Devenue chef lieu de province en 1975, la ville connaît une croissance démographique décorrélée des activités agricoles. Nourrie par les nouveaux périmètres agricoles irrigués implantés dans la vallée du Souss, l’eau d’irrigation est d’abord intégralement mobilisée pour l’approvisionnement en eau potable des nouveaux ménages urbains. Les parcelles agricoles à l’ouest de l’oued (canal d’écoulement temporaire des eaux de ruissellement suite aux pluies orageuses) sont abandonnées. Les activités maraichères de proximité survivent dans de rares exploitations équipées de puits avec une motopompe tandis que les animaux d’élevage quittent les maisonnées pour être installés dans des étables périphériques. Les terrains à l’interface entre les demeures et les jardins où étaient stockés les fumiers et autres composts sont progressivement contaminés par des déchets industriels non recyclables. Aux déchets ménagers végétaux se joignent les déchets issus des activités artisanales et les nouveaux déchets plastiques issus des emballages des produits de consommation. Une activité de recyclage est établie à la jonction entre les quartiers historiques et les terres agricoles mais elle déborde régulièrement sur les parcelles limitrophes. Au début des années 2010, s’adjoignent les gravats mélangeant ciments et carrelages provenant des multiples opérations de réaménagement des logements urbains. Le périmètre irrigué historique est alors gangréné par les déchets venant accentuer les processus de dévalorisation de la terre agricole (Carpentier et al. 2021).
A partir de 1984, se développe un nouveau circuit de l’eau via la généralisation progressive de l’assainissement liquide. Les eaux usées sont à la fois particulièrement riches en nutriments tout en étant susceptibles de menacer la santé humaine. Une première station d’épuration est implantée pour traiter les effluents à l’extrémité nord du périmètre irrigué historique. En 1987, à la demande des agriculteurs, la commune investit dans des canaux d’irrigation. Un nouveau périmètre irrigué se développe malgré les critiques nombreuses sur l’usage inapproprié de cette eau à des fins maraîchères et l’absence de contrôle sanitaire (Ftaïta 2005). En 2006, une nouvelle station d’épuration est implantée plus au nord avec pour projet d’installer un système de filtration supplémentaire permettant de disposer d’une eau agricole respectant les critères de l’OMS pour l’arboriculture et les plantes fourragères. Cependant, le projet peine à se mettre en place avant 2021. Apparaît alors une situation inédite de prolifération végétale de plante nitrophile sur plusieurs hectares. Cette nouvelle configuration forme des taillis particulièrement dense servant d’abris à des hardes de sangliers qui menacent les parcelles agricoles. Les agriculteurs doivent alors soit investir dans d’onéreuses clôtures ou renoncer à certaines cultures comme le maïs (Goeury 2021).
Le nouveau métabolisme urbain extractiviste et industriel s’appuie sur des logiques non circulaires privilégiant le principe de l’évacuation à celui du recyclage. Surtout, il génère des nouveaux communs négatifs, soit des problèmes collectifs qui menacent les activités individuelles (Bonnet et al. 2021 ; Monnin 2021). Les déchets non recyclables, les eaux usées non gérées ont des effets en retour complexes qui viennent accroître les difficultés à développer des activités agricoles pérennes. Les biens communs négatifs dégradent les conditions environnementales de l’habiter agriurbain. L’activité agricole est alors repliée sur des petites exploitations familiales autonomes disposant d’un forage sur la nappe phréatique équipé d’une motopompe. Ces activités agricoles de proximité sont cependant menacées par les effets indésirables de voisinages du fait des menaces de contamination mais aussi de prolifération d’espèces intrusives comme les sangliers.
Cartes et commentaire tirés de : David Goeury, 2024, “Régénérer les terres par la réutilisation agricole des eaux urbaines épurées : refonder des métabolismes agriurbains“, Historiens & Géographes, 467, août 2024, p.64-75.
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David Goeury (2 septembre 2024). Tiznit de 1971 à 2021, du métabolisme agriurbain à une agglomération gangrénée de communs négatifs. ZERKA. Consulté le 11 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/14geh