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Refonder le commun pour préserver un système agriurbain

Paru dans le numéro 259  de la Revue internationale des études du développement dans le dossier “Résilience des communs à l’heure de l’anthropocène” .

David Goeury« Refonder le commun pour préserver un système agriurbain »Revue internationale des études du développement [En ligne], 259 | 2025, mis en ligne le 19 décembre 2025

URL : http://journals.openedition.org/ried/26063 ; 

DOI : https://doi.org/10.4000/15eem

Résumé:

Les communs hydrauliques agriurbains historiques permettent d’apporter un contrepoint à l’approche dominante actuelle des périmètres irrigués par le nexus eau, énergie, alimentation, focalisée sur la performance monétaire. Le suivi d’un commun agriurbain oasien à Tiznit, au Maroc, d’octobre 2017 à janvier 2024, permet de comprendre comment une réorganisation de la distribution de l’eau selon des principes plus intégratifs génère un microclimat et une économie de subsistance dans un contexte d’adversité politique et climatique. Ce succès est fondé sur des principes élargis de justice liant humains et non-humains. La persistance d’un commun agriurbain doit donc être comprise comme la défense d’un milieu de vie multispécifique d’enracinement terrestre où peut se déployer une agricitoyenneté face aux logiques hors-sol de spéculation foncière.

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Les métabolismes agri-urbains, entre subsistance, circuit court et élevage. Le cas de Tiznit / Agri-urban Metabolisms between subsistence, short food supply chains, and livestock farming. The case of Tiznit

Par David GOEURY

6e Congrès des études sur le Moyen-Orient et les mondes musulmans du GIS MOMM
Strasbourg, 26 juin 2025

Produire en ville, produire la ville : la place des activités productives dans l’urbanisation des villes d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient / Producing in the city, producing the city: the place of productive activities in the urbanization of cities in the Arab world 

Résumé

Le développement urbain du xxe siècle s’est fait aux dépens des terres nourricières qui fondaient les systèmes agri-urbains historiques. Durant des millénaires, villes et agricultures étaient consubstantielles, autour notamment du cycle du phosphore qui liait plantes, humains et animaux d’élevage. Au xxe siècle, les métabolismes agriurbains multiséculaires ont été profondément transformés par le déploiement de nouvelles logiques urbaines fondées selon le principe de l’évacuation des déchets jugés indésirables.
À la logique du recyclage par la fertilisation des sols s’est substituée celle de la contamination croissante d’espaces périphériques, au risque de générer des effets environnementaux en retour de plus en plus dévastateurs. Aujourd’hui, les aires urbaines sont gangrenées de communs négatifs, soit des espaces collectivement sacrifiés, dont l’impact environnemental est souvent minoré. Les politiques publiques oscillent entre renoncement (absence d’action) et démantèlement (opération de neutralisation), privilégiant souvent le déplacement des effets négatifs vers des terres plus lointaines. Il apparaît cependant une troisième voie, qui est celle de la régénération des terres concernées.
Pour ce faire, il semble nécessaire de penser la relation entre technologie et alliances interspécifiques. En effet, plantes et animaux peuvent être mobilisés pour rétablir un cycle vivant autour d’espaces contaminés.
Ici, sera discuté plus spécifiquement le cas de la réutilisation des eaux usées à vocation agricole. Le rapport d’UNWater en 2013 soulignait déjà : « 20 millions d’hectares de terres arables dans le monde seraient irriguées avec des eaux usées. Particulièrement courante dans les zones urbaines et péri-urbaines du monde en développement, l’utilisation des eaux usées dans l’agriculture présente certains avantages, en fournissant de l’eau et des nutriments pour les cultures, en assurant l’approvisionnement alimentaire des villes et en réduisant la pression sur les ressources en eau douce disponibles. Cependant, les eaux usées sont également une source de pollution et peuvent affecter la santé des utilisateurs, des consommateurs et de l’environnement si des pratiques sûres ne sont pas appliquées. » En effet, à la différence de l’usage des eaux épurées pour les jardins publics ou les golfs, ce type de réutilisation s’inscrit dans un cadre beaucoup plus complexe, liant santé, environnement et sécurité alimentaire. Elle permet alors de réfléchir à un nouveau métabolisme agri-urbain dans un contexte de réchauffement climatique accéléré. Si cette pratique est très fréquente dans de nombreux pays souffrant d’un important stress hydrique, elle est désormais fortement encouragée dans des pays aux climats plus tempérés, et notamment en France depuis l’année 2023.
Intégrer la question des cycles vivants dans la planification urbaine s’avère aussi une opportunité pour proposer un nouveau perma-urbanisme intégrant habitat et agriculture. En effet, il est nécessaire de mettre fin à cette opposition récente entre ville et agriculture, et de dépasser les approches interstitielles de l’agriculture urbaine pour ouvrir de nouvelles perspectives pour la transformation des aires urbaines, qui sont de plus en plus en lourdement impactées par l’accélération du réchauffement climatique.

Abstract

Urban development in the 20th century took place at the expense of the food-producing land on which historical agri-urban systems were based. For thousands of years, cities and agriculture were inextricably linked, particularly through the phosphorus cycle that linked plants, humans and livestock. In the twentieth century, the age-old agri-urban metabolisms were profoundly transformed by the deployment of new urban logics based on the principle of disposing of waste deemed undesirable.
The logic of recycling through soil fertilisation has been replaced by that of increasing contamination of peripheral areas, at the risk of generating increasingly devastating environmental effects in return. Today’s urban areas are plagued by negative commons – collectively sacrificed spaces whose environmental impact is often downplayed. Public policies oscillate between renunciation (lack of action) and dismantling (neutralisation), often favouring the displacement of negative effects to more distant lands. However, there is a third way, which is to regenerate the land concerned.
To achieve this, it seems necessary to consider the relationship between technology and interspecific alliances. Plants and animals can be mobilised to re-establish a living cycle around contaminated areas.
Here, we will look more specifically at the reuse of wastewater for agricultural purposes. The UNWater report in 2013 already pointed out: ‘20 million hectares of arable land in the world are said to be irrigated with wastewater. Particularly common in urban and peri-urban areas of the developing world, the use of wastewater in agriculture has certain advantages, providing water and nutrients for crops, securing food supplies for cities and reducing pressure on available freshwater resources. However, wastewater is also a source of pollution and can affect the health of users, consumers and the environment if safe practices are not applied’. In fact, unlike the use of treated water for public gardens or golf courses, this type of reuse is part of a much more complex framework linking health, the environment and food safety. It provides an opportunity to reflect on a new agri-urban metabolism in a context of accelerated global warming. While this practice is very common in many countries suffering from severe water stress, it is now strongly encouraged in countries with more temperate climates, particularly in France since 2023. 
 Incorporating the issue of living cycles into urban planning is also an opportunity to propose a new perma-urbanism that integrates housing and agriculture. We need to put an end to the recent opposition between the city and agriculture, and move beyond interstitial approaches to urban agriculture to open up new perspectives for the transformation of urban areas, which are increasingly affected by the acceleration of global warming.

Transmission d’une mémoire sonore : Le cas de la mascarade d’Imachar (Tiznit)

Par Marc BREVIGLIERI et Laurent VALDES

6e Congrès des études sur le Moyen-Orient et les mondes musulmans du GIS MOMM
Strasbourg, 25 juin 2025

Approches pluridisciplinaires sur le sonore dans le monde arabe 

Résumé: 

Les sons des rituels sont centraux dans la constitution des mémoires collectives. Cependant, ces sonorités sont composées de nombreux éléments : la fabrique des instruments, la maîtrise des chants et rythmes, mais aussi la qualité des espaces d’expression rituelle.
Imachar est un rituel festif associé à la parodie sociale et au renversement théâtralisé de l’ordre des choses. La question du son, entre ambiance bruyante et tonalité musicale rythmée, reste étroitement liée à des enjeux de territorialisation dans différents quartiers où peut s’entasser la foule. Le territoire investi forme alors une caisse de résonance pouvant contenir une ambiance sujette au débordement. Cette mascarade au cœur des rituels de fertilité et des rites de passage fut âprement combattue durant la seconde moitié du xxe siècle, avant de renaître dans le mouvement du revival identitaire amazigh articulé aux nouveaux festivals. Une transformation de la trame du sonore d’Imachar s’est ensuivie. La question identitaire n’a pas été le seul facteur expliquant une velléité de transmission, de transformation et d’historicisation d’Imachar. Les réaménagements urbains municipaux ont contribué à réduire les espaces publics d’expression au profit de nouveaux lieux normalisés tenus sous vigilance sécuritaire dans le cadre festivalier. Par ailleurs, les jeunes impliqués sont de moins en moins liés aux pratiques agricoles historiques, privilégiant la performance musicale et l’improvisation théâtrale, modifiant la nature des sonorités d’ambiance.
Notre communication se penchera sur un moment de transmission susceptible de révéler les tensions d’un tel contexte. Ce moment reconfigure spatialement un interstice urbain imprégné d’une trame sonore inhabituelle. Un travail regroupant une artiste sonore, un vidéaste et deux chercheurs SHS s’est conduit pour observer cette expérience polyphonique et gestuelle, noyau sensible de la structure d’ambiance qui nourrit la mémoire sensorielle de la collectivité.

Abstract

The sounds of ritual are crucial to the formation of collective memories. However, these sounds are made up of many elements: the manufacture of instruments, the mastery of songs and rhythms, but also the quality of the spaces for ritual expression.
Imachar is a festive ritual associated with social parody and theatrical reversal of the order of things. The question of sound, between a noisy atmosphere and a rhythmic musical tone, remains closely linked to issues of territorialization in different neighborhoods where crowds may gather. The territory in question forms a sounding board for an atmosphere prone to overflow. This masquerade, at the heart of fertility rituals and rites of passage, was bitterly fought against in the second half of the 20th century, before being revived in the Amazigh identity revival movement linked to the new festivals. This led to a transformation of Imachar’s soundtrack. The question of identity was not the only factor behind Imachar’s desire for transmission, transformation, and historicization. Municipal urban redevelopment has helped to reduce public spaces of expression in favor of new, standardized venues kept under security vigilance within the festival framework. At the same time, the young people involved are less and less linked to historical agricultural practices, favoring musical performance and theatrical improvisation, modifying the nature of ambient sounds.
Our paper will focus on a moment of transmission likely to reveal the tensions of such a context. This moment spatially reconfigures an urban interstice impregnated with an unusual soundtrack. A sound artist, a video artist, and two SHS researchers worked together to observe this polyphonic and gestural experience, the sensitive core of the ambient structure that sustains the community’s sensory memory.

Tiwizi : s’entraider pour tenir ensemble dans un monde agriurbain incertain

Par David Goeury, Mohamed Mouskite, Lisa Bossenbroek et Hind Ftouhi

Une dizaines d’hommes est réunie autour d’une parcelle récemment façonnée en casiers. 8 hommes jeunes sont alignés, en tandem dans des casiers différents, ils repiquent des brins de menthe. Ces hommes sont des jeunes agriculteurs membres de l’association Ibharen pour la majorité d’entre eux. Parmi les 8 qui travaillent, 5 s’occupent d’une terre familiale tandis que 3 sont décrits comme des voisins ou des amis.

Ils ont organisé une tiwizi pour aider l’un d’entre eux. Or derrière ce mot iconique du monde amazighe se cache une réalité complexe de jeunes entrepreneurs agricoles qui développent une activité agricole en périphérie de la ville de Tiznit.

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