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Elever des animaux en périphérie de la ville : parole d’un jeune entrepreneur agricole

 

Par Hind Ftouhi, Mohamed Mouskite, David Goeury

 

Mohamed est un jeune éleveur qui vient de s’installer à Attebane pour élever des poulets et des moutons. Il loue un poulailler pour 650 dhs par mois. Il se voit comme un pionnier, au sein d’une future génération de jeunes entrepreneurs agricoles issus de la ville de Tiznit qui viennent s’installer à la périphérie pour développer un projet économiquement rentable. Pour lui, la présence de l’eau est une véritable opportunité pour démarrer le projet. Si pour l’instant, se sont principalement des jeunes dont la famille réside dans le village d’Attebane ou le hameau de Doutargua qui relancent des projets agricoles, il pense que plusieurs jeunes qui habitent le centre-ville souhaitent suivre son chemin.

Sa famille est originaire de la région d’Ayt Baamrane, son père est né à Tiznit et sa famille vit depuis plusieurs décennies dans l’ancienne médina dans le quartier Ablouh. Il a poursuivi toute sa scolarité à Tiznit jusqu’au baccalauréat, qu’il n’a cependant pas obtenu, n’ayant plus l’esprit aux études. Mohamed, à l’instar de nombreux jeunes, s’inscrit dans une trajectoire professionnelle caractérisée par la pluriactivité et l’articulation de plusieurs activités génératrices de revenu. Il a ainsi exercé différents petits métiers, collecte du métal, ouvrier agricole dans les grandes exploitations de Chtouka, employé par la municipalité et a même bénéficié de contrats légaux pour être inscrit à la CNSS. Aujourd’hui, il est enregistré comme exploitant agricole afin de pouvoir accéder aux aliments subventionnés.

Avant, sa famille avait quelques animaux dans l’ancienne médina, mais la municipalité a interdit l’élevage et les voisins se plaignaient des bruits et des odeurs. Il a donc décidé, avec le soutien de son père  fonctionnaire provincial retraité, de se lancer dans un élevage plus vaste à Attebane. Afin d’assurer une partie de l’alimentation de son troupeau, Mohamed cultive de la luzerne et du sorgho sur une petite parcelle familiale située à Targa N’oussenghar..

A Attebane, il a investi dans 120 poules pondeuses croisées et une soixantaine des poulets à engraisser. Il profite de la proximité de Tiznit pour commercialiser les œufs et les poulets. Pour les œufs, il privilégie la vente aux boutiquiers spécialisés du fait de la quantité quotidienne produite. En revanche, les poulets sont vendus directement à des particuliers, des voisins ou des amis, par réseau d’interconnaissance surtout pour la fête de la nuit du destin. La demande est telle qu’il n’arrive pas à répondre à toutes les sollicitations.

Par ailleurs, il s’est lancé dans l’engraissement de moutons pour la fête du sacrifice. Il achète les agneaux quelques semaines après la fête lorsque leur prix est très faible puis les engraisse durant 11 mois. Cependant, l’isolement de son exploitation en fait une proie facile pour les voleurs. Le 21 juillet 2024, l’ensemble de ses 14 agneaux sont volés durant la nuit. Il a été obligé de déposer plainte et notamment de suspecter un voisin. Le vol de bétail constitue une menace réelle pour les éleveurs, dont beaucoup hésitent à porter plainte par crainte de répercussions avec le voisinage. Il connaît de nombreux cas et le phénomène va crescendo du fait de l’envolée des prix des moutons et des chèvres. Cette mésaventure ne l’a pas découragé et il a décidé de relancer cette activité avec 21 agneaux.

Pour nourrir ses animaux, il vient collecter les adventices qui se déploient dans le lit de l’oued. Ici, il prend des feuilles de canne méditerranéenne, là des fenouils sauvages (wamsa). Ces plantes permettent de compléter le fourrage et les aliments pour les animaux qui coûtent de plus en plus cher. Pour l’usage du wamsa, il oblige les agneaux récalcitrants à le consommer en imposant la plante comme unique fourrage durant plusieurs jours. Une fois habitués, ce fourrage permet aux animaux d’être moins gras. Il échange avec les autres éleveurs mais aussi avec les bergers sur les comportements des moutons et des chèvres vis-à-vis des plantes, afin de savoir lesquelles sont comestibles ou non. Il se méfie particulièrement du ricin dont les graines sont mortelles.

Les adventices en bordure du lit d'écoulement de l'oued Touhksine. Du fenouil sauvage au premier plan, du ricin au second plan. Crédits : David Goeury
Les adventices en bordure du lit d’écoulement de l’oued Touhksine. Du fenouil sauvage au premier plan, du ricin au second plan. Crédits : David Goeury
Collecte du fenouil sauvage en bordure du canal d'écoulement des eaux usées retraitées à Attebane, le 21 juillet 2024. Crédits : David Goeury
Collecte du fenouil sauvage en bordure du canal d’écoulement des eaux usées retraitées à Attebane, le 21 juillet 2024. Crédits : David Goeury

 

L’expérience de Mohamed illustre les initiatives portées par une génération de jeunes désireux d’investir dans l’agriculture et l’élevage en milieu périurbain, en combinant pluriactivité et stratégies d’adaptation aux opportunités du marché mais aussi aux conditions écologiques spécifiques de leur environnement.

 

Appel à communication pour l’atelier Géohistoires environnementales. Passé, présents, et futurs des relations multi spécifiques (humains, animaux, végétaux et autres) face au réchauffement climatique.

Du 24 au 27 juin 2025, le campus de l’Université de Strasbourg accueille la sixième édition du Congrès des études sur le Moyen-Orient et les mondes musulmans, organisé par le GIS MOMM en partenariat avec les laboratoires ARCHE, ARCHIMEDE, DRES, GEO et LINCS, l’Institut d’islamologie de Strasbourg, l’IISMM et la SEMOMM.

Comme les années précédentes, la conférence comprend une conférence inaugurale, des ateliers simples (4 communications) ou doubles (8 communications), des tables rondes, une foire aux livres, une série de films et divers événements culturels, la cérémonie de remise des prix de thèse. Les ateliers couvrent un ou plusieurs domaines des sciences humaines et sociales, organisés par ensembles disciplinaires ou thématiques (anthropologie ; arts et archéologie ; circulations-migrations-diasporas ; épistémologie et méthodologie ; études urbaines ; histoire ; islamologie ; littérature et sciences du langage ; science politique ; sociologie), dans une perspective globale ou régionale, en lien avec l’étude du Moyen-Orient et/ou du Maghreb, des mondes musulmans au sens large ou de l’islam dans le monde.

Géohistoire environnementales. Passé, présents, et futurs des relations multi spécifiques (humains, animaux, végétaux et autres) face au réchauffement climatique

Résumé en français :

Du Moyen-Orient jusqu’en Afrique du Nord, ce sont établies des communautés humaines pérennes fondées sur des alliances interspécifiques pour surmonter les fortes chaleurs et les aléas climatiques. Qualifiées rapidement de sociétés des oasis (terme venant du copte qui signifie habiter), ces communautés se sont inscrites dans la longue durée en faisant circuler des savoirs, des savoir-faire, mais aussi des plantes et des animaux sur des milliers de kilomètres pour surmonter les aléas.

Dans cette session, nous souhaitons faire dialoguer à la fois le passé, le présent et le futur de ces alliances multi spécifiques. En effet, face aux transformations profondes à la fois géopolitiques et climatiques, les systèmes désignés comme oasiens (palmier dattier), méditerranéens (olivier) mais aussi pastoraux (camélidés et ovins) sont considérés comme en crise. Cependant, ce discours sur la crise ne doit pas occulter les facteurs de résilience et surtout ne doit pas disqualifier des dispositifs ajustés aux fortes chaleurs. De nombreux travaux soulignent l’intérêt de ces legs pour établir des futurs désirables défendant le principe de la paléoinnovation soit l’inspiration des innovations du passé pour surmonter les défis futurs (Naji 2019). Ces sociétés dites en crise méritent alors d’être interrogées à la mesure de leurs capacités à s’adapter pour sans doute mettre en avant ce qui est à même de penser des horizons désirables (Breviglieri et al. 2021).

La session est donc ouverte aux approches interdisciplinaires croisant archéologie, histoire, anthropologie, agronomie, architecture, géographie, sociologie. Nous avons identifié plusieurs approches possibles :

Comment penser les legs multiples des relations multispécifiques ? Quelles sont les histoires et les mémoires toujours actives qui se transmettent et font sens dans des sociétés fortement influencées par les processus de normalisation diffusés depuis les pays européens et nord-américains ? Quelle est la place des pédagogies et des relations aux jeunes (enfants, adolescents) souvent considérés comme acquis aux nouveaux horizons occidentalisés alors que ces derniers sont aussi souvent attachés à un faisceau de pratiques et de traditions localisées ? Quel est l’impact de l’effondrement des relations interspécifiques sur la santé physique mais aussi morale de tous ceux et toutes celles qui restent profondément attachés à ces environnements particuliers ? Quelle est la place des rituels, des fêtes mais aussi des nouvelles dynamiques créatives ?

Comment les savoirs et les savoir-faire historiques sont aujourd’hui réactualisés dans de nouvelles catégories dites de développement durable à l’image des nouveaux projets financés par les bailleurs internationaux autour de l’agroécologie ou de la permaculture ? Ces nouvelles appellations ne sont-elles pas des nouvelles à contre courant masquant la puissance des dynamiques agroindustrielles associant innovations techniques, intensité capitalistique et exportation internationale? Quelles sont les nouvelles relations entre plantes et animaux historiques, nouvelles espèces et nouvelles variétés et leurs impacts territoriaux ? Comment se redessinent des relations territoriales complexes entre des espèces qui soudainement disparaissent comme Cactus Opuntia, d’autres particulièrement menacées et des espèces férales voire invasives et  nuisibles ? Au-delà des discours catastrophistes sur l’effondrement, est-il aussi possible de penser des avenirs positifs autour de la régénération ?

Comment évoluent les institutions historiques qui gouvernaient les communs fonciers environnementaux (sources dédiées à l’irrigation, terrains de parcours, forêts collectives) ? A la fois marginalisées, mais aussi idéalisées, quelle place tiennent-elles face aux nouvelles logiques administratives privilégiant d’autres modalités d’organisation ? Comment ces institutions se transforment-elles dans un contexte de mobilités croissantes et d’un déploiement des logiques de diasporas ? Quelles nouvelles logiques institutionnelles hybrides sont susceptibles d’émerger ?

 

Environmental geohistories. Past, present and future of multispecific relationships (humans, animals, plants and others) in the face of global warming.

 

English abstract :

 

From the Middle East to North Africa, perennial human communities have been established, based on interspecific alliances to overcome extreme heat and climatic hazards. Described as ‘oasis societies’ (from the Coptic word for dweller), these communities developed over the long term by circulating knowledge and know-how, as well as plants and animals, over thousands of kilometers to overcome the climatic hazards.

 

In this session, we want to bring together the past, present and future of these multispecific alliances. In the face of far-reaching geopolitical and climatic changes, systems known as oasis (date palms), Mediterranean (olives) and pastoral (camelids and sheep) are considered to be in crisis. However, this discourse should not obscure the resilience factors and, above all, should not disqualify systems adjusted to extreme heat. Numerous studies have highlighted the value of these legacies in establishing desirable futures, defending the principle of palaeoinnovation, i.e. drawing inspiration from innovations of the past to overcome future challenges (Naji 2019). These societies therefore deserve to be questioned in terms of their capacity to adapt, in order to highlight what is likely to provide desirable future horizons (Breviglieri et al. 2021).

 

The session is therefore open to interdisciplinary approaches combining archaeology, history, anthropology, agronomy, architecture, geography and sociology. We have identified several possible approaches:

 

How can we think about the multiple legacies of multispecific relationships? What are the histories and memories, still active that are passed on and make sense in societies strongly influenced by the standardization processes disseminated from European and North American countries? What is the role of teaching methods and relations with young people (children, adolescents), who are often considered to have acquired new Western horizons, whereas they are also often attached to a range of local practices and traditions? What is the impact of the collapse of interspecific relationships on the physical and moral health of all those who remain deeply attached to these particular environments? What is the place of rituals, celebrations and the new creative dynamics that celebrate alliances between humans and non-humans?

 

How historical knowledge and know-how now being are updated in new so-called sustainable development categories, such as the new projects funded by international donors around agro-ecology and permaculture? Aren’t these new names a bit of a counter-current, masking the power of agro-industrial dynamics combining technical innovation, capital intensity and international exports? What are the new relationships between historical plants and animals, new species and new varieties, and their territorial impact? How are complex territorial relationships being redrawn between species that have suddenly disappeared, such as Cactus Opuntia, others that are particularly threatened, and feral or even invasive and harmful species? Beyond the doomsaying about collapse, is it also possible to think about positive futures based on regeneration?

 

How are the historical institutions that governed the environmental land commons (springs for irrigation, grazing land, collective forests) changing? Both marginalised and idealised, what role do they play in the face of new administrative approaches that favour other forms of organisation? How are these institutions being transformed in a context of increasing mobility and the deployment of Diasporas? What new hybrid institutional logics are likely to emerge?

 

Bibliographies:

 

  1. Ait-El-Mokhtar, M., Boutasknit, A., Ben-Laouane, R., Anli, M., Amerany, F. E., Toubali, S., Lahbouki, S., Wahbi, S., & Meddich, A. (2022). Vulnerability of Oasis Agriculture to Climate Change in Morocco [Chapter]. Research Anthology on Environmental and Societal Impacts of Climate Change; IGI Global. https://doi.org/10.4018/978-1-6684-3686-8.ch058
  2. Bordone, L., Breviglieri, M., & Goeury, D. (2024). Puissance et reconnaissance des communs oasiens. Le cas Jemna. SociologieS. https://doi.org/10.4000/11uli
  3. Breviglieri, M, Gamal Said, N. & Goeury, D. (2021). Résonances oasiennes : Approches sensibles de l’urbain au Sahara. MētisPresses.
  4. Breviglieri, M. (2020). Fertilités : Sur les chemins de collecte des femmes oasiennes (univers végétal, résonateurs cosmiques, soins collectifs). Anthropologie et Sociétés, 44(1), 25‑ Érudit. https://doi.org/10.7202/1072767ar
  5. Butzer, K. W. (1994). The Islamic traditions of agroecology : Crosscultural experience, ideas and innovations. Ecumene, 1(1), 7‑
  6. Carpentier, I. (2023). Travailler la terre oasienne. L’Espace Politique. Revue en ligne de géographie politique et de géopolitique, 46, Article 46. https://doi.org/10.4000/espacepolitique.11014
  7. Ftaïta, T. (2006). Anthropologie de l’irrigation : Les oasis de Tiznit, Maroc. L’Harmattan.
  8. Goeury, D., (2024), Régénérer les terres par la réutilisation agricole des eaux urbaines épurées : refonder des métabolismes agriurbains, Historiens & Géographes, 467, août 2024, 64-75.
  9. Goeury, D., & Leray, L.-E. (2017). Résilience, résistance et reconnaissance. Géographie et cultures, 101, Article 101. https://doi.org/10.4000/gc.4863
  10. Naji, S. (2019). Architectures du bien commun : Pour une éthique de la préservation. MētisPresses.
  11. Naji, S., & Strauss, C. (Éds.). (2020). Landscape of Care : A handbook for urban design engagement. Slow Lab Research. https://issuu.com/slowlab/docs/landscapeofcare
  12. Tsing, A. L. (2021). Feral Atlas : The More-Than-Human Anthropocene. Stanford University Press. http://feralatlas.org
  13. Tsing, A. L. (2022). Proliférations. Wildproject.

Tiznit de 1971 à 2023 à travers les images Landsat

Figure 1 : Tiznit de 1971 à 2023 à travers les images Landsat (source : https://apps.sentinel-hub.com/eo-browser/). Crédits : David Goeury

Figure tirée de : David Goeury, 2024, “Régénérer les terres par la réutilisation agricole des eaux urbaines épurées : refonder des métabolismes agriurbains“, Historiens & Géographes, 467, août 2024, p.64-75.

Comparaison du couvert végétal au nord de l’agglomération de Tiznit entre octobre 2017 et octobre 2023 de avec les images Sentinel-2

Figure 4 : Comparaison du couvert végétal entre octobre 2017 et octobre 2023 avec les images Sentinel-2 (source : https://apps.sentinel-hub.com/eo-browser/)

Figure tirée de : David Goeury, 2024, “Régénérer les terres par la réutilisation agricole des eaux urbaines épurées : refonder des métabolismes agriurbains“, Historiens & Géographes, 467, août 2024, p.64-75.

Tiznit de 1971 à 2021, du métabolisme agriurbain à une agglomération gangrénée de communs négatifs.

Figure 2 : Tiznit de 1971 à 2021, du métabolisme agriurbain à une agglomération gangrénée de communs négatifs. Cartes comparatives réalisées par David Goeury.

La forte croissance démographique et économique amène à l’émergence de communs négatifs

Régénérer les terres par la réutilisation agricole des eaux urbaines épurées : refonder des métabolismes agriurbains

Paru dans Historiens & Géographes, 467, août 2024, p.64-75

Citation : David Goeury, 2024, “Régénérer les terres par la réutilisation agricole des eaux urbaines épurées : refonder des métabolismes agriurbains”, Historiens & Géographes, 467, août 2024, p.64-75.

Résumé :

Durant des millénaires villes et agricultures étaient consubstantielles autour notamment du cycle du phosphore qui liait plantes, humains et animaux d’élevage. Le développement urbain du XXe siècle s’est fait aux dépens des terres nourricières. A la logique du recyclage par la fertilisation des sols s’est substituée celle de la contamination croissante d’espaces périphériques aux effets environnementaux de plus en plus dévastateurs. Face à la multiplication de ces communs négatifs, il est nécessaire de penser la relation entre technologies et alliances interspécifiques. A travers l’exemple de la réutilisation agricole des eaux usées épurées dans une cité oasienne marocaine, il est possible de discuter comment plantes et animaux peuvent être mobilisés pour rétablir des activités nourricières autour d’espaces contaminés. Cette étude de cas permet alors de réfléchir à un nouveau métabolisme agriurbain liant santé, environnement et sécurité alimentaire dans un contexte de réchauffement climatique accéléré. Il s’avère alors une opportunité pour proposer un nouveau permaurbanisme intégrant habitat et agriculture selon la logique des flux de matières et des cycles vivants.

Sont accessibles ici toutes le texte, les figures en version couleur et les références bibliographiques.

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Couper la luzerne : récits de deux « patronas » Yamna et Mina

Par Hind Ftouhi et David Goeury

Sur les parcelles s’activent des équipes de femmes qui coupent la luzerne. Ces femmes ne sont pas des propriétaires de parcelles, elles s’embauchent à la demi-journée. Elles vivent dans des petits logements qui ne leurs permettent pas d’avoir des animaux ou des jardins. La question est de comprendre comment cette activité très spécifique s’insère dans les trajectoires de ces femmes urbaines. La ville de Tiznit est au cœur d’une économie agricole où le salariat se développe très rapidement du fait de la demande croissante de main d’œuvre des fermes de Chtouka et notamment de Belfaa. Les bus se multiplient pour emmener de plus en plus de femmes tôt le matin vers ces grandes unités qui exportent des produits fragiles (tomates cerises, fruits rouges) vers l’Europe et l’Amérique du Nord. Ces femmes sont désormais déclarées à la CNSS et disposent d’un salaire mensuel qui respecte la législation marocaine (près de 3000 dhs par mois). Alors qui sont ces femmes qui restent à Tiznit pour couper la luzerne pour une rémunération équivalente à 60 dhs la demi-journée sans cotisations sociales et sans garantie d’un travail régulier.

Ces femmes ont une connaissance très précise des opportunités d’emploi et plusieurs d’entre elles ont travaillé dans les grandes exploitations agricoles de Chtouka. Elles opèrent des choix fondés sur une connaissance précise des deux systèmes. La précarité apparaît alors comme un choix rationnel permettant d’articuler une activité professionnelle à de multiples contraintes familiales et personnelles.

Ici, nous allons revenir sur la trajectoire de deux femmes qui jouent un rôle essentiel car elles sont celles qui organisent les équipes de coupeuses de luzerne. Elles sont désignées par les agriculteurs comme « patrona » ou « cheffa » qui sont la féminisation en arabe dialectal des termes français de patron et de chef.

Coupeuses de luzerne sur une parcelle récemment remise en culture grâce à la réutilisation des eaux usées épurées. Crédits : David Goeury
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Maïs grillé et sangliers : cultiver pour un petit plaisir culinaire malgré tout.

Par David Goeury et Hind Ftouhi

Sans cesse revient le débat entre clore sa parcelle et cultiver les variétés de son choix ou s’assurer que les plantes cultivées n’attireront pas les appétits des hardes de sangliers qui prolifèrent. A Taghzout, les sangliers descendent régulièrement des montagnes alentours depuis que les figuiers de barbarie ont disparu.

Aïcha est célibataire. Elle a la quarantaine. Elle a quitté l’école en deuxième année primaire pour s’occuper des tâches ménagères et du bétail familial. Elle vit seul avec son père qui est un maçon à la retraite. Sa mère est morte tandis que ses frères ont quitté le village. Depuis quatre années, elle cultive la parcelle de son oncle maternel qui habite désormais Agadir. Son oncle est un instituteur à la retraite. Lors de ses passages au village, il prend une partie de la production notamment des oliviers.

Aïcha multiplie les petites planches de culture : de la coriandre, des betteraves, des carottes, du melon et des oliviers. Dans un coin de parcelle, des feuilles de maïs sont dispersées sur le sol, traces d’une attaque de sangliers. Les animaux particulièrement nombreux n’hésitent pas à sauter par-dessus les haies vives. Ils envahissent régulièrement les parcelles qui ne sont pas grillagées ou emmurées. Les sangliers raffolent du maïs. Ils dévorent les plants sans toucher aux autres cultures comme les carottes ou les betteraves.

Malgré cela, Aïcha continue à planter du maïs. Elle fait tremper les grains dans un petit seau pour qu’ils germent et poussent plus rapidement. Elle a appris cette technique en écoutant ses voisines qui ont bénéficié des formations agricoles organisées dans le cadre du projet agroécologique.

La culture du maïs est un de ses plaisirs. Ses yeux brillent et elle rit lorsqu’elle explique qu’elle cultive le maïs avant tout pour elle, pour pouvoir manger les épis grillés. En cas de récolte abondante, elle donne le surplus à ses voisins.

La parcelle de son oncle est un lieu où elle s’épanouie et fait des choses pour elle. Avant que nous la quittions, elle tient à nous montrer le petit abri installé à l’extrémité de la parcelle au bord de l’oued. C’est là qu’elle s’installe, qu’elle prépare un thé ou qu’elle prend une petite collation.

Quand la terre est malade. Épuisement des sols.

Par David Goeury et Hind Ftouhi

Nous arrivons à l’entrée de la parcelle et demandons à Hamed si nous pouvons la visiter. Il nous dit tout de suite : « Que veux-tu voir ? Tout est malade ! ». Nous lui demandons : « Est-ce un problème d’eau ? ». Il nous répond : « Non, j’ai de l’eau, c’est la terre qui est malade ! ».

Hamed était maçon en même temps qu’il travaillait sa terre à Taghzout avec les eaux détournées des crues de l’oued. Il cultivait des céréales. Cependant, lorsqu’il dépasse la soixantaine d’années, il tombe malade et devient asthmatique. En 2013, il décide d’arrêter son activité de maçon et de se concentrer sur sa parcelle agricole. Il profite du creusement d’un puits par le ministère de l’Agriculture à partir duquel il est possible d’avoir de l’eau tous les trois jours. Il obtient aussi des plants d’oliviers, de citronniers et d’orangers. Il se lance alors dans la production de persils et de coriandre pour les vendre directement au souk hebdomadaire du mercredi d’Arbaa Sahel. Il produit jusqu’à une trentaine de bottes. Il est connu et a un réseau de clients fidèles. Ce petit apport monétaire lui permet d’acheter quelques denrées qu’il ne produit pas et de compléter ce que lui envoient ses fils qui travaillent en ville.

Il participe de la coopérative agroécologique lancée par l’association Migration et Développement dans le cadre d’un financement de l’Agence française de développement et de la Fondation de France. Il diversifie sa production notamment avec de nouvelles variétés de courgettes, des tomates cerises qu’il associe avec du maïs. Il apprend à greffer les pommiers et les poiriers. Cependant au fil des années à partir de 2020, le rendement de sa terre diminue. Il ajoute du fumier mais rien n’y fait. La parcelle est de moins en moins productive. Les plantes poussent de façon sporadique. La terre n’arrive plus à soutenir la croissance du maïs. Seule la luzerne résiste et se maintient. En revanche, la coriandre et le persil jaunissent. Les courgettes ne poussent pas. Plusieurs parties de la parcelle ne donnent plus rien.

Pour lui, la terre est malade.   Il n’est pas le seul concerné. Ses voisins aussi connaissent ces mêmes baisses de rendement. Son voisin qui a voulu produire des pastèques n’a obtenu aucune récolte. Sa voisine n’a qu’une maigre récolte de légumes et produit surtout des fleurs.

Pourquoi la terre s’est elle appauvrie ? Est-ce lié à un épuisement des sols par la multiplication de cultures exigeantes sans rotations ou sans apports d’engrais suffisant ? Est-ce l’absence d’apports en limons depuis près de 10 ans ? La dernière crue date de 2014. Est-ce la conjonction avec une situation climatique particulière avec des nuages bas stationnaires sous forme de brouillard durant plusieurs semaines en juin qui ont empêché de nombreuses plantes de pousser et de mûrir ?

Hamed est assez désemparé. Il se focalise sur ce qui pousse, sa luzerne et ses arbres. Il prend soin de ses pommiers qu’il greffe avec passion.

Élever des vaches sans terre : un jeune entrepreneur agricole

Par Hind Ftouhi et David Goeury

Hoceine est un jeune éleveur d’Attebane de 35 ans. Hoceine aime les vaches depuis tout petit. Dans son étable, les vaches viennent à lui, demandent à être caressées. Il vit  avec sa famille, son père, sa mère et son frère qui est toujours au lycée. Il a décidé d’arrêter de multiplier les petits métiers et de revenir au village pour élever des vaches et cela sans disposer réellement de terres agricoles.

Sa famille est installée à Attebane depuis plusieurs générations mais ne possède que des petites parcelles. Après avoir arrêté les études en sixième année primaire et renoncé à poursuivre des études secondaires, il essaie « tous les métiers possibles ». Il travaille dans les poulaillers industriels, dans les grandes fermes, au souk. Il habite durant plus d’un an et demi à Marrakech puis à Agadir avant de revenir à Tiznit. Mais pour lui, tout cela ne menait à rien. Il avait l’impression que son travail était vain. A la fin du mois, une fois le loyer et la nourriture payée, il ne lui restait que 400 ou 500 dhs, soit une somme ridicule. De plus, il fallait qu’il compose avec le facteur humain, « des gars avec qui il est difficile de travailler ». Il est donc revenu à Tiznit pour épargner et lancer son projet d’élevage.

La famille de Hoceine s’était déjà lancée dans l’élevage, et c’est d’ailleurs lui qui avait été inscrit comme membre de la coopérative laitière en 2010, au moment où son père et sa mère souhaitaient développer l’élevage laitier.. Il décrit cette inscription comme fortuite, parce que son père n’avait pas sa carte d’identité nationale sous la main, mais de fait Hoceine aime l’élevage. Ses parents finalement se découragent au bout de quelques années du fait du manque d’eau et de fourrage.

En 2020, juste avant la pandémie de « Corona », il avait économisé suffisamment pour acheter une vache à un éleveur du Tazeroualt, puis il décida de se consacrer uniquement à l’élevage.Les débuts sont difficiles car il ne dégage pas suffisamment de bénéfices. Mais grâce à la vente de son premier veau, il peut acheter une deuxième vache, puis une troisième, et ainsi de suite, jusqu’à atteindre le rythme d’une vache par an.

Pour réussir cette croissance rapide dans un contexte   marqué par l’inflation des prix des aliments, des tensions sur les prix du lait et de la viande bovine , Hoceine s’est résigné  à développer une stratégie fondée sur la location de parcelles agricoles. Alors que six familles dans le village ont renoncé à élever des vaches, trouvant l’activité trop coûteuse. Houcine persévère car il aime les vaches et ne souhaite pas repartir travailler à droite et à gauche. Il a investi dans une vache croisée moins exigeante qu’une vache Holstein. Cette vache a été inséminée par une semence d’Holstein. Ainsi, petit à petit, génération après génération, il améliore son troupeau. Il dispose désormais de cinq vaches. Les génisses nées chez lui ne sont pas encore confirmées comme des laitières. Une des vaches peine à être pleine.

Surtout, il travaille dur et mobilise les autres membres de sa famille, son père, sa mère et son jeune frère encore au lycée. Son projet est aussi un projet familial. Il ne prend pas de vacances ; même le jour de l’Aïd Kébir, il faut nourrir et traire deux fois les vaches. Pour l’alimentation de ses animaux, il a compensé son manque de terres par sa bonne réputation. Hoceine est reconnu comme un homme sérieux et fiable, si bien que des voisins lui confient leurs parcelles, situées à proximité des bornes de distribution des eaux usées traitées. Il paie l’eau à l’association des irrigants Ibharen, les semences et verse un loyer d’environ 1 000 dhs à chaque coupe de luzerne, soit toutes les six à huit semaines, plutôt que mensuellement. Cet accord tient aussi au fait que de nombreuses parcelles sont plantées d’oliviers dont l’intégralité des fruits est récoltée par les propriétaires. Les deux parties en retirent ainsi un intérêt mutuel : Hoceine irrigue les oliviers en même temps que sa luzerne, qui lui revient, tandis que les olives restent la propriété des propriétaires. Hoceine recrute une équipe d’ouvrière par l’intermédiaire d’une « patrona » Pour assurer la coupe de la luzerne. Enfin pour les aliments complémentaires, il achète, tantôt auprès de la coopérative, tantôt au souk selon les prix.

Hoceine incarne la figure du jeune entrepreneur agricole même s’il ne bénéficie d’aucune aide de l’Etat. Sa réussite est le fruit de sa pugnacité, du soutien de sa famille, de la bienveillance de ces voisins mais aussi de son intégration aux structures agricoles que sont la coopérative laitière et l’association des usagers des eaux usées épurées. Au sein de la communauté des jeunes agriculteurs, il est estimé, voire admiré. Il a enfin trouvé sa place loin de la course effrénée aux emplois de mauvaise qualité de ville en ville. Hoceine rêve d’avoir 20 vaches ; encore faudrait-il agrandir l’étable et sécuriser l’approvisionnement en eau.

 

Etable entre les murs de la maison en pisé à Attebane. Crédits : David Goeury

Ce qui est semé, ce qui est planté, ce qui pousse. La place des adventices dans une exploitation agricole en culture irriguée de Doutarga.

Par David Goeury et Amandine Vaccaielli

Au milieu de la vaste exploitation familiale à l’extrémité nord du périmètre irrigué, nous nous arrêtons quelques minutes à l’angle de 4 planches de cultures. La partie sud est irriguée par l’eau filtrée de la station d’épuration depuis une borne qui se trouve en bordure de parcelle. La partie au nord est irriguée grâce à un puits sur la nappe qui se trouve à proximité de la demeure familiale et qui est aussi utilisée pour l’approvisionnement de la famille en eau potable.

L’agriculteur s’arrête. Il pointe les parcelles sud à proximité de la borne

« Ici, nous avons semé de la luzerne. Là tu vois c’est rabie (littéralement ce terme désigne le printemps en arabe mais ici il désigne l’herbe qui pousse seule soit en l’occurrence un mélange d’adventices dominé par de la mauve et de la chenopodium murale). Cela pousse tout seul. Cela demande tout de même du travail. Il faut préparer la parcelle et l’irriguer. C’est pour le bétail. C’est aussi bon que la luzerne. Cela pousse aussi vite que la luzerne et tu la coupes. »

Puis, il se tourne et désigne les parcelles nord.

« Là tu vois, nous avons de la coriandre et ce que tu vois là avec ces grandes feuilles, c’est la mauve (khoubiza). C’est très demandé à Tiznit. Tu la vends au souk même plus cher que la coriandre qui ne rapporte pas grand-chose. Les gens mangent cela haché et en salade. C’est très apprécié. Cela pousse d’octobre à avril comme cela. On ne le sème pas. Cela vient tout seul. Tu vois ici les petites graines sur la plante, ce sont elles qui vont pousser.»

Mauve et coriandre. Crédits : David Goeury.
Graines de mauves présentées par l’agriculteur. Crédits : David Goeury
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Chauffeur et médiateur : collecter le lait tout en diffusant informations et bonnes pratiques

Par Hind Ftouhi, David Goeury, Mohamed Mouskite, Lucia Bordone et Amandine Vaccaielli

Un jeune collecteur de lait originaire de Bounamane nous décrit son métier au quotidien. Il a poursuivi ses études jusqu’à la deuxième année collège. Puis, il a arrêté ses études. Il a passé son permis de conduire à Tiznit en 2015 avant d’être recruté en 2020 comme chauffeur par la coopérative agricole de Bounamane. Il fait partie des jeunes recrutés par la coopérative agricole dont la caractéristique commune est d’être issus d’une famille dont aucun membre n’est adhérent de la coopérative. Il n’est donc pas issu d’une famille d’agriculteurs et il n’a pas suivi de formation agricole.

La coopérative a trois circuits de collecte : deux pour le secteur de Bounamane et un pour Tiznit et Targa dont il s’occupe. Il est en contact quotidien avec une quarantaine d’agriculteurs dont 11 femmes. Il effectue deux tournées. La première commence à 5h00 du matin et la seconde à 14h00.

Son rôle se limite normalement à prendre les bidons en acier inoxydable remplis de lait par les agriculteurs sur le pas de leur porte puis de l’apporter au technicien de la COPAG chargé de vérifier la qualité du lait avant de le transférer dans le tank. En même temps qu’il effectue la collecte, il doit distribuer les enveloppes contenant les paiements dédiés aux éleveurs, deux fois par mois,  mais aussi les informations administratives comme les convocations aux assemblées générales, les informations sur les opportunités de subvention pour l’achat d’aliments ou de vaches de race Holstein.

Il joue un rôle essentiel auprès des éleveurs et surtout des éleveuses qui se déplacent rarement à la coopérative.

Faire l’interface

Comme il le dit, il fait l’interface. Il transmet les informations, il répond aux questions des membres de la coopérative, il cherche les réponses ou les contacts de personnes qui ont la réponse. Parfois, il donne aussi des conseils. Il fait cela volontairement car recruté comme simple chauffeur, sa rémunération est liée uniquement au transport du lait et des enveloppes.

« Chaque fois qu’un agriculteur me demande quelque chose, je cherche la réponse ou la personne qui a la réponse ».

« Les éleveurs et les éleveuses ont souvent le même type de problème ».

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« Ils nous ont jeté une grosse pierre ». De quelques obstacles au maintien de l’agriculture vivrière

Par Lucia Bordone, traduction assurée par Samya Gouafka

Le moment d’échange décrit dans cette note a lieu en avril 2024 avec deux femmes, toutes deux prénommées Fatima. Il est marqué par un contraste saisissant entre la tranquillité de leurs voix, de leurs postures, du chemin ombragé et désert entouré de jardins où nous les rencontrons, et l’ampleur ainsi que la radicalité des difficultés existentielles qu’elles décrivent au détour de leur récit.

A notre approche et après les salutations d’usage, les femmes initient la discussion en parlant d’elles-mêmes à la troisième personne, se décrivant par des phrases courtes, répétitives, évocatrices :

« Les vieilles femmes sont assises ici. Elles sont assises pour faire paître leurs bêtes. Les femmes sont devenues vieilles et on leur a donné des brebis. Elles ne s’occupent plus que de ça. »

Fatima (I) :

« Nous sommes sorties en ce jour de Ramadan. Car les jeunes veulent dormir et nous, nous n’avons pas envie de dormir. On ne peut pas dormir, même s’ils nous attachaient ».

Après la prière de l’aube, elles se sont reposées un peu avant de sortir. A présent, elles nous ont croisées sur ce chemin et cette rencontre inhabituelle a éveillé leur curiosité. Elles nous interrogent alors sur ce que nous cherchons. Nous expliquons nous intéresser aux personnes qui cultivent les parcelles alentours, à leurs activités : soins des bêtes et des végétaux.

Fatima (II) :

« Nous avons tous cela. (…) Mais actuellement, ce qu’on a, le barrage va l’emporter. Tu n’es pas au courant ? »

Samia :

« Non ».

Fatima (I) :

« Ils nous ont jeté une grosse pierre (takerkourt) ici ».

Fatima (II) :

« Ils vont saisir nos fermes et nos arbres et construire un barrage à la place. Ils vont même saisir le cimetière pour faire le barrage, là en bas… ».

Nous nous enquérons d’éventuelles démarches qu’elles auraient entreprises pour se défendre, d’autant qu’elles nous disent bénéficier de titres de propriété officiels sur les parcelles.

Fatima (I) :

« Au début nous n’avons rien fait. Ils sont venus faire leur ingénierie ici. Nous les avons laissé faire. Parce que nous ne pensions à rien. Puis un autre est venu pour prendre des photos. (Elle montre une parcelle entourée de roseaux) Celle-là ils ne vont pas la saisir. Mais de cette maison jusqu’à la rivière, ils vont tout saisir ».

Les dédommagements proposés (une certaine somme par arbre arraché) ne sont en rien adaptés ou proportionnels à la valeur des biens menacés.

Fatima (II) :

« Ils vont enlever tous ces oliviers, malgré que nous avons l’habitude de presser leurs fruits et d’en consommer l’huile ».

Dans leurs jardins poussent, nous disent-elles, des pastèques et des grenadiers, des figuiers et des citronniers jaunes et verts (limes), des carottes et des betteraves, des pommes de terre et des petits pois, des fèves et de la coriandre.

Ces produits de la terre, tout comme le bétail, jouent un rôle important à la fois en termes d’autoconsommation (humaine et animale), d’obtention d’un surplus monétaire ponctuel (vente au souk) et d’échanges intrafamiliaux ou de voisinage.

Abordant les pratiques culturales, les deux Fatima reviennent sur l’échec de la coopérative, dont elles nous donnent leur version propre, ajoutant quelques fils au nœud que, patiemment, nous tentons de défaire au fil de l’enquête.

Les gens se sont fatigués ; ils ne sont pas parvenus à se mettre d’accord ; chacun a tiré de son côté. Les filles se sont mariées ; les maris se sont opposés. Elles-mêmes se sont senties limitées par leurs formations scolaires sommaires (« on ne connaît pas l’arabe littéraire »). Les semences patiemment produites ont été gâchées, l’argent gaspillé et « les regrets se sont ajoutés aux regrets ».

Durant un instant, la conversation dévie sur les animaux qui divaguent autour de nous et viennent de temps à autre renifler nos habits ou faire mine de brouter nos cheveux. Quelques remarques ironiques et sans méchanceté fusent à l’égard de l’enquêtrice occidentale (« elles est maigre, on dirait que c’est plutôt elle qui jeune ; elle parle doucement, on doit lui faire peur à hurler comme ça »). S’ajoute alors au récit une troisième calamité, déjà évoquée par plusieurs personnes avant elles : « ilf », le sanglier.

Elles racontent : ceux qui ont les moyens ont mis du grillage. Certains se sont endettés. Les sangliers viennent quand la nuit tombe, ils ne craignent personne. Ils attaquent, empiètent sur les espaces cultivés, envahissent tout. Ils détruisent les cultures en les déracinant.

Le sanglier est décrit comme un mal qui les « torture ». Dangereux, il menace leur intégrité physique (il a attaqué un homme près de là qui est passé proche de la mort et a dû se faire hospitaliser avec de multiples blessures). Espèce endémique, son augmentation est constante. Selon Fatima (I), la femelle du sanglier met bat tous les quarante jours. Et plus tard, « quand elle accouche, ses petits femelles accouchent aussi ». Or, le service des eaux et forêt les protègeraient et aurait interdit aux habitantes et habitants d’y toucher.

La conversation dure encore longtemps. Elle tourne autour de la famille (le destin des filles qui trouvent ou non à se marier) mais aussi des chèvres. Leurs chèvres « de forêt », de race beldi, dont elles sont fières et dont la consommation régulière des noix d’argan parfume la chair, en faisant un met de fête. En partant, elles nous montrent « le puit ». Je les photographie de dos, penchées sur l’arrivée d’eau. Un homme, qui arrive juste à ce moment-là derrière moi, m’aperçoit et les sermonne alors durement.

A partir de l’entretien mené le 4 avril 2024 avec Samya Gouafka

Faire de l’exercice : rencontre avec deux éleveuses âgées à Attebane 

Par Hind Ftouhi et David Goeury

En milieu de matinée, depuis les parcelles remontent des femmes à dos d’ânes chargés d’herbes fraîchement coupées. Assises au sommet des chouaris, ces femmes âgées retournent vers leurs demeures suivant le même sentier qui longe le maigre lit de l’oued Toukhsine qui se perd progressivement dans le périmètre. L’eau de crue saisonnière est remplacée depuis de longues années par l’eau d’écoulement issu de la station d’épuration qui nourrit une végétation proliférante d’herbes, de ricins et de cannes. La densité végétale et le sol gras d’humidité contraste fortement avec les terres desséchées par l’absence dramatique de pluies.

La première femme est originaire d’Aglou. Elle est veuve et mère de quatre fils et de quatre filles. Tous ces fils travaillent : deux sont Mokhaznis à Tiznit, un autre dans l’administration pénitentiaire, et le dernier est soudeur. En revanche, ces filles ne travaillent pas : deux filles sont mariées et femmes au foyer, tandis que deux autres sont toujours célibataires et vivent avec elle.

L’année dernière, elle a décidé d’acheter une jeune génisse beldi à une famille d’Attebane qui avait décidé d’arrêter l’élevage et de vendre l’intégralité de son troupeau : « Les familles sont fatiguées et de nombreuses familles ont vendu leur bétail car il n’y a pas assez d’aliments. Il manque de pluie. »

Elle voulait une vache pour s’occuper et surtout faire de l’exercice (riadha). Avoir une vache, signifie devoir bouger tous les jours un peu. Elle déclare : « je ne peux m’occuper que d’une seule vache car je n’ai pas les moyens pour une autre vache pour sa nourriture et tout le reste. La beldi peut être nourrie avec seulement de l’herbe que tu coupes à la différence de la roumi qui nécessite beaucoup de moyens. Je ne veux donner à la vache que l’herbe que je trouve ici alors que la vache roumi a besoin de fourrage, de de la betterave et des compléments alimentaires. Je n’ai pas les moyens pour cela. »

Sa vache est encore petite pour être inséminée.  Dès que sa vache aura du lait, elle s’inscrira à la coopérative.

Elle vient d’acheter un âne depuis deux jours à 500 dhs. Elle avait un âne avant mais il avait des difficultés à marcher. « Les gens abandonnent leurs ânes quand ils n’ont plus d’argent. »

 « Dès fois, les gens se débarrassent de leurs ânes pour 50 dhs ou 5 dhs. » surenchérit sa voisine

Elle a des parcelles mais elles sont en indivision. Elle y cultive un peu de luzerne. Parfois, elle ramène un peu de cette luzerne.  « Mais un sanglier a tout labouré comme un tracteur. » Alors aujourd’hui, elle a coupé de l’herbe sur une autre parcelle qui appartient à une femme de sa connaissance.

La seconde est veuve et vit avec les enfants de son mari qu’il a eu de sa première épouse. Elle déclare en riant «  C’est moi qui l’as tué, dès que je suis venu habiter chez lui, il est mort ! ». Son mari avait trois enfants, deux fils et une fille. Un fils habite à Tiznit et vient les voir régulièrement. L’autre qui est à Casablanca vient à chaque fête de l’aïd. La fille non mariée vit avec elle à Attebane. Elle déclare toujours avec ironie : « je ne possède rien, que dieu et son prophète ». Elle engraisse six moutons pour la fête de l’aïd el Adha. Elle a ni agneaux, ni brebis. Ces moutons sont pour elle, sa belle-fille et ses beaux-fils. Elle vient de couper de l’herbe le long du lit de l’oued sur des terres qui n’appartiennent à personne. Les parcelles familiales sont sèches. Elles pointent du doigt, les parcelles non irriguées et caillouteuse qui entoure le hameau. Et puis, elle rajoute : «  Je ne peux pas m’en occuper seule !»

Ces deux femmes sont emblématiques des nombreuses femmes âgées qui gravitent autour du périmètre d’Attebane et de la zone d’écoulement de l’eau de la STEP. Elles ne sont pas des éleveuses professionnelles, elles ne sont pas issues du village mais elles peuvent venir collecter les adventices qui prolifèrent dans les parcelles inondées par l’eau de la STEP. Elles investissent dans un âne, animal indispensable à leur déplacement et au transport de l’herbe fraîchement coupée. Elles peuvent alors développer un petit élevage familial avant tout pour s’occuper et fournir des biens alimentaires de qualité à leur famille. La vache beldi fournit du Lben, du beurre et du oudi (beurre rance), les moutons seront sacrifiés lors des retrouvailles familiales le jour de la fête du sacrifice. Pour le lait, certaines n’exclut pas de rejoindre la coopérative par facilité pour écouler les excédents de lait.

Chemin qui longe le chenal d’écoulement des eaux de la station d’épuration. Les bords sont les lieux privilégiés de collecte des femmes rencontrées. Crédits : David Goeury

Poulets et pigeons : élevages domestiques et intrus sous protection divine

Par Mohamed Mouskite et David Goeury

Fatima élève des poulets. Cette pratique complémentaire des pratiques d’engraissement des bovins et des ovins s’est fortement développée à Tiznit où de plus en plus de ménages sont à la recherche de poulets fermiers (beldis), surtout pendant la Nuit du Destin. Fatima est particulièrement fière d’y participer et souligne que c’est la grande nouveauté des dernières années.

Cependant, Fatima doit faire face à une situation inattendue : l’afflux de pigeons. Ces derniers ont été invités à s’installer dans des ruches en osier fixées sous le toit de l’étable. Cependant, ils sont venus s’installer en masse dans cette étable dédiée à l’engraissement et entrent désormais en compétition avec ses poulets en s’accaparant leur nourriture. Fatima, loin de rentrer en confrontation avec ces pigeons, déploie finalement une nouvelle stratégie d’élevage de ses poulets. Elle nous explique alors comment elle compose avec cet afflux de pigeons avides de grains pour organiser la cohabitation entre les êtres vivants.

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Développer un élevage laitier en famille à Doutarga  : un travail exigeant et collectif

Par Mohamed Mouskite, David Goeury, Khadija Zahi, Amandine Vaccaielli et Lucia Bordone

Fatima est une éleveuse que nous connaissons depuis plus de 7 années déjà. En 2016, elle était avec sa voisine Fadma l’une des deux seules femmes enregistrées en son nom personnel au sein de la coopérative laitière qui collectait le lait depuis un petit dépôt installé au sud de la ville de Tiznit dans un espace mis à disposition par la direction provinciale de l’agriculture à destination de la COPAG. Lorsque nous revenons à Doutarga pour enquêter les femmes inscrites comme membre de la coopérative de Bounamane qui a pris le relais désormais, c’est immédiatement vers elle que les autorités nous réorientent. Elle est sur sa parcelle mais n’hésite pas une seconde à interrompre la cueillette de la luzerne qu’elle laisse à sa fille pour nous rejoindre avec un enthousiasme non feint. Elle se souvient de nous et surtout elle veut nous montrer les nouveautés. Elle nous informe que  Fadma a délaissé l’élevage bovin, après l’émigration de son fils. Devant son étable, nous retrouvons une de ses filles entrain de décharger la récolte quotidienne de luzerne. Elle esquive la conversation, en disant simplement qu’elle aide sa mère pour lui laissé toute la place. Lorsque nous entrons dans l’étable dédiée à l’engraissement, elle s’exclame : « photographiez les poulets. C’est nouveau cela ». Commence alors un très long entretien durant lequel Fatima va présenter les transformations de son exploitation.

Alors que le Maroc connaît une sécheresse particulièrement sévère depuis 6 années et un recul de la production laitière qui a obligé le ministère à multiplier les aides à la reconstitution des cheptels en 2023, Fatima a fortement développé son cheptel disposant désormais de plusieurs vaches laitières de race holstein et en engraissant de nombreux veaux. Son cheptel a été multiplié par plus de trois. A cela, elle a ajouté une activité d’élevage de poulets. Cette dynamique entrepreneuriale l’amène à privilégier un nouveau registre de langage, celui du travail bien fait.

Ici, nous détaillerons avant tout son activité d’éleveuse de vaches laitières pour interroger son rapport au travail, l’organisation familiale que cela suppose, la relation à la performance productive des animaux et enfin le défi d’intégrer une structure de coopérative laitière.

Récolte de luzerne journalière. Crédits : David Goeury

Travail consciencieux et pénibilité : l’éthique au travail

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Les trois sœurs à Taghzout : parcelle agrocécologique entre savoirs localisés et circulations des pratiques internationales

Par David Goeury, Mohamed Mouskite et Lucia Bordone

Driss cultive une parcelle à Taghzout. Il a suivi une formation agroécologique organisée par l’association Tamount en partenariat avec l’association Migration et Développement, financée par l’Agence Française de Développement. « Deux ans de formation. Chaque mois, 2 jours. On pratique sur place (sur le lieu de formation, dans la ferme – jardin agroécologique). Mais on pratique aussi dans nos champs à nous. C’est-à-dire le formateur vient pour regarder. »

Il fait visiter régulièrement sa parcelle aux visiteurs et à ses clients, notamment celles et ceux qui viennent directement chez lui pour acheter des produits biologiques. La parcelle s’organise en longueur avec une pente allant d’ouest en est vers le lit de l’oued. Elle est équipée d’un puits et de panneaux solaires.  Le haut de la parcelle comprend une petite pépinière sous bâches plastiques pour les plants les plus fragiles susceptibles d’être picorés par les oiseaux comme les salades, d’une petite pergola pour accueillir les visiteurs et d’un bloc technique en ciment abritant le dispositif de pompage mais servant aussi de lieu de stockage pour les outils et le petit matériel. Deux allées le long des clôtures nord et sud permettent d’accéder aux cultures qui sont organisées en une série de planches de culture très denses irriguées par un dispositif de goutte à goutte. Des arbres ont été plantés le long du chemin d’accès.

La discussion dans la parcelle autour des différentes plantes et des pratiques culturales permet de saisir comment le jeune agriculteur s’est approprié les connaissances transmises lors des formations en agroécologie et surtout comment il les a intégrées aux connaissances acquises dans le cadre des pratiques familiales.

Ici, nous livrons deux courts extraits emblématiques de cette situation : le premier à propos des “trois soeurs” ou Milpa, le second à propos des orties. 

Cet entretien est le produit d’une conversation collective où Driss varie les langues, utilisant tantôt le français, l’arabe et le tachelhit en fonction de la langue de la personne qui pose la question mais aussi du sujet. Ici, sont regroupées une partie de ses réponses.

Au-delà des trois sœurs, une agriculture symbiotique

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Derrière l’échec de l’entreprise collective, assurer une nourriture de qualité à sa famille. Le cas d’une petite agricultrice

Par David Goeury et Amandine Vaccaielli

Fatima est emblématique de ces femmes cultivatrices. Dans un contexte de profonde transformation des activités villageoises, elle est très intéressée par les initiatives collectives notamment pour faire quelque chose, apprendre et éventuellement disposer de ressources monétaires mêmes minimes. Cependant, pour développer son activité, elle doit être intégrée à une dynamique collective, soit une coopérative, soit une petite entreprise familiale. En effet, la fin de la coopérative et le refus de ses fils de s’impliquer dans les activités agricoles ont mis fin à la commercialisation de ses produits. Malgré ces deux coups du sort, elle maintient son activité productive qui lui permet de fournir à sa famille une alimentation de qualité à moindre coût.

La localité de Taghzout a bénéficié d’une initiative associant formation à l’agroécologie et création d’une coopérative de femmes semencières portée par les associations Tamounte et Migration et Développement, avec le  financement par l’Agence Française pour le Développement(AFD). La coopérative est aujourd’hui dissoute. Une série d’entretien menée avec des femmes de Taghzout qui continuent à cultiver leurs parcelles permet de comprendre les effets complexes d’un tel projet.

Fatima est mariée à un maçon et mère de quatre enfants, trois garçons et une fille. Le plus petit a 9 ans est en 4e année primaire. Ses autres enfants sont plus âgés et ont arrêté leurs études après le lycée pour ses deux autres garçons tandis que sa fille a obtenu une licence. Sa fille et son garçon aîné travaillent dans la pâtisserie de leur oncle à Sidi Bibi. Fatima cultive une parcelle de la famille de son mari qui est irriguée grâce à un puits collectif.

Elle décrit son activité comme un passe-temps : « Nous n’avons rien à faire et donc on s’occupe de cela. » Cependant, elle précise « Grâce à cela, on se nourrit tout l’hiver. En revanche l’été, tout devient sec et on achète les légumes au souk. »

Elle a trois chèvres, une brebis et des poulets. Elle ajoute :« A l’époque quand il y avait de la pluie, on avait plus de bétail et une vache mais par le manque de pluie et de luzerne, on a vendu la vache. »

Écouter Fatima permet de saisir trois enjeux de l’activité agricole féminine : entreprendre avec ses voisines, entreprendre avec sa famille, nourrir les siens.

Parcelle de Fatima à Taghzout. Crédits : David Goeury

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Oasis agri-urban metabolism as a source of paleo-innovation forcoping with global warming. 11/12/2023 COP 28

 

  • 11 December
  • 11:00 am – 12:00 pm
  • ECD Hall, ECD Pavilion
Dr David Goeury, Sorbonne University
Oasis societies have established multi-millennia microclimates in contexts of extreme aridity and heat, through the implementation of urban planning that combines dense housing and intensive agriculture. They allied themselves with singular plants and developed complex technologies mobilizing local resources. Oasis agri-urban systems are based on interlocking circular economies linking construction and agriculture, while also acting as relays for the great land-based trade routes. These oasis societies have been progressively disqualified in favor of an industrial-urban metabolism based on fossil fuels and the mobilization of materials from all over the world. Yet these industrial-urban metabolisms are incapable of establishing livable microclimates. On the contrary, they generate high levels of local air, water and soil pollution. They also generate enormous quantities of greenhouse gases. Today’s urgent need to adapt large cities means that hypothetical technological solutions appear incapable of reducing global warming. On the other hand, oasis metabolism is proving to be a source of palaeoinnovation – the possibility of drawing inspiration from past innovations to define a liveable future. We’ll be looking at two ways of establishing new, sustainable agri-urban metabolisms: the reuse of treated wastewater and eco-construction. We’ll show how it’s possible to move away from industrial logics linking extractivism and waste demultiplication and set up looping logics instead.
 

L’école dans le milieu oasien : mobilisation des acteurs locaux et nouveaux défis

par Khadija Zahi

Pendant plusieurs décennies, l’offre scolaire dans le milieu oasien, à l’instar du milieu rural, était insuffisante, voire inexistante. Les familles étaient contraintes de faire des arbitrages pour la scolarisation de leurs enfants ; un arbitrage systématiquement en défaveur des filles.
Grâce à l’école, les garçons scolarisés dans les années soixante et soixante-dix, bien qu’ils fussent une infime minorité, connurent une ascension sociale certaine par rapport à leur origine sociale de base. Devenus instituteurs, professeurs, directeurs d’école, cadres dans les administrations …certains dans leur territoire ont fait de la cause éducative, un de leur cheval de bataille ; la priorité, comme le dit Brahim, professeur et ancien président de la commune Arbaa Sahel de la province de Tiznit, « c’est d’abord et avant tout l’école, l’enfant et la mère ».

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