Tous les articles par Amandine Vaccaielli

Ce qui est semé, ce qui est planté, ce qui pousse. La place des adventices dans une exploitation agricole en culture irriguée de Doutarga.

Par David Goeury et Amandine Vaccaielli

Au milieu de la vaste exploitation familiale à l’extrémité nord du périmètre irrigué, nous nous arrêtons quelques minutes à l’angle de 4 planches de cultures. La partie sud est irriguée par l’eau filtrée de la station d’épuration depuis une borne qui se trouve en bordure de parcelle. La partie au nord est irriguée grâce à un puits sur la nappe qui se trouve à proximité de la demeure familiale et qui est aussi utilisée pour l’approvisionnement de la famille en eau potable.

L’agriculteur s’arrête. Il pointe les parcelles sud à proximité de la borne

« Ici, nous avons semé de la luzerne. Là tu vois c’est rabie (littéralement ce terme désigne le printemps en arabe mais ici il désigne l’herbe qui pousse seule soit en l’occurrence un mélange d’adventices dominé par de la mauve et de la chenopodium murale). Cela pousse tout seul. Cela demande tout de même du travail. Il faut préparer la parcelle et l’irriguer. C’est pour le bétail. C’est aussi bon que la luzerne. Cela pousse aussi vite que la luzerne et tu la coupes. »

Puis, il se tourne et désigne les parcelles nord.

« Là tu vois, nous avons de la coriandre et ce que tu vois là avec ces grandes feuilles, c’est la mauve (khoubiza). C’est très demandé à Tiznit. Tu la vends au souk même plus cher que la coriandre qui ne rapporte pas grand-chose. Les gens mangent cela haché et en salade. C’est très apprécié. Cela pousse d’octobre à avril comme cela. On ne le sème pas. Cela vient tout seul. Tu vois ici les petites graines sur la plante, ce sont elles qui vont pousser.»

Mauve et coriandre. Crédits : David Goeury.
Graines de mauves présentées par l’agriculteur. Crédits : David Goeury
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Chauffeur et médiateur : collecter le lait tout en diffusant informations et bonnes pratiques

Par Hind Ftouhi, David Goeury, Mohamed Mouskite, Lucia Bordone et Amandine Vaccaielli

Un jeune collecteur de lait originaire de Bounamane nous décrit son métier au quotidien. Il a poursuivi ses études jusqu’à la deuxième année collège. Puis, il a arrêté ses études. Il a passé son permis de conduire à Tiznit en 2015 avant d’être recruté en 2020 comme chauffeur par la coopérative agricole de Bounamane. Il fait partie des jeunes recrutés par la coopérative agricole dont la caractéristique commune est d’être issus d’une famille dont aucun membre n’est adhérent de la coopérative. Il n’est donc pas issu d’une famille d’agriculteurs et il n’a pas suivi de formation agricole.

La coopérative a trois circuits de collecte : deux pour le secteur de Bounamane et un pour Tiznit et Targa dont il s’occupe. Il est en contact quotidien avec une quarantaine d’agriculteurs dont 11 femmes. Il effectue deux tournées. La première commence à 5h00 du matin et la seconde à 14h00.

Son rôle se limite normalement à prendre les bidons en acier inoxydable remplis de lait par les agriculteurs sur le pas de leur porte puis de l’apporter au technicien de la COPAG chargé de vérifier la qualité du lait avant de le transférer dans le tank. En même temps qu’il effectue la collecte, il doit distribuer les enveloppes contenant les paiements dédiés aux éleveurs, deux fois par mois,  mais aussi les informations administratives comme les convocations aux assemblées générales, les informations sur les opportunités de subvention pour l’achat d’aliments ou de vaches de race Holstein.

Il joue un rôle essentiel auprès des éleveurs et surtout des éleveuses qui se déplacent rarement à la coopérative.

Faire l’interface

Comme il le dit, il fait l’interface. Il transmet les informations, il répond aux questions des membres de la coopérative, il cherche les réponses ou les contacts de personnes qui ont la réponse. Parfois, il donne aussi des conseils. Il fait cela volontairement car recruté comme simple chauffeur, sa rémunération est liée uniquement au transport du lait et des enveloppes.

« Chaque fois qu’un agriculteur me demande quelque chose, je cherche la réponse ou la personne qui a la réponse ».

« Les éleveurs et les éleveuses ont souvent le même type de problème ».

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Développer un élevage laitier en famille à Doutarga  : un travail exigeant et collectif

Par Mohamed Mouskite, David Goeury, Khadija Zahi, Amandine Vaccaielli et Lucia Bordone

Fatima est une éleveuse que nous connaissons depuis plus de 7 années déjà. En 2016, elle était avec sa voisine Fadma l’une des deux seules femmes enregistrées en son nom personnel au sein de la coopérative laitière qui collectait le lait depuis un petit dépôt installé au sud de la ville de Tiznit dans un espace mis à disposition par la direction provinciale de l’agriculture à destination de la COPAG. Lorsque nous revenons à Doutarga pour enquêter les femmes inscrites comme membre de la coopérative de Bounamane qui a pris le relais désormais, c’est immédiatement vers elle que les autorités nous réorientent. Elle est sur sa parcelle mais n’hésite pas une seconde à interrompre la cueillette de la luzerne qu’elle laisse à sa fille pour nous rejoindre avec un enthousiasme non feint. Elle se souvient de nous et surtout elle veut nous montrer les nouveautés. Elle nous informe que  Fadma a délaissé l’élevage bovin, après l’émigration de son fils. Devant son étable, nous retrouvons une de ses filles entrain de décharger la récolte quotidienne de luzerne. Elle esquive la conversation, en disant simplement qu’elle aide sa mère pour lui laissé toute la place. Lorsque nous entrons dans l’étable dédiée à l’engraissement, elle s’exclame : « photographiez les poulets. C’est nouveau cela ». Commence alors un très long entretien durant lequel Fatima va présenter les transformations de son exploitation.

Alors que le Maroc connaît une sécheresse particulièrement sévère depuis 6 années et un recul de la production laitière qui a obligé le ministère à multiplier les aides à la reconstitution des cheptels en 2023, Fatima a fortement développé son cheptel disposant désormais de plusieurs vaches laitières de race holstein et en engraissant de nombreux veaux. Son cheptel a été multiplié par plus de trois. A cela, elle a ajouté une activité d’élevage de poulets. Cette dynamique entrepreneuriale l’amène à privilégier un nouveau registre de langage, celui du travail bien fait.

Ici, nous détaillerons avant tout son activité d’éleveuse de vaches laitières pour interroger son rapport au travail, l’organisation familiale que cela suppose, la relation à la performance productive des animaux et enfin le défi d’intégrer une structure de coopérative laitière.

Récolte de luzerne journalière. Crédits : David Goeury

Travail consciencieux et pénibilité : l’éthique au travail

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Derrière l’échec de l’entreprise collective, assurer une nourriture de qualité à sa famille. Le cas d’une petite agricultrice

Par David Goeury et Amandine Vaccaielli

Fatima est emblématique de ces femmes cultivatrices. Dans un contexte de profonde transformation des activités villageoises, elle est très intéressée par les initiatives collectives notamment pour faire quelque chose, apprendre et éventuellement disposer de ressources monétaires mêmes minimes. Cependant, pour développer son activité, elle doit être intégrée à une dynamique collective, soit une coopérative, soit une petite entreprise familiale. En effet, la fin de la coopérative et le refus de ses fils de s’impliquer dans les activités agricoles ont mis fin à la commercialisation de ses produits. Malgré ces deux coups du sort, elle maintient son activité productive qui lui permet de fournir à sa famille une alimentation de qualité à moindre coût.

La localité de Taghzout a bénéficié d’une initiative associant formation à l’agroécologie et création d’une coopérative de femmes semencières portée par les associations Tamounte et Migration et Développement, avec le  financement par l’Agence Française pour le Développement(AFD). La coopérative est aujourd’hui dissoute. Une série d’entretien menée avec des femmes de Taghzout qui continuent à cultiver leurs parcelles permet de comprendre les effets complexes d’un tel projet.

Fatima est mariée à un maçon et mère de quatre enfants, trois garçons et une fille. Le plus petit a 9 ans est en 4e année primaire. Ses autres enfants sont plus âgés et ont arrêté leurs études après le lycée pour ses deux autres garçons tandis que sa fille a obtenu une licence. Sa fille et son garçon aîné travaillent dans la pâtisserie de leur oncle à Sidi Bibi. Fatima cultive une parcelle de la famille de son mari qui est irriguée grâce à un puits collectif.

Elle décrit son activité comme un passe-temps : « Nous n’avons rien à faire et donc on s’occupe de cela. » Cependant, elle précise « Grâce à cela, on se nourrit tout l’hiver. En revanche l’été, tout devient sec et on achète les légumes au souk. »

Elle a trois chèvres, une brebis et des poulets. Elle ajoute :« A l’époque quand il y avait de la pluie, on avait plus de bétail et une vache mais par le manque de pluie et de luzerne, on a vendu la vache. »

Écouter Fatima permet de saisir trois enjeux de l’activité agricole féminine : entreprendre avec ses voisines, entreprendre avec sa famille, nourrir les siens.

Parcelle de Fatima à Taghzout. Crédits : David Goeury

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