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Percées féminines dans l’oasis de Tadakoust. Acte 2 : Entreprises féminines collectives, associations et coopératives au défi de la certification

Par Marc Breviglieri, Irène Carpentier, David Goeury et Mohamed Mouskite

En fin de matinée, de nombreuses femmes remontent de l’oasis pour venir s’installer dans une maison de pisé à l’entrée du vieux village qui surplombe la palmeraie. La bâtisse abrite une coopérative féminine de datte dans l’attente d’un local. En dehors de la saison des dattes, les femmes s’y livrent à de multiples pratiques artisanales (tissage et vannerie). L’antique demeure résonne des joyeuses discussions tandis qu’à tour de rôle certaines femmes préparent les plats qui seront consommés ensemble. Elle est devenue le lieu de rencontre privilégié de ces femmes mais aussi un espace de production de biens destinés à la commercialisation. Au centre du village, une autre coopérative mobilise les femmes à tour de rôle un jour sur trois. Cette fois-ci, ces dernières dédient une journée entière à la fabrication du pain ou de la semoule de couscous. Les femmes s’organisent alors pour effectuer très tôt les tâches agricoles : collecter des plantes dans l’oasis et nourrir leur bétail. Ensuite, elles rejoignent soit la coopérative de fabrication de pain ou de semoule, soit l’espace de production artisanal. Cet emploi du temps est cependant dépendant des tours d’eau qui restent prioritaires.

A Tadakoust, les femmes entreprennent donc ensemble. Il apparaît cependant deux horizons différents à ces activités. D’une part, de nombreuses activités s’inscrivent encore dans une logique de production collective dédiée au maintien des conditions de subsistance des femmes et de leurs proches. D’autre part, s’affirme parallèlement une dynamique de commercialisation via de nouvelles logiques de labellisation et de certification des produits locaux. Celle-ci a pour but affiché de repositionner la place des femmes dans la communauté villageoise à partir de projets répondant à des standards de qualité et susceptibles de favoriser des formes de leadership entrepreneurial. Dans ce contexte, l’entreprendre collectif passe par l’émergence de figures féminines capables d’articuler le collectif féminin villageois et les nouvelles modalités de projet établies par la puissance publique selon orientations internationales prônant le développement. Il constitue aussi une étape vers une affirmation politique au sein des instances électives que sont la commune mais aussi la province (point détaillé dans l’acte 3) 

Ces figures féminines renouvellent le rapport à l’espace oasien. Caractérisées par une poly-activité quotidienne, ces dernières associent travail coopératif et travail agricole. Ce faisant, elles cherchent à favoriser la pérennité du système oasien de Tadakoust sur lequel pèse des menaces d’ordres variés. Souvent considérée comme un critère important de durabilité et d’équilibre, la pluralité des usages de l’espace rural doit pourtant nous interroger plus en détails sur les enjeux sociaux et sur les ambivalences normatives de ces pratiques où sont mises en tension des modalités contrastées d’envisager la production agricole et sa valorisation. La dynamique collective est désormais institutionnalisée dans le cadre de politiques publiques de développement local orientées vers la normalisation et la certification d’activités traditionnelles. Au cœur de ce processus se trouvent des figures féminines jouant un rôle de leadership réceptif au contexte de libéralisation des dynamiques associatives et de soutien aux coopératives pourtant tributaires d’exigences administratives croissantes.

Des associations masculines de village aux coopératives féminines : de la solidarité à la production collective

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Percées féminines dans l’oasis de Tadakoust. Acte 3:  élections, arènes de légitimités féminines et consécrations politiques 

                                Par Marc Breviglieri, Irène Carpentier, David Goeury et Mohamed Mouskite

Depuis la dernière semaine d’août, l’oasis de Tadakoust est en ébullition électorale. Des tracts mettant en avant une balance (symbole du parti de l’Istiqlal) sont accrochés sur certaines portes. Des hommes circulent avec des casquettes portant une colombe bleue (symbole du Rassemblement national des indépendants). Des vélos donnés par la métropole de Strasbourg sont customisés au couleur d’un parti dont le symbole est l’épis de blé (symbole du mouvement populaire). Mais derrière cette partie visible de la campagne électorale, deux prénoms reviennent sur toutes les lèvres Zahra et Latifa. Ces deux présidentes de coopératives se présentent et souhaitent investir la commune pour assurer un meilleur développement du village. Les élections générales du 8 septembre 2021 sont en fait un puissant révélateur de l’affirmation politique des femmes de Tadakoust dans un contexte de compétition électorale de plus en plus aiguisée. En effet, le même jour, les électeurs et les électrices doivent désigner les conseils communaux et régionaux dont le mandat est de six années mais aussi les représentants élus à la seconde chambre du parlement dont le mandat est de cinq années. L’enjeu national est très important. Le parti qui obtient le plus de représentants à la deuxième chambre voit son président devenir le premier ministre du Maroc et a la charge de former le gouvernement. Par ailleurs, ces élections directes permettent de désigner les grands électeurs qui élisent les membres des conseils provinciaux et préfectoraux ainsi que les personnes qui siègent à la première chambre du parlement, la chambre des conseillers.

La campagne électorale est particulièrement active dans les campagnes où le taux d’inscription est très élevé et dépasse les 90%. Les hommes qui travaillent en ville mais aussi les résidents à l’étranger n’hésitent pas à rallier en masse leur village d’origine pour soutenir un candidat qui est leur personne de confiance, qui suivra pour eux les affaires locales durant six années.

Pour les élections communales, les communes de moins de 50 000 habitants sont divisées en circonscriptions où se déroule un scrutin uninominal à un tour. Le village de Tadakoust est composé deux circonscriptions (les circonscriptions 7 et 8) de la commune d’Aït Ouabelli qui en comprend onze. Du fait de leur poids démographique, ces deux circonscriptions ont la particularité de permettre d’élire non pas un candidat mais un tandem comprenant au moins une femme.

En 2015, ces deux circonscriptions ont eu la particularité de ne pas connaître de rivalité électorale. Pour chacune d’entre elle, ne se sont présentés qu’un seul tandem sous les couleurs du parti de la Justice et du développement PJD (mouvance islamiste) qui avait remporté les élections législatives de 2011. Alors que dans les neuf autres circonscriptions s’affrontaient plusieurs candidats. Cette absence de compétition s’est pourtant traduite par une forte mobilisation, les deux tandems de Tadakoust se positionnant comme étant les mieux élus avec 109 (pour la circonscription 7) et 120 voix (pour la circonscription 8). Cette situation traduit la volonté de la communauté villageoise de montrer son unité et le très fort soutien qu’elle accorde à ses représentants. L’élu de la circonscription 7 est le président de la commune d’Aït Oubelli de 2009 à 2015. Ne pas avoir d’adversaire dans son village est un moyen d’indiquer sa forte légitimité et le satisfecit de son groupe. Cette stratégie s’avère payante puisqu’il est reconduit président de la commune en 2015. 

En 2021, la compétition est beaucoup plus rude. En effet, les candidats à la députation cherchent des relais dans chaque circonscription pour avoir des personnes à même de faire campagne pour eux mais aussi pour s’assurer d’un nombre maximal de votants. Très peu d’électeurs et d’électrices choisissent différents partis pour des différents scrutins organisés le même jour. Les partis doivent donc couvrir le maximum de circonscriptions pour s’assurer d’une victoire au parlement. Le consensus souhaité à Tadakoust en 2015 vole en éclat sous la pression de candidats à la députation extérieurs au village désireux de mobiliser des voix dans toutes les localités. Le nombre de suffrages exprimés pour un parti politique progresse de 15% entre 2015 et 2021.

Si cette histoire est celle de nombreux villages, Tadakoust se distingue par un point, c’est que le village va élire des femmes permettant aux deux présidentes de coopérative d’accéder au conseil communal. Ainsi, sur quatre sièges au conseil communal issus de Tadakoust, trois sont occupés par des femmes. Ces femmes élues seront respectivement seconde et troisième vice-présidente du conseil communal et une d’entre elle siège au conseil provincial.

Jour de campagne. Tract électoral sur un vélo récupéré auprès de la métropole de Strasbourg. Crédits : David Goeury

De la coopérative au conseil communal

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« Fertilités. Sur les chemins de collecte des femmes oasiennes (univers végétal, résonateurs cosmiques, soins collectifs) »

Cet article a été publié dans la revue Anthropologie et Societés.

Référence:

Breviglieri, Marc. “FERTILITES: Sur les chemins de collecte des femmes oasiennes (univers vegetal, resonateurs cosmiques, soins collectifs).” Anthropologie et Societés, vol. 44, no. 1, 2020, p. 25+.

Cet article brosse un tableau de l’univers végétal d’une oasis du Maroc présaharien (région du Souss) en mettant l’accent sur la présence de femmes âgées issues d’un milieu très modeste venant quotidiennement désherber et collecter des plantes spontanées. Ces femmes entretiennent un lien privilégié avec ces dernières et transmettent leurs pouvoirs nourriciers, prophylactiques, thérapeutiques ou magiques à la communauté oasienne dans son ensemble. Mais une question se pose : que va-t-il advenir de ce champ de relations intégrées aux cycles de fertilité au fil des transformations structurelles et des projets de modernisation que connaissent actuellement les espaces oasiens ? Ces projets, tout en étant porteurs d’objectifs environnementalistes, attestent d’une modalité de qualification du sol et de son exploitation qui tend à éclipser la présence de ces femmes, négligeant au passage l’arrière-plan cosmologique foisonnant sur lequel se dessinent leurs gestes attentionnés et la perméabilité sensible à l’univers végétal oasien dont elles sont les gardiennes.

Mots-clés : Breviglieri, oasis, femme, végétal, écologie, soin, atmosphère, vie, communs Continuer la lecture de « Fertilités. Sur les chemins de collecte des femmes oasiennes (univers végétal, résonateurs cosmiques, soins collectifs) »

Entrepreneuriat féminin agricole à Tiznit : une affaire de veuves

Par Claire Madenspacher1

Au Maroc, l’accès à un emploi rémunéré reste inaccessible pour de nombreuses femmes et le taux d’activité de ces dernières  baisse depuis plus d’une décennie. L’entrepreneuriat féminin est présenté comme une alternative et augmente légèrement. Pourtant, est-il pour autant possible de parler de dynamiques féminines autonomes? Ici, nous souhaitons revenir sur le cas de deux femmes éleveuses membre d’une coopérative laitière sise à Tiznit et intégrée au réseau COPAG.  Il ne s’agit pas de la création d’une entreprise mais de la reprise d’une entreprise familiale.

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Gestes publics d’appropriation et phénoménalisation progressive d’une ambiance. Autour d’une source sacrée intégrée à la réhabilitation d’une médina (Tiznit, Maroc)

Cet article a été publié dans lors du congrès de Volos sur les ambiances du 21 et 24 septembre 2016.

Marc Breviglieri, Imen Attia Landoulsi. Gestes publics d’appropriation et phénoménalisation progressive d’une ambiance. Autour d’une source sacrée intégrée à la réhabilitation d’une médina (Tiznit, Maroc). Ambiances, tomorrow. Proceedings of 3rd International Congress on Ambiances. Septembre 2016, Volos, Greece, Sep 2016, Volos, Grèce. p. 105 – 110. ffhal-01404363f

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01404363/document

Abstract

This  paper  explores  the  hard  question  of  the  appropriation  in construction of a public space, asking the question of gradual phenomenolo‐ gy  of  an  atmosphere.  We  seek  to  show  how  some  ways  and  forms  of appropriation by the use contribute to the progressive and specifical building  of an atmosphere. That’s why our attention was focused on children playing  in a public space.  

Introduction

Cette contribution prend pour axe de réflexion la difficile question de l’appropriation  en devenir d’un espace public, tout en ramenant l’interrogation sur la phénoménalisation  progressive  d’une  ambiance.  En  ce  sens,  et  en  nous  appuyant  sur  une  réalisation architecturale venant d’être livrée au public, nous tenterons de montrer  comment  certaines modalités  d’appropriation  par  l’usage  contribue  à  la  formation  graduelle et spécifique d’une ambiance.  Il  est  question  ici  d’un  espace  public  situé  dans  la  médina  de  la  ville  oasienne  de  Tiznit  au  Maroc. Continuer la lecture de Gestes publics d’appropriation et phénoménalisation progressive d’une ambiance. Autour d’une source sacrée intégrée à la réhabilitation d’une médina (Tiznit, Maroc)

La source bleue : La cour de la ville

Par Noha Gamal Saïd

Ecouter pour comprendre la configuration sonore de cet espace.

La source est un espace phoniquement particulier : il s’oppose à la hiérarchie sonore de la médina. De la maison, au derb, en passant par la rue, l’avenue et enfin la place, il existe un processus d’intensification des activités et de la circulation qui se traduit par un gradient sonore allant du calme dans l’espace semi privé jusqu’au tumulte des espaces publics les plus fréquentés. Le feutré des cours intérieures et des impasses s’oppose au bruit des places et des rues commerçantes. Or au sein du dispositif sonore de la médina, l’Ain Zerka apparaît comme un lieu singulier.

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