parcelle et enquête. Crédits :David Goeury

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Les trois sœurs à Taghzout : parcelle agrocécologique entre savoirs localisés et circulations des pratiques internationales

Par David Goeury, Mohamed Mouskite et Lucia Bordone

Driss cultive une parcelle à Taghzout. Il a suivi une formation agroécologique organisée par l’association Tamount en partenariat avec l’association Migration et Développement, financée par l’Agence Française de Développement. « Deux ans de formation. Chaque mois, 2 jours. On pratique sur place (sur le lieu de formation, dans la ferme – jardin agroécologique). Mais on pratique aussi dans nos champs à nous. C’est-à-dire le formateur vient pour regarder. »

Il fait visiter régulièrement sa parcelle aux visiteurs et à ses clients, notamment celles et ceux qui viennent directement chez lui pour acheter des produits biologiques. La parcelle s’organise en longueur avec une pente allant d’ouest en est vers le lit de l’oued. Elle est équipée d’un puits et de panneaux solaires.  Le haut de la parcelle comprend une petite pépinière sous bâches plastiques pour les plants les plus fragiles susceptibles d’être picorés par les oiseaux comme les salades, d’une petite pergola pour accueillir les visiteurs et d’un bloc technique en ciment abritant le dispositif de pompage mais servant aussi de lieu de stockage pour les outils et le petit matériel. Deux allées le long des clôtures nord et sud permettent d’accéder aux cultures qui sont organisées en une série de planches de culture très denses irriguées par un dispositif de goutte à goutte. Des arbres ont été plantés le long du chemin d’accès.

La discussion dans la parcelle autour des différentes plantes et des pratiques culturales permet de saisir comment le jeune agriculteur s’est approprié les connaissances transmises lors des formations en agroécologie et surtout comment il les a intégrées aux connaissances acquises dans le cadre des pratiques familiales.

Ici, nous livrons deux courts extraits emblématiques de cette situation : le premier à propos des “trois soeurs” ou Milpa, le second à propos des orties. 

Cet entretien est le produit d’une conversation collective où Driss varie les langues, utilisant tantôt le français, l’arabe et le tachelhit en fonction de la langue de la personne qui pose la question mais aussi du sujet. Ici, sont regroupées une partie de ses réponses.

Au-delà des trois sœurs, une agriculture symbiotique

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Derrière l’échec de l’entreprise collective, assurer une nourriture de qualité à sa famille. Le cas d’une petite agricultrice

Par David Goeury et Amandine Vaccaielli

Fatima est emblématique de ces femmes cultivatrices. Dans un contexte de profonde transformation des activités villageoises, elle est très intéressée par les initiatives collectives notamment pour faire quelque chose, apprendre et éventuellement disposer de ressources monétaires mêmes minimes. Cependant, pour développer son activité, elle doit être intégrée à une dynamique collective, soit une coopérative, soit une petite entreprise familiale. En effet, la fin de la coopérative et le refus de ses fils de s’impliquer dans les activités agricoles ont mis fin à la commercialisation de ses produits. Malgré ces deux coups du sort, elle maintient son activité productive qui lui permet de fournir à sa famille une alimentation de qualité à moindre coût.

La localité de Taghzout a bénéficié d’une initiative associant formation à l’agroécologie et création d’une coopérative de femmes semencières portée par les associations Tamounte et Migration et Développement, avec le  financement par l’Agence Française pour le Développement(AFD). La coopérative est aujourd’hui dissoute. Une série d’entretien menée avec des femmes de Taghzout qui continuent à cultiver leurs parcelles permet de comprendre les effets complexes d’un tel projet.

Fatima est mariée à un maçon et mère de quatre enfants, trois garçons et une fille. Le plus petit a 9 ans est en 4e année primaire. Ses autres enfants sont plus âgés et ont arrêté leurs études après le lycée pour ses deux autres garçons tandis que sa fille a obtenu une licence. Sa fille et son garçon aîné travaillent dans la pâtisserie de leur oncle à Sidi Bibi. Fatima cultive une parcelle de la famille de son mari qui est irriguée grâce à un puits collectif.

Elle décrit son activité comme un passe-temps : « Nous n’avons rien à faire et donc on s’occupe de cela. » Cependant, elle précise « Grâce à cela, on se nourrit tout l’hiver. En revanche l’été, tout devient sec et on achète les légumes au souk. »

Elle a trois chèvres, une brebis et des poulets. Elle ajoute :« A l’époque quand il y avait de la pluie, on avait plus de bétail et une vache mais par le manque de pluie et de luzerne, on a vendu la vache. »

Écouter Fatima permet de saisir trois enjeux de l’activité agricole féminine : entreprendre avec ses voisines, entreprendre avec sa famille, nourrir les siens.

Parcelle de Fatima à Taghzout. Crédits : David Goeury

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Ateliers écoconstructions et agroécologies en milieu oasien à Agadir

Dans le cadre du projet écoconstruction et agroécologie en milieu oasien, l’architecte Salima Naji a élaboré un projet pédagogique complet autour des architectures sans architecte à partir des fibres végétales issues des oasis. Le projet de recherche a rencontré l’expérience menée dans le cadre du projet Landscape of Care.

L’initiative a fait le lien entre les ateliers menés dans les oasis de Tiznit, Tadakoust et Adkhss, et une opération pédagogique à destination des étudiants de l’école nationale d’architecture d’Agadir.

L’objectif est de sensibiliser les étudiants aux architectures sans architecte réalisées par les communautés oasiennes avec des végétaux. Les étudiants de l’école nationale d’architecture d’Agadir sont invités à réaliser des maquettes à partir des fibres végétales issues des oasis de Tadakoust et Tiznit.

Ces maquettes sont exposées à l’institut français d’Agadir en même temps que les panneaux de l’exposition “Résonances oasiennes. Approches sensibles de l’urbain au Sahara” dans le cadre de l’événement « Demain dès aujourd’hui ».

Ensuite sont organisés deux défis.

Les enfants qui fréquentent l’institut français sont invités à réaliser des maquettes avec les mêmes matériaux que les étudiants. Les réalisations sont discutées et exposées.

Les étudiants sont invités à travailler sur une structure éphémère faite de bois et de cordes tressées en laine de chèvre par les femmes de l’oasis de Tissekmoudine. La structure est alors tendues selon des logiques enchevêtrées et montée collectivement.

Structure éphémère en corde de laine de chèvre. Crédits : David Goeury
Structure éphémère en corde de laine de chèvre. Crédits : David Goeury
Structure éphémère en corde de laine de chèvre. Crédits : David Goeury

L’objectif est de repenser les cultures du bâti dans leur approches les plus simples et recréer des continuités entre les créations enfantines et les formations professionnelles.