Archives de catégorie : Agriculture urbaine

Résonances oasiennes. Approches sensibles de l’urbain au Sahara

Parution de l’ouvrage Résonances oasiennes. Approches sensibles de l’urbain au Sahara aux éditions Métispresses.

Cet ouvrage est le fruit des analyses développées dans le cadre du programme de recherche “Zerka. La source bleue et l’urbanisation des oasis de la Méditerranée“. Il est accompagné d’une riche documentation sonore accessibles sur la plateforme Cartophonies.

Éditeur(s) scientifique(s):Marc Breviglieri, Noha Gamal Said, David Goeury
Collection:vuesDensemble Essais

Résumé

Îlots de vie surgissant au milieu de l’aridité du désert, les oasis sahariennes abritent depuis des siècles un habitat aux formes éprouvées. Cette adaptation matérielle et spirituelle aux contraintes climatiques du désert est aujourd’hui mise à mal par des politiques de rationalisation et de modernisation inspirées des modèles occidentaux. L’oasis se voit ainsi réduite à un potentiel agricole à exploiter ou à un décor touristique à valoriser, au détriment de sa richesse architecturale et de la pratique quotidienne de ses habitants.

S’inscrivant en faux contre cette évolution, Résonances oasiennes propose une approche sensible de ces territoires pour mieux en révéler et défendre la singularité. Issu d’un processus collaboratif original autour des ambiances sonores, cet ouvrage invite le lecteur à s’imprégner de l’atmosphère des oasis à travers une analyse vivante de leur patrimoine bâti et des modes de vie de leurs habitants. Il souligne ainsi la nécessité de promouvoir l’architecture vernaculaire et la culture qui l’a développée afin d’affronter les défis économique, démographique et climatique auxquels ces espaces sont aujourd’hui soumis

Avec les contributions d’Abdelaziz Barkani, Alia Ben Ayed, Azeddine Belakehal, Joseph Brunet-Jailly, Irène Carpentier, Hind Ftouhi, Zakaria Kadiri, Hind Karoui, Imen Landoulsi, Imed Melliti, Mohamed Mouskite, Salima Naji, Nasser Tafferant, Jean-Paul Thibaud, Laurent Valdès, Khadija Zahi et Dorsaf Zid.

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Un retour des communs est-il possible ? Analyse d’une initiative pionnière de réutilisation des eaux urbaines épurées pour l’irrigation à vocation agricole dans une cité oasienne (Tiznit, Maroc)

Ce chapitre d’ouvrage a été publié dans la collection Grafigéo n°37

Référence:

David Goeury, 2021, “Un retour des communs est-il possible ? Analyse d’une initiative pionnière de réutilisation des eaux urbaines épurées pour l’irrigation à vocation agricole dans une cité oasienne (Tiznit, Maroc)”, in Martine BERGER, Jean-Louis CHALÉARD, Alia GANA (dir.), Crise des modèles ? Agricultures, recompositions territoriales et nouvelles relations villes-campagnes, Paris : Grafigéo, p.129-151.

Résumé:

Ici, nous analyserons le cas de Tiznit, dans la région de Souss-Massa, au Maroc, qui fut parmi les premières municipalités marocaines à développer la réutilisation des eaux urbaines épurées pour l’irrigation à vocation agricole dans un cadre réglementaire. Ce cas est particulièrement intéressant, car la municipalité a souhaité le faire selon un protocole participatif en soutenant un collectif hétéroclite d’agriculteurs désireux de s’inscrire dans la continuité des communs fonciers historiques, quitte à aller à l’encontre des modèles imposés par les pouvoirs publics et les experts qui défendent un modèle avant tout économique de l’agriculture . En effet, elle a privilégié une logique alternative d’économie du patrimoine, soit la conservation d’un héritage qui dans le cas de l’oasis mobilise le registre très particulier du faire ensemble . Cependant, l’implémentation d’une nouvelle technologie est- elle à même d’alimenter une dynamique civique et participative ? En effet, le collectif doit surmonter à la fois des enjeux institutionnels et des enjeux techniques. La procédure légale défendue par les administrations et les organisations internationales comme une réelle opportunité pour un développement durable peut s’avérer particulièrement décourageante et finalement favoriser les logiques informelles au mépris des normes nationales ou internationales.

Pour consulter l’ensemble du chapitre, cliquer sur le lien ci-dessous

Chapitre David Goeury Retour communs réutilisation eaux usées Tiznit 2021

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« Fertilités. Sur les chemins de collecte des femmes oasiennes (univers végétal, résonateurs cosmiques, soins collectifs) »

Cet article a été publié dans la revue Anthropologie et Societés.

Référence:

Breviglieri, Marc. “FERTILITES: Sur les chemins de collecte des femmes oasiennes (univers vegetal, resonateurs cosmiques, soins collectifs).” Anthropologie et Societés, vol. 44, no. 1, 2020, p. 25+.

Cet article brosse un tableau de l’univers végétal d’une oasis du Maroc présaharien (région du Souss) en mettant l’accent sur la présence de femmes âgées issues d’un milieu très modeste venant quotidiennement désherber et collecter des plantes spontanées. Ces femmes entretiennent un lien privilégié avec ces dernières et transmettent leurs pouvoirs nourriciers, prophylactiques, thérapeutiques ou magiques à la communauté oasienne dans son ensemble. Mais une question se pose : que va-t-il advenir de ce champ de relations intégrées aux cycles de fertilité au fil des transformations structurelles et des projets de modernisation que connaissent actuellement les espaces oasiens ? Ces projets, tout en étant porteurs d’objectifs environnementalistes, attestent d’une modalité de qualification du sol et de son exploitation qui tend à éclipser la présence de ces femmes, négligeant au passage l’arrière-plan cosmologique foisonnant sur lequel se dessinent leurs gestes attentionnés et la perméabilité sensible à l’univers végétal oasien dont elles sont les gardiennes.

Mots-clés : Breviglieri, oasis, femme, végétal, écologie, soin, atmosphère, vie, communs Continuer la lecture de « Fertilités. Sur les chemins de collecte des femmes oasiennes (univers végétal, résonateurs cosmiques, soins collectifs) »

Landscape of Care : a handbook for urban design engagement

This publication invites the reader to explore an inter-
disciplinary and cross-cultural project of urban design
research conducted 2018-19 in the city of Tiznit, Morocco.

The project was initiated by the Netherlands-based
creative platform Slow Research Lab and realized in
partnership with the bureau of architect Salima Naji and
the Naji’s nonprofit association Gardiens de la Mémoire,
both based in Tiznit.

From these two countries and organizations, a core team
of researchers and creative professionals came together to help
conceive, develop, and facilitate the myriad facets of the project:
Marijke Annema, Jana Crepon, David Goeury, Nika Jazaei,
Salima Naji, and Carolyn F. Strauss. (See biographies, page 106.)

In addition to those main programming partners and
team members, this project was enriched by an array of
collaborators from Tiznit and beyond: municipal authorities;
community associations and cooperatives; local artists and
craftspeople; Moroccan and international designers; teachers
and parents from the city’s creches and primary schools; an
incubator for young creative entrepreneurs; plus countless
program participants. We are grateful for their trust and
commitment.

Substantial financial support for the project was adminis-
tered by the Creative Industries Fund NL (Stimuleringsfonds
Creatieve Industrie) as part of a four-year program funded
by the Dutch Ministry of Foreign Affairs within the policy
framework of the International Culture Policy (2017-2020),
entitled Sustainable and Inclusive Cities Through Design.

Couverture Ouvrage Landscape of Care

CONTENTS

Introduction.

Reviving Wonder: the Artistic Immersed in Oases, Salima Naji, p.18

Thoughts on Care, Carolyn F. Strauss, p.24
KINDLING ENVIRONMENTAL AWARENESS p.32

Kindred Spirits, David Goeury, p.38

Standing With Two Feet in Complex Matter, Cocky Eek, p.40

CULTIVATING ARTISTIC RESPONSES TO CLIMATE CHANGE p.48

Immediacy, Maria Blaise, p.54

Weaving the Oasis, Amina Aguesnay, p.56

FRICTION, CURIOSITY, OPENING: PROVOKING A DIFFERENT PERSPECTIVE p.60

Oasis Memory: Reflections of an Urban Caretaker, Omar Boumehdi, p.66
Precious Things, Linnemore Nefdt, p.70
Notes from an Observer,  Aimane Idhajji, p.76

BUILDING A MORE OPEN MEETING PLACE p.80

Sharpening the Intuition, Nika Jazaei, p.86
Threading Stones, Marijke Annema, p.94


ETERNAL RETURN p.102
Biographies p.106
Bibliography p. 112
List of Collaborators P.114
Colophon p.116

Naji, Salima, & Strauss, Carolyn. 2020. Landscape of Care: a handbook for urban design engagement. Amsterdam, Slowlab Research.

Programme du symposium “DESSINER DES (ÉCO)SYSTÈMES AGRO-URBAINS RÉSILIENTS. Urbanisme, architecture et agriculture au défi du changement climatique”

9-10 septembre 2019

Salle de conférence Faculté de Médecine et Pharmacie, Université Ibn Zohr Agadir

Lancé à l’initiative du Centre HABITAT de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne en collaboration avec le Global Heritage Fund, le symposium est organisé par l’Université Ibn Zhor et l’Ecole d’Architecture d’Agadir, en partenariat avec l’INAU de Rabat, l’Université Hassan II de Casablanca, le laboratoire ENEC de Sorbonne Université, la Faculté ENAC de l’EPFL et la HETS-HES SO, Université de Genève.

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Appel à communication Symposium à Agadir les 9 et 10 septembre 2019 : DESSINER DES (ÉCO)SYSTÈMES AGRO-URBAINS RÉSILIENTS

Urbanisme, architecture et agriculture au défi du changement climatique

« Dessiner des (éco)systèmes agro-urbains résilients » entend contribuer à une appréhension systémique des situations socio-écologiques complexes qui se situent à l’interface entre urbain et rural, dans un horizon d’action et projet durables. Le renouvellement des descriptions et des analyses est fonctionnel au projet, entendu comme formulation d’une image partagée du futur, proposition d’un horizon de sens collectif qui articule avec justesse structures spatiales, dynamiques matérielles et modes de vie.

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Journée d’étude : Urbanisme, architecture, agriculture au défi des changements climatiques et environnementaux

Vendredi 15 mars 2019 – 15h00 – 18h00 au Centre Jacques Berque de Rabat

Descriptif : Dans le contexte de l’exposition croissante aux risques climatiques et environnementaux, la catégorie de milieu à forte contrainte se généralise désormais à l’ensemble des territoires habités. Les concepts, instruments et figures de l’urbanisme se doivent de quitter une approche focalisée sur les besoins et aspirations des seuls êtres humains, pour composer avec le monde des connections vitales.

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Entrepreneuriat féminin agricole à Tiznit : une affaire de veuves

Par Claire Madenspacher1

Au Maroc, l’accès à un emploi rémunéré reste inaccessible pour de nombreuses femmes et le taux d’activité de ces dernières  baisse depuis plus d’une décennie. L’entrepreneuriat féminin est présenté comme une alternative et augmente légèrement. Pourtant, est-il pour autant possible de parler de dynamiques féminines autonomes? Ici, nous souhaitons revenir sur le cas de deux femmes éleveuses membre d’une coopérative laitière sise à Tiznit et intégrée au réseau COPAG.  Il ne s’agit pas de la création d’une entreprise mais de la reprise d’une entreprise familiale.

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Parcourir la Corbeille : cheminer avec l’érosion après l’inondation

Par Irène Carpentier, David Goeury, Zakaria Kadiri

La corbeille de Nefta est une palmeraie enserrée au coeur d’un cirque de sable d’un kilomètre de largeur. En dessous de cette strate de sable, une couche d’argile étanche générait de multiples résurgences, jusqu’à 152 sources, selon les dires. Mais le percement de cette couche d’argile par des forages profonds à mis fin à ce phénomène naturel.

Aujourd’hui, la corbeille reste un lieu important de la mémoire locale et a fait l’objet d’un projet d’écotourisme depuis 2008. Bien qu’elle ne doive sa survie qu’à une série de forages profonds (plus de 140 mètres) aussi bien pour irriguer les 20 ha de terres, que pour remplir le vaste bassin de son extrémité orientale, elle a été présentée par les autorités et les bailleurs de fonds internationaux, comme un nouveau modèle de tourisme oasien en Tunisie, suite à des aménagements financés, par la principauté de Monaco entre autres. La crête est dominée par les hébergements qui se revendiquent plus ou moins écologiques, du fait de leur vue plongeante sur cet écrin de verdure. Chaque hôtel ou maison d’hôte assure sa promotion à travers la Corbeille, les qualificatifs ethno-environnementaux sont démultipliés dans de large articles d’auto-promotion touristique.

Or, une visite de terrain le 19 octobre 2016, nous a poussé à regarder autrement ce site largement mis en scène dans les médias. En effet, mardi 27 septembre, en 90 minutes, 74 millimètres de pluie se sont abattus sur la ville. Soit la plus forte averse depuis cinq ans. Les bassins versants se sont couverts de ravines, le sable s’est engouffré dans le lit des oueds et est venu recouvrir une grande partie des aménagements touristiques ainsi que certaines parcelles agricoles. L’aléa climatique joue un rôle de révélateur de la fragilité des dispositifs et des discours. Coulées de sables, structures arrachées, eaux stagnantes, déchets déplacés, sont autant de stigmates d’une réalité bien moins heureuse que celle projetée par des manipulateurs de symboles que sont les professionnels du tourisme, les désigners à la mode et autres ONG de développement local.

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Deux ambiances agricoles dans la palmeraie de Nefta : retour sur deux visites de parcelles

Par Irène Carpentier, David Goeury et Zakaria Kadiri

Nefta, oasis historique du Jérid, reste parmi les plus prestigieuses de Tunisie. Cependant, la palmeraie est loin d’être uniforme et connaît des dynamiques différentes entre le site historique de Ras el Aïn (appelé aussi la Corbeille), et les extensions périphériques modernes.

Il s’agit ici de revenir sur deux visites de parcelles afin d’illustrer la construction d’une opposition discursive entre des sites oasiens dits historiques et des espaces plus récents dominés par le modèle productiviste.

En effet,  les associations de protection et de valorisation se multiplient dans les espaces oasiens les plus anciens, caractérisés par un fort morcellement et une certaine déprise agricole. Ces associations tentent de redéployer une activité autour de la singularité de ces sites et de leur biodiversité. D’autre part, des logiques de spécialisation et d’intensification capitalistique sont à l’oeuvre, en particulier sur les parcelles les plus éloignées du coeur historique.

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Le legmi : une menace pour la biodiversité phoenicole, stigmate de la crise de l’agriculture dans la corbeille

 Par Irène Carpentier et David Goeury

Le soir, nous traversons la palmeraie avec le président du GDA, membre du bureau exécutif de l’Agdor (Association de gestion durable de l’oasis de Ras el Aïn). Il se positionne comme un propriétaire responsable. En tant que petit propriétaire, il critique à la fois les propriétaires absentéistes et les khammess en cherchant à se distinguer par son engagement civique pour l’agriculture dans la corbeille.

Lors d’un très long entretien, qui vient compléter un entretien déjà mené par Irène Carpentier en avril 2016, il pose trois questions :

– Le rapport de responsabilité des agriculteurs à la biodiversité de la corbeille de Nefta. Il oppose la permanence d’un patrimoine agricole et des pratiques opportunistes à court terme

– Les enjeux de la question sociale entre des propriétaires absents et des khammes qui ne seraient pas dans une logique de reproduction du capital phoenologique

– La transformation de la pratique du legmi ou vin de palme (boisson de sève de palmier qui se consomme fraîche ou fermentée) en symbole de la dégradation de l’exploitation des palmiers.  A l’inverse de l’ancienne pratique qui permettait la survie du palmier, les palmiers peu productifs ou de variétés communes sont désormais sacrifiés et remplacés par des deglet nour, permettant le maintien de cette pratique alimentaire et festive traditionnelle. Continuer la lecture de Le legmi : une menace pour la biodiversité phoenicole, stigmate de la crise de l’agriculture dans la corbeille

Tiznit. Aïn Aqdim, la source à l’origine de l’oasis

Ouvrage de Salima Naji, Ahmed Boumzgou et David Goeury paru en septembre 2016 aux éditions DTG à Rabat.

L’ouvrage est accessible ici : Tiznit Ain Aqdim Goeury Naji Boumzgou 2016

Des extraits sont publiés ci-dessous :

Mémoire et patrimoine d’une source

À une centaine de kilomètres au sud d’Agadir, Tiznit, cité fondée par Moulay Hassan Ier en 1882, renoue avec ses origines : sa vénérable source.En 2014, la ville de 75 000 habitants, qui se déploie désormais largement en dehors de son enceinte pentagonale, a lancé un vaste programme de revalorisation du lieu originel : ce bassin d’irrigation qui a donné naissance à l’oasis et aux premiers noyaux villageois entre le XIII e et le XVI e siècles.En effet, au cœur de la plaine de l’Azaghar, Tiznit trouve ses origines dans la découverte miraculeuse d’une résurgence karstique attribuée à Lalla Zninia. Le filet d’eau est alors aménagé en bassin depuis lequel part un canal d’irrigation. Les agriculteurs construisent des villages fortifiés (ksebt) à proximité sans pour autant empiéter sur les terres arables. Ils se dotent d’institutions collectives pour gérer cette manne providentielle.Cet équilibre est rompu par le processus d’urbanisation.Bâtie en 1883, la muraille enserre à la fois source, villages et jardins. Durant la deuxième moitié du XXe siècle, Ces derniers sont progressivement lotis. Alors, le bassin d’irrigation devient un vestige anachronique au centre d’une médina de plus en plus dense. La ville accueille de nouveaux habitants issus des campagnes environnantes,les descendants des agriculteurs deviennent des artisans,des commerçants ou des fonctionnaires. Le lien matériel et symbolique entre la ville et sa source se distend au point de se rompre. Le bassin, désormais clos, est désigné par l’appellation coloniale de “Source bleue”, slogan touristique vide de sens, tandis que le mythe fondateur est de plus en plus décrié par les religieux qui le qualifie d’impur.

Réhabilitation et réminiscences patrimoniales au profit des habitants

Pour autant, les habitants et les associations de quartiers souhaitent une revalorisation du site. La municipalité en partenariat avec l’opérateur Al Omrane décide alors de lancer un projet de mise à niveau urbaine. Or, comment réintégrer la source dans un environnement aussi profondément transformé ? Aujourd’hui, les jardins sont à plus de 500 mètres du bassin historique.L’idée a donc été de rendre le monument aux habitants de la ville, notamment les plus fragiles, le laisser ouvert,accessible et en faire un espace convivial. Il s’agissait de faire du réaménagement de la source une possibilitéd ‘extension de l’espace public à destination de ceux et de celles qui en ont le plus besoin : les femmes, les enfants.Loin de fermer le lieu, il s’agissait de l’ouvrir en créant une nouvelle circulation, de nouveaux lieux de station et permettre ainsi aux enfants de jouer, aux femmes des’arrêter, de contempler et de discuter.Cette idée de la circulation s’est aussi appliquée à l’eau.La source était devenue un bassin où l’eau était perçue comme stagnante, voire croupissante. Le mythe du jaillissement était d’autant plus facile à discréditer qu’il renvoyait à un site peu attractif. Il était donc nécessaire de la remettre en mouvement. L’idée fut de recréer un contact possible entre les habitant et l’eau. Il devait être possible de toucher l’eau, mais aussi de l’entendre et de la voir circuler.L’eau a été mise en scène autour du principe des réminiscences : par un débord et une chute mais aussi par une petite rigole qui court autour du bassin. L’irrigation n’a pas pour autant été oubliée : du bassin part un canal vers l’oasis.


La dame de la source

L’histoire des origines de Tiznit est liée à la découverte d’une source d’eau potable par une femme, Lalla Zninia.

Un mythe de fondation

Le récit de cette découverte possède plusieurs variantes et tend vers une hagiographie de celle qui est, encore aujourd’hui, considérée comme une sainte. Alors qu’il n’y avait là que désert et solitude, Lalla Zninia vint à passer. Elle a soif car elle marche depuis longtemps,quand soudain le lévrier sloughi qui l’accompagne, lape un peu d’eau sous la roche. Lalla Zninia découvre ainsi une fente d’eau, la creuse et la transforme en un point d’eau pérenne. Elle décide alors de s’installer à proximité et de vivre en ascète. À quelques pas de là, elle aurait édifiée la première mosquée de la ville, entre le XIIe et le XVe siècles et serait enterrée en son sein. L’oasis est née.Plus tard, la source d’eau est aménagée en un bassin permettant une sédentarisation croissante des pasteurs autour d’une agriculture oléicole et vivrière.

Une figure féminine au coeur de luttes symboliques

Les femmes entretiennent la mémoire de cette figure féminine. Elles avaient pour habitude de multiplier les rituels de fertilité sous son patronage. Ainsi, la veille d’un mariage, les jeunes filles qui ont préparé les repas,se rendent à la source avec toutes les épluchures parmi lesquelles est glissé un bracelet en argent. Le tout est jeté dans le bassin. La première qui trouve le bracelet habille la mariée. Par ailleurs, une semaine après la noce, la jeune mariée vient y puiser un peu d’eau pour confectionner le premier pain qu’elle apportera à ses parents. Enfin,certaines femmes venaient aussi y prélever un nombre de petits galets équivalent au nombre d’enfants qu’elles souhaitaient avoir. Pour ces femmes, Lalla Zninia était de noble ascendance, parfois venant de loin, parfois réfugiée des montagnes environnantes soit du pays des Ayt Baamrane ou des Idaw Baaquil. Ces nombreux rituels, mais aussi la promotion de Tiznit au rang de cité par le sultan, ont favorisé l’émergence d’autres versions désenchantées du mythe. Le nom de la sainte (Zninia) a été associé à la racine arabe (zna)renvoyant à l’adultère pour faire de la jeune femme,une pècheresse repentie. Cette version, plus sulfureuse,portée d’abord par les oulémas (docteurs en religion),très critiques vis-à-vis des rituels de fertilité, a rencontré un fort écho.Ainsi, en 1953, Odette du Puigaudeau, écrit dans un article faisant la promotion de la ville: «Tiznit, douce oasis aux eaux chantantes, née des larmes d’une jeune fille, Lalla Tiznia, l’ancêtre des cheikhat ». De même, en1984, Khaïr Eddine, dans Légende et vie d’Agoun’chich note : “on racontait qu’elle (Tiznit) avait pour fondatrice une prostituée repentie. Elle était venue du Sahara accompagnée d’une chienne. Elles mouraient de soif depuis des heures. À un moment, la chienne disparut et finit par revenir toute trempée. Elle conduisit aussitôt sa maîtresse à l’emplacement d’une source abondante et pure. Alors l’ancienne prostituée tira un trait sur son passé dissolu, s’installa sur les lieux et devint une sainte irréprochable. Personne n’a jamais pu vérifier cette légende, mais Agoun’chich y croyait.”Or, en anthropologie, la figure de la source, de la fécondité et donc de la femme sont souvent réunies pour signifier la vie et le renouvellement. Par ailleurs,l’étymologie du lieu (Tiznit) et du prénom de la jeune fille (Zninia) s’articulent autour d’une même racine tachelhit zni allitération de sni qui renvoie à l’étendue d’eau. Tiznit signifiant alors la “petite étendue d’eau” et Lalla Zninia,”la dame de l’étendue d’eau”.

Une histoire de l’ancienne source de Tiznit

La source de Tiznit est nourrie par un ensemble de chenaux karstiques. Cette particularité géologique l’a fragilisée au cours de l’histoire, car à tout moment un chenal pouvait être percé en amont. Par conséquent, la source qui était une manne providentielle devint une ressource disputée, engendrant de nombreux conflits régionaux.

La source dans les archives

L’une des archives les plus anciennes qui évoque la source de Tiznit date du milieu du XVII e siècle. C’est un registre commercial (diwan) du chef de la maison d’Iligh, Boudmia Abou Hassan. En effet, ce dernier a acheté une grande partie des possessions foncières et hydrauliquesde l’Azaghar et en particulier dans la Targa de Tiznit. En 1739, un jugement (fatawa) est prononcé par El Abassi suite à un conflit entre les Oulad Jerrar et les Ahl Tiznit sur l’alimentation de la source de Tiznit depuis l’Aïn Reggada. Ce type de conflit se répètera en 1911. Au début XIXe siècle, lors de la construction de la kasbah makhzenienne par le Caïd Mohamed Aghenaj, face à la source, une nouvelle résurgence est découverte. Elle est alors reliée au bassin historique. Quelques années plus tard, en 1811, l’Aïn aqdim est au centre d’un conflit entre Tiznit et Iligh du Tazerwalt. Après le départ du caïd Aghenaj,  Sidi El Hachem, le chef d’Iligh, fait le siège des villages fortifiés. Il exige de se faire raser la tête avec l’eau de la source, un acte considéré comme une humiliation pour les habitants de Tiznit.

Le conflit avec les Ouled Jerrar

En 1911 débute un long conflit autour de la source. Undes chenaux souterrains qui l’alimente est découvert sur les terres Reggada par Mbark Ben Ahmed Nabzari Argadi. Dès lors, le caïd Âyad d’Ouled Jerrar bouche le chenal afin de détourner une partie de l’eau à son profit. Le débit de la source de Tiznit s’effondre. Les habitants exigent réparation. Le débit est alors restitué.Cependant, le 20 juin 1918, en plein mois de ramadan,le caïd Âyad obstrue la source, la ville de Tiznit se trouve alors pratiquement privée d’eau. Une grande agitation se manifeste chez les habitants et le caïd Tayeb el Goundafi,missionné par le sultan et le pouvoir colonial pour tenir la région, perçoit cela comme une véritable provocation.Il décide alors d’intervenir militairement avec sa mehalla(armée). L’officier français Justinard détaché à Tiznit parle service des renseignements, intervient alors auprès du caïd des Oulad Jerrar. Il obtient de ce dernier la réouverture de la source. Une rencontre entre les deux partis sous l’arbitrage de Justinard dans la région de Bousnsar permet de régler le problème.

La mobilisation des ressources au profit des usages urbains

Le 25 novembre 1926, le capitaine Roussillon passe un accord avec le caïd Âyad pour construire un canal en surface afin d’alimenter Tiznit en eau depuis OuledJerrar. Un tiers de l’eau au profit du caïd Âyad et deux tiers pour les Ahl Tiznit. Ce nouveau canal marginalise la source ancienne qui a un débit très inférieur et surtout permet aux autorités de contrôler la répartition de l’eau.Ainsi, elles organisent une redistribution du débit de l’eau à leur profit : le tiers de la part des Ahl Tiznit est désormais consacré à alimenter les administration et les jardins coloniaux. Mbark Bou El Bakour l’un des Inflas (représentants) de Tiznit s’oppose au projet et est condamné à un mois de prison et 40 riyals d’amende.La part dédiée aux usages urbains est croissante et en 1976, le système de la tanast (clepsydre) est abandonné.Cependant, les ayants droit historiques restent mobilisés et en 2004, ils créent l’association Abrinaz pour la gestion de l’eau de Targa.

 

Pour accéder à l’ouvrage : Tiznit Ain Aqdim Goeury Naji Boumzgou 2016

Crédits photographiques :

Images d’archives et cartes postales : Collection Ahmed Boumzgou, Collection de cartes postales du Maroc de Joseph Brunet-Jailly et photographies de Tiznit de la Maison de la Photographie de Marrakech MPM, © tous droits réservés. Que toutes les personnes qui nous ont permis d’utiliser leurs fonds soient chaleureusement ici remerciées, notamment Patrick Mana’ch, Hamid Mergani et Frédéric Jenny.

Photographies contemporaines : © David Goeury tous droits réservés. Reproduction interdite.

Cartes : © David Goeury tous droits réservés. Reproduction interdite.

Iconographie et plans : © Agence d’architecture Salima Naji tous droits réservés. Reproduction interdite.

 

Séminaire Agricultures, territoires et développement durable du CIST, le 26 novembre 2015

Date 26 novembre 2015 // 14:00 – 17:00

Cette séance du séminaire de l’axe Agricultures, territoires et développement durable du Collège international en sciences du territoire se tient au centre CNRS,2 rue Valette, Paris 5e

– David Goeury (chercheur associé au Centre Jacques Berque, Rabat) – Histoire, mémoire et devenir du périmètre irrigué de Targa (Tiznit, région Sous-Massa, Maroc). Quelle place pour l’agriculture urbaine dans une région d’agriculture intensive ?

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Agriculture familiale : transformation et continuité

Le périmètre de Targa est dominé par une agriculture familiale.

Les exploitations de petite taille sont dédiées à la polyculture. Le découpage historique entre Targa n’Zit (le périmètre irrigué des oliviers, à l’ouest de l’oued Toukhsine) et Targa n’Oussenghar (le périmètre irrigué du maïs à l’est de l’oued Toukhsine)  a été profondément modifié depuis les années 1970. La culture de l’oliviers s’est déplacée sur la rive orientale tandis que désormais la rive occidentale a été progressivement abandonnée pour se développer plus au nord.

Aujourd’hui, les agriculteurs mettent en oeuvre une culture étagée mêlant arboriculture (oliviers majoritairement), céréaliculture et maraîchage.

Assolement du périmètre irrigué de Targa observé en mars 2015.

Assolement du périmètre irrigué de Targa observé en mars 2015.

Il existe autant de mise en oeuvre que d’exploitant, chacun élaborant un système productif spécifique selon la taille de ces parcelles, la disponibilité de l’eau et le nombre de membre de la famille impliqués.

Ici, sur la parcelle irrigué de façon gravitaire est décomposée en casiers. Les buttées sont plantées de maïs destiné à l’ensilage animal tandis que le casier est dédié à des herbacées (menthe, coriandre) ou à des tubercules. A une centaine de mètres, un autre agriculteur privilégie des parcelles entières de maïs à haut rendement, irrigués en goutte en goutte, dont les épis sont vendus à des marchands ambulants qui les proposent grillés sur le souk et dans la ville et dont le reste de la plante est ensilé pour l’alimentation bovine.

Cependant, il apparaît un modèle désormais dominant qui est l’élevage bovin laitier. Les parcelles sont ensemencées de luzerne afin de nourrir des vaches laitières en stabulation. Si certains vendent le lait et surtout le petit lait au nord de la médina, la plupart s’est regroupée au sein d’une coopérative qui appartient au réseau COPAG et qui commercialise ses produits à l’échelle nationale sous la marque Jaouda. Le litre de lait leur est acheté à 4 dhs (soit 0,35 centimes d’euros), si bien que 3 à 4 vaches permettent de faire vivre un ménage.