Archives par mot-clé : Oasis

« Fertilités. Sur les chemins de collecte des femmes oasiennes (univers végétal, résonateurs cosmiques, soins collectifs) »

Cet article a été publié dans la revue Anthropologie et Societés.

Référence:

Breviglieri, Marc. “FERTILITES: Sur les chemins de collecte des femmes oasiennes (univers vegetal, resonateurs cosmiques, soins collectifs).” Anthropologie et Societés, vol. 44, no. 1, 2020, p. 25+.

Cet article brosse un tableau de l’univers végétal d’une oasis du Maroc présaharien (région du Souss) en mettant l’accent sur la présence de femmes âgées issues d’un milieu très modeste venant quotidiennement désherber et collecter des plantes spontanées. Ces femmes entretiennent un lien privilégié avec ces dernières et transmettent leurs pouvoirs nourriciers, prophylactiques, thérapeutiques ou magiques à la communauté oasienne dans son ensemble. Mais une question se pose : que va-t-il advenir de ce champ de relations intégrées aux cycles de fertilité au fil des transformations structurelles et des projets de modernisation que connaissent actuellement les espaces oasiens ? Ces projets, tout en étant porteurs d’objectifs environnementalistes, attestent d’une modalité de qualification du sol et de son exploitation qui tend à éclipser la présence de ces femmes, négligeant au passage l’arrière-plan cosmologique foisonnant sur lequel se dessinent leurs gestes attentionnés et la perméabilité sensible à l’univers végétal oasien dont elles sont les gardiennes.

Mots-clés : Breviglieri, oasis, femme, végétal, écologie, soin, atmosphère, vie, communs Continuer la lecture de « Fertilités. Sur les chemins de collecte des femmes oasiennes (univers végétal, résonateurs cosmiques, soins collectifs) »

Landscape of Care : a handbook for urban design engagement

This publication invites the reader to explore an inter-
disciplinary and cross-cultural project of urban design
research conducted 2018-19 in the city of Tiznit, Morocco.

The project was initiated by the Netherlands-based
creative platform Slow Research Lab and realized in
partnership with the bureau of architect Salima Naji and
the Naji’s nonprofit association Gardiens de la Mémoire,
both based in Tiznit.

From these two countries and organizations, a core team
of researchers and creative professionals came together to help
conceive, develop, and facilitate the myriad facets of the project:
Marijke Annema, Jana Crepon, David Goeury, Nika Jazaei,
Salima Naji, and Carolyn F. Strauss. (See biographies, page 106.)

In addition to those main programming partners and
team members, this project was enriched by an array of
collaborators from Tiznit and beyond: municipal authorities;
community associations and cooperatives; local artists and
craftspeople; Moroccan and international designers; teachers
and parents from the city’s creches and primary schools; an
incubator for young creative entrepreneurs; plus countless
program participants. We are grateful for their trust and
commitment.

Substantial financial support for the project was adminis-
tered by the Creative Industries Fund NL (Stimuleringsfonds
Creatieve Industrie) as part of a four-year program funded
by the Dutch Ministry of Foreign Affairs within the policy
framework of the International Culture Policy (2017-2020),
entitled Sustainable and Inclusive Cities Through Design.

Couverture Ouvrage Landscape of Care

CONTENTS

Introduction.

Reviving Wonder: the Artistic Immersed in Oases, Salima Naji, p.18

Thoughts on Care, Carolyn F. Strauss, p.24
KINDLING ENVIRONMENTAL AWARENESS p.32

Kindred Spirits, David Goeury, p.38

Standing With Two Feet in Complex Matter, Cocky Eek, p.40

CULTIVATING ARTISTIC RESPONSES TO CLIMATE CHANGE p.48

Immediacy, Maria Blaise, p.54

Weaving the Oasis, Amina Aguesnay, p.56

FRICTION, CURIOSITY, OPENING: PROVOKING A DIFFERENT PERSPECTIVE p.60

Oasis Memory: Reflections of an Urban Caretaker, Omar Boumehdi, p.66
Precious Things, Linnemore Nefdt, p.70
Notes from an Observer,  Aimane Idhajji, p.76

BUILDING A MORE OPEN MEETING PLACE p.80

Sharpening the Intuition, Nika Jazaei, p.86
Threading Stones, Marijke Annema, p.94


ETERNAL RETURN p.102
Biographies p.106
Bibliography p. 112
List of Collaborators P.114
Colophon p.116

Naji, Salima, & Strauss, Carolyn. 2020. Landscape of Care: a handbook for urban design engagement. Amsterdam, Slowlab Research.

Imagining the Revitalisation of Collective Spaces within the Ecosystem

By Sylvie Tram Nguyen

This village located in Adkhss is one of the many ancient granary villages in Tata province, within the Souss Massa central region of Morocco. It located within a fast oasis landscape in a pre-Saharan dessert territory, which is also affected by floods.

Inhabitants come from Amazighs and Arab tribes.  The Tata Province population is approximately 117,841 in 2014.  Whereas the estimate area of the village in Adkhss is less than 500 (approximately 80 families reside within the study site). According to the governor, this area has great prospects in cultivating tourism and should leverage capital to valorise its assets in heritage. Continuer la lecture de Imagining the Revitalisation of Collective Spaces within the Ecosystem

What is the use? Possible asset (re)valorisation strategies for Adkhs

By Carolina Beovic

The visiting foreigner goes through several different layers of discovery, each adding up to a different postcard while getting to know the province of Tata.

The landscape is very similar to certain Latin American landscapes.  The distances, the dryness, the valleys, the light, and the construction materials make the experience strangely close to the Chilean North. This place however has not yet been exposed to mass tourism. On the contrary, it has seen many men leave for the cities, and it contains a community that has remained there preserving their customs. The population has been moving gradually towards the outskirts of the town to larger and more separate buildings, leaving behind the old town, where the Mosque, Granary, and a semi-abandoned village centre hold great picturesque attractive, but also visible and important cumulative destruction.


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Architectures du bien commun: Pour une éthique de la préservation

“Défendre une architecture du bien commun signifie interroger l’objet architectural en privilégiant les conditions sociales de son édification, l’usage, l’attachement aux lieux ou encore les pratiques spatiales qui lui sont spécifiques. À ce titre, les communautés de l’Atlas et du Sahara marocains représentent une source d’inspiration pour une réflexion sur la durabilité des constructions contemporaines. Dans les oasis ou encore les greniers collectifs, incarnations du bien commun, c’est le savoir-faire de solidarités historiques qui se manifeste. Témoin de la capacité humaine à constituer un environnement viable malgré des contraintes climatiques extrêmes, l’architecture y est pensée tel un objet intégré à son environnement, où se lient étroitement agriculture et construction autour de la pierre, de la terre et des végétaux les plus résistants. En s’appuyant sur de multiples expériences de chantier menées au Maroc, et largement relatées dans cet ouvrage, Salima Naji montre qu’il est possible de dépasser la pure esthétique de l’héritage, qui oppose tradition et modernité de façon stérile, afin d’interroger plutôt son capital de résilience: une dynamique constante d’adaptation qu’il faut réactiver pour sortir des logiques globales et nocives, dont l’omniprésence actuelle du béton est l’expression la plus évidente. Comme le travail de l’auteur le prouve, il est possible, en multipliant les projets intégratifs et participatifs, de réinvestir les techniques dites “vernaculaires” en recréant des filières constructives au profit d’un véritable développement soutenable.”

https://www.metispresses.ch/en/architectures-du-bien-commun

Kindred Spirits

At the heart of the palm grove, a monster of plastic and bark rises up. Awakened by the children of the medina—kindred spirits with painted faces, adorned with plants, snails, cardboard, and plastics—summoning vital connections with the waste that litters the ground. Thus animated, the beast slowly clambers out of the oasis, undulating towards the old medina, accompanied by a rhythmic rattle of stones in abandoned bottles, and arriving finally at the ancient source.
There, it circles the water, emitting a primal cry of life and respect for the environment. Until, exhausted, it heaves to a halt within the fortified walls of Kasbah Aghenaj.

The monster slumbers again.

Until when …?

Masques oasiens. Esprits. Alliances.

Dans le cadre du projet de Landscape of Care dirigé par Salima Naji et Carolyn Strauss, l’artiste Cocky Eek a développé un travail sur les masques végétaux et les costumes liant végétaux et déchets dans la Targa de Tiznit en partenariat avec l’association Abrinaz, un jardin d’enfant, l’école primaire Lalla Myriam, l’association les Gardiens de la Mémoire et l’association l’Blend .

Cette intervention a été menée en deux temps du 17 au 20 décembre 2018, puis en juin 2019.

Décembre 2018, renouer les liens.

Commencer. Toucher les plantes, les oliviers

Fabriquer des masques avec des végétaux collectés

Doubles végétaux

Groupes masqués d’enfants avec ces végétaux

Doubles de Cactus Opuntia

Doubles du palmier Phoenix dactylifera

Fabriquer des costumes hybrides : de plantes et de cartons pour défiler dans l’oasis

Juin 2019 : faire revivre les êtres hybrides, les esprits prennent place dans la Targa.

Appel à communication Symposium à Agadir les 9 et 10 septembre 2019 : DESSINER DES (ÉCO)SYSTÈMES AGRO-URBAINS RÉSILIENTS

Urbanisme, architecture et agriculture au défi du changement climatique

« Dessiner des (éco)systèmes agro-urbains résilients » entend contribuer à une appréhension systémique des situations socio-écologiques complexes qui se situent à l’interface entre urbain et rural, dans un horizon d’action et projet durables. Le renouvellement des descriptions et des analyses est fonctionnel au projet, entendu comme formulation d’une image partagée du futur, proposition d’un horizon de sens collectif qui articule avec justesse structures spatiales, dynamiques matérielles et modes de vie.

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Pour un retour des biens communs fonciers ?

Réflexions autour de la mobilisation et de la défense d’un espace oasien (le cas de la Targa de Tiznit, Maroc)

Cet article a été publié dans le revue Belgéo

David Goeury, « Pour un retour des biens communs fonciers ?  », Belgeo [Online], 2 | 2018, Online since 18 June 2018, connection on 24 March 2019. URL : http://journals.openedition.org/belgeo/21530 ; DOI : 10.4000/belgeo.21530

Résumé

Au Maroc, les biens communs fonciers ont été à l’origine d’un patrimoine à la fois culturel et écologique. Cependant, suite à la colonisation, ils ont été soit étatisés, soit privatisés car jugés inefficients. Pour autant, les collectifs historiques n’ont pas disparu et restent mobilisés autour de ressources dont ils considèrent avoir été injustement dépossédés. Le retour des biens communs semble lié à leur puissance évocatrice d’un passé idyllique marqué par une gouvernance singulière, la démocratie collective, par opposition à l’autoritarisme et la corruption des administrations contemporaines. Leur renaissance se fait grâce à de nouvelles organisations associatives mais ne peut se perpétuer que grâce à la bienveillance des institutions politiques nationales et tout particulièrement du pouvoir municipal. Cependant, la tentation de limiter cet héritage à sa seule dimension paysagère occulte ses fondements civiques articulés autour de l’engagement du faire ensemble comme praxis citoyenne.

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Résilience, résistance et reconnaissance Destin de l’agriculture urbaine oasienne à Tiznit (Maroc)

Cet article a été publié dans le revue Géographie et Cultures.

David Goeury and Louis‑Emmanuel Leray, « Résilience, résistance et reconnaissance », Géographie et cultures [Online], 101 | 2017, Online since 17 July 2018, connection on 24 March 2019. URL : http://journals.openedition.org/gc/4863 ; DOI : 10.4000/gc.4863

Résumé

L’agriculture exercée dans les périmètres oasiens urbains est aujourd’hui menacée au Maroc. À Tiznit, l’inversion des rapports de valeur entre l’eau et la terre a favorisé une urbanisation anarchique sur des terres historiquement préservées. Or, cette activité fait preuve de résilience dans un contexte institutionnel peu favorable. Cette dynamique s’explique par la résistance des agriculteurs et des ayants droit qui se mobilisent face aux autres parties prenantes. Derrière des pratiques culturales jugées archaïques se cachent de nouvelles dynamiques entrepreneuriales comme l’élevage bovin laitier. En effet, il apparaît aujourd’hui que l’espace oasien périurbain est particulièrement propice au développement d’une filière laitière bovine intégrée au marché à même de concilier ville et agriculture. Parallèlement, apparaît la volonté d’acteurs locaux de faire reconnaître la spécificité de l’agriculture oasienne afin d’en assurer la préservation. Or, le rôle économique de cette agriculture est parfois minoré tandis que sont mis en avant ses rôles esthétique, écologique, voire psychologique au sein de villes en pleine croissance. L’oasis devient alors un étendard identitaire, un lieu de mémoire d’un temps pré-colonial, permettant de magnifier une certaine forme de démocratie locale historique. Cependant, cette vision tend à figer les pratiques culturales autour de cultures patrimoniales. S’affirment alors de nouvelles velléités institutionnelles de certification des pratiques afin de les mettre en conformité avec de nouveaux usages récréatifs, limitant les opportunités d’innovation des agriculteurs. Par ailleurs, cette patrimonialisation se traduit par une diminution des superficies agricoles au profit d’aménagements récréatifs, voire à l’autorisation d’une urbanisation périphérique croissante, amenant à de nouvelles tensions. Enfin, les ayants droit historiques peuvent être associés à un groupe politique clairement déterminé, les rendant dépendants des retournements électoraux.

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Revitalisation de la médina de Tiznit, le noyau fondateur de l’oasis

Cet article est paru dans la revue Planur-e. Territorio, urbanismo, sostenibilidad, paisaje y diseño urbano .

  • Naji Salima, David Goeury, 2016 : « Revitalización de la Medina de Tiznit »   in Planur-e. Territorio, Urbanismo, Paisaje, Sostenibilidad y Diseno Urbano, #08 – Invierno 2016

http://www.planur-e.es/articulos/ver/revitalizaci-n-de-la-medina-de-tiznit

Résumé

Tiznit est une cité oasienne du Sud marocain qui fut qualifiée de cité jardin à la période coloniale. Cependant, sa médina a connu une forte croissance démographique altérant profondément ses qualités environnementales historiques. À partir de 2008, elle fait l’objet d’un vaste programme de mise en valeur dirigé par un pouvoir municipal volontariste soutenue par une société civile dynamique. Cette politique s’est appuyée sur la réhabilitation de monuments emblématiques mais aussi par la construction de nouveaux équipements dans le cadre d’un plan d’aménagement et de sauvegarde (PASM) à même de proposer une vision patrimoniale pour la ville.

Ce processus particulièrement long a été marqué par une série d’étapes et de projets emblématiques qui posent la question de l’éco-construction alors que le cadre réglementaire privilégie la mise à niveau urbaine selon des logiques normatives exogènes. Dès lors, il s’agit de s’interroger sur l’impact de la requalification des lieux emblématiques comme la source fondatrice Ain Aqdim ou la kasbah Aghenaj sur la mise en valeur totale de la vieille ville de Tiznit.

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Séminaire “Attachements, affection et sensibilités aux prises avec l’environnement : quels engagements ?”

Date : Vendredi 2 décembre 2016// 9:30 à 13:00

Université Saint Charles de Marseille,  salle Biodiversité

DYNAMIQUES SOCIO-ENVIRONNEMENTALES
« Se préoccuper de la nature et de l’environnement : l’engagement politique comme processus à la croisée d’expériences personnelles et collectives »
Responsables : Véronique Dassié (IDEMEC) et Marie Jacqué (LPED)

Ce séminaire abordera la manière dont l’intime, en tant que mode de relation sociale singulier, intervient dans la fabrique d’un agir collectif qui se déploie à travers diverses formes d’attachement à la nature, hier et aujourd’hui.

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Parcourir la Corbeille : cheminer avec l’érosion après l’inondation

Par Irène Carpentier, David Goeury, Zakaria Kadiri

La corbeille de Nefta est une palmeraie enserrée au coeur d’un cirque de sable d’un kilomètre de largeur. En dessous de cette strate de sable, une couche d’argile étanche générait de multiples résurgences, jusqu’à 152 sources, selon les dires. Mais le percement de cette couche d’argile par des forages profonds à mis fin à ce phénomène naturel.

Aujourd’hui, la corbeille reste un lieu important de la mémoire locale et a fait l’objet d’un projet d’écotourisme depuis 2008. Bien qu’elle ne doive sa survie qu’à une série de forages profonds (plus de 140 mètres) aussi bien pour irriguer les 20 ha de terres, que pour remplir le vaste bassin de son extrémité orientale, elle a été présentée par les autorités et les bailleurs de fonds internationaux, comme un nouveau modèle de tourisme oasien en Tunisie, suite à des aménagements financés, par la principauté de Monaco entre autres. La crête est dominée par les hébergements qui se revendiquent plus ou moins écologiques, du fait de leur vue plongeante sur cet écrin de verdure. Chaque hôtel ou maison d’hôte assure sa promotion à travers la Corbeille, les qualificatifs ethno-environnementaux sont démultipliés dans de large articles d’auto-promotion touristique.

Or, une visite de terrain le 19 octobre 2016, nous a poussé à regarder autrement ce site largement mis en scène dans les médias. En effet, mardi 27 septembre, en 90 minutes, 74 millimètres de pluie se sont abattus sur la ville. Soit la plus forte averse depuis cinq ans. Les bassins versants se sont couverts de ravines, le sable s’est engouffré dans le lit des oueds et est venu recouvrir une grande partie des aménagements touristiques ainsi que certaines parcelles agricoles. L’aléa climatique joue un rôle de révélateur de la fragilité des dispositifs et des discours. Coulées de sables, structures arrachées, eaux stagnantes, déchets déplacés, sont autant de stigmates d’une réalité bien moins heureuse que celle projetée par des manipulateurs de symboles que sont les professionnels du tourisme, les désigners à la mode et autres ONG de développement local.

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Deux ambiances agricoles dans la palmeraie de Nefta : retour sur deux visites de parcelles

Par Irène Carpentier, David Goeury et Zakaria Kadiri

Nefta, oasis historique du Jérid, reste parmi les plus prestigieuses de Tunisie. Cependant, la palmeraie est loin d’être uniforme et connaît des dynamiques différentes entre le site historique de Ras el Aïn (appelé aussi la Corbeille), et les extensions périphériques modernes.

Il s’agit ici de revenir sur deux visites de parcelles afin d’illustrer la construction d’une opposition discursive entre des sites oasiens dits historiques et des espaces plus récents dominés par le modèle productiviste.

En effet,  les associations de protection et de valorisation se multiplient dans les espaces oasiens les plus anciens, caractérisés par un fort morcellement et une certaine déprise agricole. Ces associations tentent de redéployer une activité autour de la singularité de ces sites et de leur biodiversité. D’autre part, des logiques de spécialisation et d’intensification capitalistique sont à l’oeuvre, en particulier sur les parcelles les plus éloignées du coeur historique.

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Subtile porosité

Par Alia Ben Ayed, Noha Gamal et Jean-Paul Thibaut

Une expérience sensible menée dans le quartier historique d’El Algama, engageant davantage notre attention sonore, nous amène à reconsidérer la représentation que nous avions des lieux. Nous sommes constamment sollicités par des sonorités, composées au gré des événements, de chants d’oiseaux, de pétarades de mobylettes, de claquements de sabots de mulets traînant leur charrette, de paroles, de rires, de jeux d’enfants. Ses sonorités colorent le parcours, le rythment,  reconfigurent sa géométrie, modifient parfois sa plasticité lorsque les formes sonores débordent au-delà des limites proprement construites.

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Nefta : une corbeille de sons

Par Abdelaziz Barkani, Noha Gamal et Jean-Paul Thibaud

Nefta, un matin d’octobre. Tu es sur la terrasse de l’hôtel Dar Hi et ton regard s’étale à l’horizon. Un plateau avec différents niveaux creuse une corbeille en contrebas. Une invitation à descendre et à la visiter. Tu descends. Après quelques virages tu te retrouves en bas, sur le chemin de terre. Tu échanges quelques salutations du matin : Bonjour… sabah el Khair… Tu croises les ouvriers déjà au travail et tu continues à descendre. Le calme t’attire et t’enveloppe petit à petit. Un fond de silence sur lequel se diffuse le chant des oiseaux. La verdure te recouvre, les palmiers t’entourent et cachent le ciel. Un écran végétal voile le regard. Tu entends un coq, tu le cherches, tu le localises mais tu ne le vois pas. Ta vue est empêchée, masquée. Par contre tu distingues très clairement la présence sonore des animaux. Expérience acousmatique. Disjonction entre le visuel et le sonore.

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Programme du colloque “Quelles ambiances urbaines dans les oasis du sud de la Méditerranée?” Sidi Bou Saïd, 17 et 18 octobre 2016

Le colloque est ouvert au public dans la mesure des places disponibles après inscription à travers le questionnaire en ligne suivant.

https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSeWGUKZXJ4LJx7etBu9WIgC8zPKo0YGPvkHL7iKRCMD8ZoG4g/viewform 

Toute personne non inscrite ne pourra pas être accueillie.

 

Lundi 17 octobre 2016

à l’hôtel Sidi Bou Saïd

9H00 Accueil

Marc Breviglieri (CRESSON Grenoble, HETS-GenèveHES.SO) / David Goeury (ENeC, Paris Sorbonne)

Conférences inaugurales

“L’oubli dans la cité: retour en mémoire”. Jocelyne Dakhlia (EHESS, Paris)

“Un espace public oasien retrouvé? Quelques leçons de projets de réhabilitation dans les oasis du Sud marocain”. Salima  Naji (CJB, Rabat)

“Chebika et ce qu’il en reste”. Imed Melliti (IRMC, Tunis) Continuer la lecture de Programme du colloque “Quelles ambiances urbaines dans les oasis du sud de la Méditerranée?” Sidi Bou Saïd, 17 et 18 octobre 2016

Tiznit. Aïn Aqdim, la source à l’origine de l’oasis

Ouvrage de Salima Naji, Ahmed Boumzgou et David Goeury paru en septembre 2016 aux éditions DTG à Rabat.

L’ouvrage est accessible ici : Tiznit Ain Aqdim Goeury Naji Boumzgou 2016

Des extraits sont publiés ci-dessous :

Mémoire et patrimoine d’une source

À une centaine de kilomètres au sud d’Agadir, Tiznit, cité fondée par Moulay Hassan Ier en 1882, renoue avec ses origines : sa vénérable source.En 2014, la ville de 75 000 habitants, qui se déploie désormais largement en dehors de son enceinte pentagonale, a lancé un vaste programme de revalorisation du lieu originel : ce bassin d’irrigation qui a donné naissance à l’oasis et aux premiers noyaux villageois entre le XIII e et le XVI e siècles.En effet, au cœur de la plaine de l’Azaghar, Tiznit trouve ses origines dans la découverte miraculeuse d’une résurgence karstique attribuée à Lalla Zninia. Le filet d’eau est alors aménagé en bassin depuis lequel part un canal d’irrigation. Les agriculteurs construisent des villages fortifiés (ksebt) à proximité sans pour autant empiéter sur les terres arables. Ils se dotent d’institutions collectives pour gérer cette manne providentielle.Cet équilibre est rompu par le processus d’urbanisation.Bâtie en 1883, la muraille enserre à la fois source, villages et jardins. Durant la deuxième moitié du XXe siècle, Ces derniers sont progressivement lotis. Alors, le bassin d’irrigation devient un vestige anachronique au centre d’une médina de plus en plus dense. La ville accueille de nouveaux habitants issus des campagnes environnantes,les descendants des agriculteurs deviennent des artisans,des commerçants ou des fonctionnaires. Le lien matériel et symbolique entre la ville et sa source se distend au point de se rompre. Le bassin, désormais clos, est désigné par l’appellation coloniale de “Source bleue”, slogan touristique vide de sens, tandis que le mythe fondateur est de plus en plus décrié par les religieux qui le qualifie d’impur.

Réhabilitation et réminiscences patrimoniales au profit des habitants

Pour autant, les habitants et les associations de quartiers souhaitent une revalorisation du site. La municipalité en partenariat avec l’opérateur Al Omrane décide alors de lancer un projet de mise à niveau urbaine. Or, comment réintégrer la source dans un environnement aussi profondément transformé ? Aujourd’hui, les jardins sont à plus de 500 mètres du bassin historique.L’idée a donc été de rendre le monument aux habitants de la ville, notamment les plus fragiles, le laisser ouvert,accessible et en faire un espace convivial. Il s’agissait de faire du réaménagement de la source une possibilitéd ‘extension de l’espace public à destination de ceux et de celles qui en ont le plus besoin : les femmes, les enfants.Loin de fermer le lieu, il s’agissait de l’ouvrir en créant une nouvelle circulation, de nouveaux lieux de station et permettre ainsi aux enfants de jouer, aux femmes des’arrêter, de contempler et de discuter.Cette idée de la circulation s’est aussi appliquée à l’eau.La source était devenue un bassin où l’eau était perçue comme stagnante, voire croupissante. Le mythe du jaillissement était d’autant plus facile à discréditer qu’il renvoyait à un site peu attractif. Il était donc nécessaire de la remettre en mouvement. L’idée fut de recréer un contact possible entre les habitant et l’eau. Il devait être possible de toucher l’eau, mais aussi de l’entendre et de la voir circuler.L’eau a été mise en scène autour du principe des réminiscences : par un débord et une chute mais aussi par une petite rigole qui court autour du bassin. L’irrigation n’a pas pour autant été oubliée : du bassin part un canal vers l’oasis.


La dame de la source

L’histoire des origines de Tiznit est liée à la découverte d’une source d’eau potable par une femme, Lalla Zninia.

Un mythe de fondation

Le récit de cette découverte possède plusieurs variantes et tend vers une hagiographie de celle qui est, encore aujourd’hui, considérée comme une sainte. Alors qu’il n’y avait là que désert et solitude, Lalla Zninia vint à passer. Elle a soif car elle marche depuis longtemps,quand soudain le lévrier sloughi qui l’accompagne, lape un peu d’eau sous la roche. Lalla Zninia découvre ainsi une fente d’eau, la creuse et la transforme en un point d’eau pérenne. Elle décide alors de s’installer à proximité et de vivre en ascète. À quelques pas de là, elle aurait édifiée la première mosquée de la ville, entre le XIIe et le XVe siècles et serait enterrée en son sein. L’oasis est née.Plus tard, la source d’eau est aménagée en un bassin permettant une sédentarisation croissante des pasteurs autour d’une agriculture oléicole et vivrière.

Une figure féminine au coeur de luttes symboliques

Les femmes entretiennent la mémoire de cette figure féminine. Elles avaient pour habitude de multiplier les rituels de fertilité sous son patronage. Ainsi, la veille d’un mariage, les jeunes filles qui ont préparé les repas,se rendent à la source avec toutes les épluchures parmi lesquelles est glissé un bracelet en argent. Le tout est jeté dans le bassin. La première qui trouve le bracelet habille la mariée. Par ailleurs, une semaine après la noce, la jeune mariée vient y puiser un peu d’eau pour confectionner le premier pain qu’elle apportera à ses parents. Enfin,certaines femmes venaient aussi y prélever un nombre de petits galets équivalent au nombre d’enfants qu’elles souhaitaient avoir. Pour ces femmes, Lalla Zninia était de noble ascendance, parfois venant de loin, parfois réfugiée des montagnes environnantes soit du pays des Ayt Baamrane ou des Idaw Baaquil. Ces nombreux rituels, mais aussi la promotion de Tiznit au rang de cité par le sultan, ont favorisé l’émergence d’autres versions désenchantées du mythe. Le nom de la sainte (Zninia) a été associé à la racine arabe (zna)renvoyant à l’adultère pour faire de la jeune femme,une pècheresse repentie. Cette version, plus sulfureuse,portée d’abord par les oulémas (docteurs en religion),très critiques vis-à-vis des rituels de fertilité, a rencontré un fort écho.Ainsi, en 1953, Odette du Puigaudeau, écrit dans un article faisant la promotion de la ville: «Tiznit, douce oasis aux eaux chantantes, née des larmes d’une jeune fille, Lalla Tiznia, l’ancêtre des cheikhat ». De même, en1984, Khaïr Eddine, dans Légende et vie d’Agoun’chich note : “on racontait qu’elle (Tiznit) avait pour fondatrice une prostituée repentie. Elle était venue du Sahara accompagnée d’une chienne. Elles mouraient de soif depuis des heures. À un moment, la chienne disparut et finit par revenir toute trempée. Elle conduisit aussitôt sa maîtresse à l’emplacement d’une source abondante et pure. Alors l’ancienne prostituée tira un trait sur son passé dissolu, s’installa sur les lieux et devint une sainte irréprochable. Personne n’a jamais pu vérifier cette légende, mais Agoun’chich y croyait.”Or, en anthropologie, la figure de la source, de la fécondité et donc de la femme sont souvent réunies pour signifier la vie et le renouvellement. Par ailleurs,l’étymologie du lieu (Tiznit) et du prénom de la jeune fille (Zninia) s’articulent autour d’une même racine tachelhit zni allitération de sni qui renvoie à l’étendue d’eau. Tiznit signifiant alors la “petite étendue d’eau” et Lalla Zninia,”la dame de l’étendue d’eau”.

Une histoire de l’ancienne source de Tiznit

La source de Tiznit est nourrie par un ensemble de chenaux karstiques. Cette particularité géologique l’a fragilisée au cours de l’histoire, car à tout moment un chenal pouvait être percé en amont. Par conséquent, la source qui était une manne providentielle devint une ressource disputée, engendrant de nombreux conflits régionaux.

La source dans les archives

L’une des archives les plus anciennes qui évoque la source de Tiznit date du milieu du XVII e siècle. C’est un registre commercial (diwan) du chef de la maison d’Iligh, Boudmia Abou Hassan. En effet, ce dernier a acheté une grande partie des possessions foncières et hydrauliquesde l’Azaghar et en particulier dans la Targa de Tiznit. En 1739, un jugement (fatawa) est prononcé par El Abassi suite à un conflit entre les Oulad Jerrar et les Ahl Tiznit sur l’alimentation de la source de Tiznit depuis l’Aïn Reggada. Ce type de conflit se répètera en 1911. Au début XIXe siècle, lors de la construction de la kasbah makhzenienne par le Caïd Mohamed Aghenaj, face à la source, une nouvelle résurgence est découverte. Elle est alors reliée au bassin historique. Quelques années plus tard, en 1811, l’Aïn aqdim est au centre d’un conflit entre Tiznit et Iligh du Tazerwalt. Après le départ du caïd Aghenaj,  Sidi El Hachem, le chef d’Iligh, fait le siège des villages fortifiés. Il exige de se faire raser la tête avec l’eau de la source, un acte considéré comme une humiliation pour les habitants de Tiznit.

Le conflit avec les Ouled Jerrar

En 1911 débute un long conflit autour de la source. Undes chenaux souterrains qui l’alimente est découvert sur les terres Reggada par Mbark Ben Ahmed Nabzari Argadi. Dès lors, le caïd Âyad d’Ouled Jerrar bouche le chenal afin de détourner une partie de l’eau à son profit. Le débit de la source de Tiznit s’effondre. Les habitants exigent réparation. Le débit est alors restitué.Cependant, le 20 juin 1918, en plein mois de ramadan,le caïd Âyad obstrue la source, la ville de Tiznit se trouve alors pratiquement privée d’eau. Une grande agitation se manifeste chez les habitants et le caïd Tayeb el Goundafi,missionné par le sultan et le pouvoir colonial pour tenir la région, perçoit cela comme une véritable provocation.Il décide alors d’intervenir militairement avec sa mehalla(armée). L’officier français Justinard détaché à Tiznit parle service des renseignements, intervient alors auprès du caïd des Oulad Jerrar. Il obtient de ce dernier la réouverture de la source. Une rencontre entre les deux partis sous l’arbitrage de Justinard dans la région de Bousnsar permet de régler le problème.

La mobilisation des ressources au profit des usages urbains

Le 25 novembre 1926, le capitaine Roussillon passe un accord avec le caïd Âyad pour construire un canal en surface afin d’alimenter Tiznit en eau depuis OuledJerrar. Un tiers de l’eau au profit du caïd Âyad et deux tiers pour les Ahl Tiznit. Ce nouveau canal marginalise la source ancienne qui a un débit très inférieur et surtout permet aux autorités de contrôler la répartition de l’eau.Ainsi, elles organisent une redistribution du débit de l’eau à leur profit : le tiers de la part des Ahl Tiznit est désormais consacré à alimenter les administration et les jardins coloniaux. Mbark Bou El Bakour l’un des Inflas (représentants) de Tiznit s’oppose au projet et est condamné à un mois de prison et 40 riyals d’amende.La part dédiée aux usages urbains est croissante et en 1976, le système de la tanast (clepsydre) est abandonné.Cependant, les ayants droit historiques restent mobilisés et en 2004, ils créent l’association Abrinaz pour la gestion de l’eau de Targa.

 

Pour accéder à l’ouvrage : Tiznit Ain Aqdim Goeury Naji Boumzgou 2016

Crédits photographiques :

Images d’archives et cartes postales : Collection Ahmed Boumzgou, Collection de cartes postales du Maroc de Joseph Brunet-Jailly et photographies de Tiznit de la Maison de la Photographie de Marrakech MPM, © tous droits réservés. Que toutes les personnes qui nous ont permis d’utiliser leurs fonds soient chaleureusement ici remerciées, notamment Patrick Mana’ch, Hamid Mergani et Frédéric Jenny.

Photographies contemporaines : © David Goeury tous droits réservés. Reproduction interdite.

Cartes : © David Goeury tous droits réservés. Reproduction interdite.

Iconographie et plans : © Agence d’architecture Salima Naji tous droits réservés. Reproduction interdite.