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Tiznit de 1971 à 2023 à travers les images Landsat

Figure 1 : Tiznit de 1971 à 2023 à travers les images Landsat (source : https://apps.sentinel-hub.com/eo-browser/). Crédits : David Goeury

Figure tirée de : David Goeury, 2024, “Régénérer les terres par la réutilisation agricole des eaux urbaines épurées : refonder des métabolismes agriurbains“, Historiens & Géographes, 467, août 2024, p.64-75.

Butinage et transhumance des abeilles : les dilemmes d’un apiculteur face à la sécheresse

Par David Goeury et Hind Ftouhi

A quelques centaines de mètres à l’est du périmètre d’Attebane, à l’écart de toute habitation, plusieurs centaines de ruches sont installées au milieu d’un terrain caillouteux. Elles appartiennent à un apiculteur professionnel qui après avoir débuté une carrière de commerçant s’est passionné pour les abeilles.

Installé à Tiznit et organisé en coopérative familiale afin de pouvoir satisfaire aux exigences de l’Office Nationale de Santé et de Sécurité Alimentaire (ONSSA), il produit du miel et reproduit également des reines, ce qui lui permet de vendre chaque année plusieurs dizaines de ruches.

Voir le territoire depuis les abeilles permet de révéler à la fois les transformations climatiques, environnementales mais aussi socio-économiques d’une région allant des lisières sahariennes, la province d’Assa-Zag, jusqu’aux plaines atlantiques, la province d’Essaouira.

Lorsque le climat est favorable, la pluie abondante, « chacun reste chez soi » et ne se déplace que de quelques kilomètres.

Depuis Attebane, au printemps, il a pour habitude de se rendre vers le nord à proximité du terrain de parcours réglementé d’El Maader. Ce vaste projet pilote du ministère de l’Agriculture est à l’arrêt en raison de conflits fonciers complexes opposant les autorités communales aux autorités historiques autour des terres collectives : « L’accès est fermé. L’herbe y pousse jusqu’à ce qu’elle sèche. J’installe mes ruches à proximité et les abeilles passent au-dessus des grillages pour butiner durant plusieurs mois ». A l’été, il se rend dans les zones dites forestières des villages du piedmont occidental de l’Anti-Atlas pour s’installer au milieu des champs d’euphorbe. Il entretient d’excellentes relations avec une communauté villageoise où il a l’habitude de s’installer contre quelques centaines de dirhams. Entre ces deux moments, selon la pluviométrie, il peut se rendre soit plus au sud vers la vallée du Draa dans la province d’Assa, soit plus au nord dans la province de Taroudant, dans les vergers d’orangers. Puis, à l’automne, il vend une partie des ruches qu’il a dupliquées, avant de mettre les abeilles au repos afin qu’elles « soient fortes » et puissent repartir butiner au mois de janvier.

Ce schéma est loin d’être routinier, car selon les conditions climatiques, les séjours peuvent être plus ou moins raccourcis, voire annulés. L’année 2024 s’est avérée particulièrement compliquée. L’absence de pluie a empêché tout déploiement vers les terrains de parcours d’El Maader, l’apiculteur a donc démultiplié les reconnaissances en voiture pour chercher des points favorables où installer ses ruches. Or, la sécheresse a touché tout autant la région de Marrakech-Safi compromettant toute installation plus au nord dans la province d’Essaouira. Le repli vers les grandes exploitations d’agrumes a été rendu impossible par la généralisation d’un nouvel insecticide, le Décis Protech de Bayer, particulièrement dangereux pour les abeilles. Moins cher que les insecticides utilisés, il est utilisé désormais quasi systématiquement dans la province de Taroudant. Enfin, le recours à la grande transhumance présente aussi un risque de contamination des essaims par les nombreux virus qui affectent l’abeille jaune saharienne. L’usage croissant d’essaims d’abeilles dites noires, venues d’Europe, s’est accompagné d’un nombre grandissant de parasites et virus transmis aux abeilles locales sahariennes. L’apiculteur évite de s’approcher des autres colonies en transhumance, en particulier celles provenant de la région de Béni Mellal, régulièrement infectées. Lorsqu’il voit un autre apiculteur s’installer à proximité, il lui demande de s’éloigner ; en cas de refus, il préfère quitter les lieux afin d’éviter que ses ruches ne tombent malades. Dans un contexte de sécheresse et de forte valorisation du miel d’euphorbe, de nombreux apiculteurs s’installent dans l’Anti-Atlas, notamment au sud de Tiznit, autour de Lakhsass,, n’hésitant pas à parcourir plusieurs centaines de kilomètres.

Le premier semestre 2024 a donc été très maigre. Les abeilles n’ont pu butiner que quelques semaines en dehors de leur camp de base d’Attebane.

Attebane reste alors un point de survie car malgré la présence des eaux usées, les oliviers n’ont pas fleuri et la focalisation sur la luzerne ne permet pas de produire du miel en forte quantité. Beaucoup d’agriculteurs coupent la luzerne avant sa floraison. Pour ajouter aux difficultés, il a dû faire face à une invasion de guêpiers d’Europe, qui hivernent en Afrique de l’Ouest et ont stationné près de trois semaines dans la région de Souss-Massa au mois de mars, terrorisant ses essaims et décimant ses ruches.. Au final, il n’a plus procédé qu’à une seule collecte de miel contre trois habituellement. Or, ce miel n’est pas le produit des fleurs mais d’un apport continu en sucre. Pour sauver ses abeilles et leur éviter de mourir de faim, l’apiculteur en est réduit à apporter près de 175 kg de sucre tous les deux jours soit près de 3 tonnes par mois. Le produit est un miel de sucre de piètre qualité vendu à bas prix. Alors que les abeilles sont des créatures qui sont sensées trouver de quoi se nourrir grâce aux largesses environnementales, elles sont alors réduites à un cheptel nourri à l’aliment industriel. Par conséquent, l’année 2024 sera une année sans rentabilité.

Guêpier d’Europe. Crédits : David Goeury

Comparaison du couvert végétal au nord de l’agglomération de Tiznit entre octobre 2017 et octobre 2023 de avec les images Sentinel-2

Figure 4 : Comparaison du couvert végétal entre octobre 2017 et octobre 2023 avec les images Sentinel-2 (source : https://apps.sentinel-hub.com/eo-browser/)

Figure tirée de : David Goeury, 2024, “Régénérer les terres par la réutilisation agricole des eaux urbaines épurées : refonder des métabolismes agriurbains“, Historiens & Géographes, 467, août 2024, p.64-75.

Tiznit de 1971 à 2021, du métabolisme agriurbain à une agglomération gangrénée de communs négatifs.

Figure 2 : Tiznit de 1971 à 2021, du métabolisme agriurbain à une agglomération gangrénée de communs négatifs. Cartes comparatives réalisées par David Goeury.

La forte croissance démographique et économique amène à l’émergence de communs négatifs

Régénérer les terres par la réutilisation agricole des eaux urbaines épurées : refonder des métabolismes agriurbains

Paru dans Historiens & Géographes, 467, août 2024, p.64-75

Citation : David Goeury, 2024, “Régénérer les terres par la réutilisation agricole des eaux urbaines épurées : refonder des métabolismes agriurbains”, Historiens & Géographes, 467, août 2024, p.64-75.

Résumé :

Durant des millénaires villes et agricultures étaient consubstantielles autour notamment du cycle du phosphore qui liait plantes, humains et animaux d’élevage. Le développement urbain du XXe siècle s’est fait aux dépens des terres nourricières. A la logique du recyclage par la fertilisation des sols s’est substituée celle de la contamination croissante d’espaces périphériques aux effets environnementaux de plus en plus dévastateurs. Face à la multiplication de ces communs négatifs, il est nécessaire de penser la relation entre technologies et alliances interspécifiques. A travers l’exemple de la réutilisation agricole des eaux usées épurées dans une cité oasienne marocaine, il est possible de discuter comment plantes et animaux peuvent être mobilisés pour rétablir des activités nourricières autour d’espaces contaminés. Cette étude de cas permet alors de réfléchir à un nouveau métabolisme agriurbain liant santé, environnement et sécurité alimentaire dans un contexte de réchauffement climatique accéléré. Il s’avère alors une opportunité pour proposer un nouveau permaurbanisme intégrant habitat et agriculture selon la logique des flux de matières et des cycles vivants.

Sont accessibles ici toutes le texte, les figures en version couleur et les références bibliographiques.

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Couper la luzerne : récits de deux « patronas » Yamna et Mina

Par Hind Ftouhi et David Goeury

Sur les parcelles s’activent des équipes de femmes qui coupent la luzerne. Ces femmes ne sont pas des propriétaires de parcelles, elles s’embauchent à la demi-journée. Elles vivent dans des petits logements qui ne leurs permettent pas d’avoir des animaux ou des jardins. La question est de comprendre comment cette activité très spécifique s’insère dans les trajectoires de ces femmes urbaines. La ville de Tiznit est au cœur d’une économie agricole où le salariat se développe très rapidement du fait de la demande croissante de main d’œuvre des fermes de Chtouka et notamment de Belfaa. Les bus se multiplient pour emmener de plus en plus de femmes tôt le matin vers ces grandes unités qui exportent des produits fragiles (tomates cerises, fruits rouges) vers l’Europe et l’Amérique du Nord. Ces femmes sont désormais déclarées à la CNSS et disposent d’un salaire mensuel qui respecte la législation marocaine (près de 3000 dhs par mois). Alors qui sont ces femmes qui restent à Tiznit pour couper la luzerne pour une rémunération équivalente à 60 dhs la demi-journée sans cotisations sociales et sans garantie d’un travail régulier.

Ces femmes ont une connaissance très précise des opportunités d’emploi et plusieurs d’entre elles ont travaillé dans les grandes exploitations agricoles de Chtouka. Elles opèrent des choix fondés sur une connaissance précise des deux systèmes. La précarité apparaît alors comme un choix rationnel permettant d’articuler une activité professionnelle à de multiples contraintes familiales et personnelles.

Ici, nous allons revenir sur la trajectoire de deux femmes qui jouent un rôle essentiel car elles sont celles qui organisent les équipes de coupeuses de luzerne. Elles sont désignées par les agriculteurs comme « patrona » ou « cheffa » qui sont la féminisation en arabe dialectal des termes français de patron et de chef.

Coupeuses de luzerne sur une parcelle récemment remise en culture grâce à la réutilisation des eaux usées épurées. Crédits : David Goeury
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Maïs grillé et sangliers : cultiver pour un petit plaisir culinaire malgré tout.

Par David Goeury et Hind Ftouhi

Sans cesse revient le débat entre clore sa parcelle et cultiver les variétés de son choix ou s’assurer que les plantes cultivées n’attireront pas les appétits des hardes de sangliers qui prolifèrent. A Taghzout, les sangliers descendent régulièrement des montagnes alentours depuis que les figuiers de barbarie ont disparu.

Aïcha est célibataire. Elle a la quarantaine. Elle a quitté l’école en deuxième année primaire pour s’occuper des tâches ménagères et du bétail familial. Elle vit seul avec son père qui est un maçon à la retraite. Sa mère est morte tandis que ses frères ont quitté le village. Depuis quatre années, elle cultive la parcelle de son oncle maternel qui habite désormais Agadir. Son oncle est un instituteur à la retraite. Lors de ses passages au village, il prend une partie de la production notamment des oliviers.

Aïcha multiplie les petites planches de culture : de la coriandre, des betteraves, des carottes, du melon et des oliviers. Dans un coin de parcelle, des feuilles de maïs sont dispersées sur le sol, traces d’une attaque de sangliers. Les animaux particulièrement nombreux n’hésitent pas à sauter par-dessus les haies vives. Ils envahissent régulièrement les parcelles qui ne sont pas grillagées ou emmurées. Les sangliers raffolent du maïs. Ils dévorent les plants sans toucher aux autres cultures comme les carottes ou les betteraves.

Malgré cela, Aïcha continue à planter du maïs. Elle fait tremper les grains dans un petit seau pour qu’ils germent et poussent plus rapidement. Elle a appris cette technique en écoutant ses voisines qui ont bénéficié des formations agricoles organisées dans le cadre du projet agroécologique.

La culture du maïs est un de ses plaisirs. Ses yeux brillent et elle rit lorsqu’elle explique qu’elle cultive le maïs avant tout pour elle, pour pouvoir manger les épis grillés. En cas de récolte abondante, elle donne le surplus à ses voisins.

La parcelle de son oncle est un lieu où elle s’épanouie et fait des choses pour elle. Avant que nous la quittions, elle tient à nous montrer le petit abri installé à l’extrémité de la parcelle au bord de l’oued. C’est là qu’elle s’installe, qu’elle prépare un thé ou qu’elle prend une petite collation.

Quand la terre est malade. Épuisement des sols.

Par David Goeury et Hind Ftouhi

Nous arrivons à l’entrée de la parcelle et demandons à Hamed si nous pouvons la visiter. Il nous dit tout de suite : « Que veux-tu voir ? Tout est malade ! ». Nous lui demandons : « Est-ce un problème d’eau ? ». Il nous répond : « Non, j’ai de l’eau, c’est la terre qui est malade ! ».

Hamed était maçon en même temps qu’il travaillait sa terre à Taghzout avec les eaux détournées des crues de l’oued. Il cultivait des céréales. Cependant, lorsqu’il dépasse la soixantaine d’années, il tombe malade et devient asthmatique. En 2013, il décide d’arrêter son activité de maçon et de se concentrer sur sa parcelle agricole. Il profite du creusement d’un puits par le ministère de l’Agriculture à partir duquel il est possible d’avoir de l’eau tous les trois jours. Il obtient aussi des plants d’oliviers, de citronniers et d’orangers. Il se lance alors dans la production de persils et de coriandre pour les vendre directement au souk hebdomadaire du mercredi d’Arbaa Sahel. Il produit jusqu’à une trentaine de bottes. Il est connu et a un réseau de clients fidèles. Ce petit apport monétaire lui permet d’acheter quelques denrées qu’il ne produit pas et de compléter ce que lui envoient ses fils qui travaillent en ville.

Il participe de la coopérative agroécologique lancée par l’association Migration et Développement dans le cadre d’un financement de l’Agence française de développement et de la Fondation de France. Il diversifie sa production notamment avec de nouvelles variétés de courgettes, des tomates cerises qu’il associe avec du maïs. Il apprend à greffer les pommiers et les poiriers. Cependant au fil des années à partir de 2020, le rendement de sa terre diminue. Il ajoute du fumier mais rien n’y fait. La parcelle est de moins en moins productive. Les plantes poussent de façon sporadique. La terre n’arrive plus à soutenir la croissance du maïs. Seule la luzerne résiste et se maintient. En revanche, la coriandre et le persil jaunissent. Les courgettes ne poussent pas. Plusieurs parties de la parcelle ne donnent plus rien.

Pour lui, la terre est malade.   Il n’est pas le seul concerné. Ses voisins aussi connaissent ces mêmes baisses de rendement. Son voisin qui a voulu produire des pastèques n’a obtenu aucune récolte. Sa voisine n’a qu’une maigre récolte de légumes et produit surtout des fleurs.

Pourquoi la terre s’est elle appauvrie ? Est-ce lié à un épuisement des sols par la multiplication de cultures exigeantes sans rotations ou sans apports d’engrais suffisant ? Est-ce l’absence d’apports en limons depuis près de 10 ans ? La dernière crue date de 2014. Est-ce la conjonction avec une situation climatique particulière avec des nuages bas stationnaires sous forme de brouillard durant plusieurs semaines en juin qui ont empêché de nombreuses plantes de pousser et de mûrir ?

Hamed est assez désemparé. Il se focalise sur ce qui pousse, sa luzerne et ses arbres. Il prend soin de ses pommiers qu’il greffe avec passion.

Élever des vaches sans terre : un jeune entrepreneur agricole

Par Hind Ftouhi et David Goeury

Hoceine est un jeune éleveur d’Attebane de 35 ans. Hoceine aime les vaches depuis tout petit. Dans son étable, les vaches viennent à lui, demandent à être caressées. Il vit  avec sa famille, son père, sa mère et son frère qui est toujours au lycée. Il a décidé d’arrêter de multiplier les petits métiers et de revenir au village pour élever des vaches et cela sans disposer réellement de terres agricoles.

Sa famille est installée à Attebane depuis plusieurs générations mais ne possède que des petites parcelles. Après avoir arrêté les études en sixième année primaire et renoncé à poursuivre des études secondaires, il essaie « tous les métiers possibles ». Il travaille dans les poulaillers industriels, dans les grandes fermes, au souk. Il habite durant plus d’un an et demi à Marrakech puis à Agadir avant de revenir à Tiznit. Mais pour lui, tout cela ne menait à rien. Il avait l’impression que son travail était vain. A la fin du mois, une fois le loyer et la nourriture payée, il ne lui restait que 400 ou 500 dhs, soit une somme ridicule. De plus, il fallait qu’il compose avec le facteur humain, « des gars avec qui il est difficile de travailler ». Il est donc revenu à Tiznit pour épargner et lancer son projet d’élevage.

La famille de Hoceine s’était déjà lancée dans l’élevage, et c’est d’ailleurs lui qui avait été inscrit comme membre de la coopérative laitière en 2010, au moment où son père et sa mère souhaitaient développer l’élevage laitier.. Il décrit cette inscription comme fortuite, parce que son père n’avait pas sa carte d’identité nationale sous la main, mais de fait Hoceine aime l’élevage. Ses parents finalement se découragent au bout de quelques années du fait du manque d’eau et de fourrage.

En 2020, juste avant la pandémie de « Corona », il avait économisé suffisamment pour acheter une vache à un éleveur du Tazeroualt, puis il décida de se consacrer uniquement à l’élevage.Les débuts sont difficiles car il ne dégage pas suffisamment de bénéfices. Mais grâce à la vente de son premier veau, il peut acheter une deuxième vache, puis une troisième, et ainsi de suite, jusqu’à atteindre le rythme d’une vache par an.

Pour réussir cette croissance rapide dans un contexte   marqué par l’inflation des prix des aliments, des tensions sur les prix du lait et de la viande bovine , Hoceine s’est résigné  à développer une stratégie fondée sur la location de parcelles agricoles. Alors que six familles dans le village ont renoncé à élever des vaches, trouvant l’activité trop coûteuse. Houcine persévère car il aime les vaches et ne souhaite pas repartir travailler à droite et à gauche. Il a investi dans une vache croisée moins exigeante qu’une vache Holstein. Cette vache a été inséminée par une semence d’Holstein. Ainsi, petit à petit, génération après génération, il améliore son troupeau. Il dispose désormais de cinq vaches. Les génisses nées chez lui ne sont pas encore confirmées comme des laitières. Une des vaches peine à être pleine.

Surtout, il travaille dur et mobilise les autres membres de sa famille, son père, sa mère et son jeune frère encore au lycée. Son projet est aussi un projet familial. Il ne prend pas de vacances ; même le jour de l’Aïd Kébir, il faut nourrir et traire deux fois les vaches. Pour l’alimentation de ses animaux, il a compensé son manque de terres par sa bonne réputation. Hoceine est reconnu comme un homme sérieux et fiable, si bien que des voisins lui confient leurs parcelles, situées à proximité des bornes de distribution des eaux usées traitées. Il paie l’eau à l’association des irrigants Ibharen, les semences et verse un loyer d’environ 1 000 dhs à chaque coupe de luzerne, soit toutes les six à huit semaines, plutôt que mensuellement. Cet accord tient aussi au fait que de nombreuses parcelles sont plantées d’oliviers dont l’intégralité des fruits est récoltée par les propriétaires. Les deux parties en retirent ainsi un intérêt mutuel : Hoceine irrigue les oliviers en même temps que sa luzerne, qui lui revient, tandis que les olives restent la propriété des propriétaires. Hoceine recrute une équipe d’ouvrière par l’intermédiaire d’une « patrona » Pour assurer la coupe de la luzerne. Enfin pour les aliments complémentaires, il achète, tantôt auprès de la coopérative, tantôt au souk selon les prix.

Hoceine incarne la figure du jeune entrepreneur agricole même s’il ne bénéficie d’aucune aide de l’Etat. Sa réussite est le fruit de sa pugnacité, du soutien de sa famille, de la bienveillance de ces voisins mais aussi de son intégration aux structures agricoles que sont la coopérative laitière et l’association des usagers des eaux usées épurées. Au sein de la communauté des jeunes agriculteurs, il est estimé, voire admiré. Il a enfin trouvé sa place loin de la course effrénée aux emplois de mauvaise qualité de ville en ville. Hoceine rêve d’avoir 20 vaches ; encore faudrait-il agrandir l’étable et sécuriser l’approvisionnement en eau.

 

Etable entre les murs de la maison en pisé à Attebane. Crédits : David Goeury

Ce qui est semé, ce qui est planté, ce qui pousse. La place des adventices dans une exploitation agricole en culture irriguée de Doutarga.

Par David Goeury et Amandine Vaccaielli

Au milieu de la vaste exploitation familiale à l’extrémité nord du périmètre irrigué, nous nous arrêtons quelques minutes à l’angle de 4 planches de cultures. La partie sud est irriguée par l’eau filtrée de la station d’épuration depuis une borne qui se trouve en bordure de parcelle. La partie au nord est irriguée grâce à un puits sur la nappe qui se trouve à proximité de la demeure familiale et qui est aussi utilisée pour l’approvisionnement de la famille en eau potable.

L’agriculteur s’arrête. Il pointe les parcelles sud à proximité de la borne

« Ici, nous avons semé de la luzerne. Là tu vois c’est rabie (littéralement ce terme désigne le printemps en arabe mais ici il désigne l’herbe qui pousse seule soit en l’occurrence un mélange d’adventices dominé par de la mauve et de la chenopodium murale). Cela pousse tout seul. Cela demande tout de même du travail. Il faut préparer la parcelle et l’irriguer. C’est pour le bétail. C’est aussi bon que la luzerne. Cela pousse aussi vite que la luzerne et tu la coupes. »

Puis, il se tourne et désigne les parcelles nord.

« Là tu vois, nous avons de la coriandre et ce que tu vois là avec ces grandes feuilles, c’est la mauve (khoubiza). C’est très demandé à Tiznit. Tu la vends au souk même plus cher que la coriandre qui ne rapporte pas grand-chose. Les gens mangent cela haché et en salade. C’est très apprécié. Cela pousse d’octobre à avril comme cela. On ne le sème pas. Cela vient tout seul. Tu vois ici les petites graines sur la plante, ce sont elles qui vont pousser.»

Mauve et coriandre. Crédits : David Goeury.
Graines de mauves présentées par l’agriculteur. Crédits : David Goeury
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Chauffeur et médiateur : collecter le lait tout en diffusant informations et bonnes pratiques

Par Hind Ftouhi, David Goeury, Mohamed Mouskite, Lucia Bordone et Amandine Vaccaielli

Un jeune collecteur de lait originaire de Bounamane nous décrit son métier au quotidien. Il a poursuivi ses études jusqu’à la deuxième année collège. Puis, il a arrêté ses études. Il a passé son permis de conduire à Tiznit en 2015 avant d’être recruté en 2020 comme chauffeur par la coopérative agricole de Bounamane. Il fait partie des jeunes recrutés par la coopérative agricole dont la caractéristique commune est d’être issus d’une famille dont aucun membre n’est adhérent de la coopérative. Il n’est donc pas issu d’une famille d’agriculteurs et il n’a pas suivi de formation agricole.

La coopérative a trois circuits de collecte : deux pour le secteur de Bounamane et un pour Tiznit et Targa dont il s’occupe. Il est en contact quotidien avec une quarantaine d’agriculteurs dont 11 femmes. Il effectue deux tournées. La première commence à 5h00 du matin et la seconde à 14h00.

Son rôle se limite normalement à prendre les bidons en acier inoxydable remplis de lait par les agriculteurs sur le pas de leur porte puis de l’apporter au technicien de la COPAG chargé de vérifier la qualité du lait avant de le transférer dans le tank. En même temps qu’il effectue la collecte, il doit distribuer les enveloppes contenant les paiements dédiés aux éleveurs, deux fois par mois,  mais aussi les informations administratives comme les convocations aux assemblées générales, les informations sur les opportunités de subvention pour l’achat d’aliments ou de vaches de race Holstein.

Il joue un rôle essentiel auprès des éleveurs et surtout des éleveuses qui se déplacent rarement à la coopérative.

Faire l’interface

Comme il le dit, il fait l’interface. Il transmet les informations, il répond aux questions des membres de la coopérative, il cherche les réponses ou les contacts de personnes qui ont la réponse. Parfois, il donne aussi des conseils. Il fait cela volontairement car recruté comme simple chauffeur, sa rémunération est liée uniquement au transport du lait et des enveloppes.

« Chaque fois qu’un agriculteur me demande quelque chose, je cherche la réponse ou la personne qui a la réponse ».

« Les éleveurs et les éleveuses ont souvent le même type de problème ».

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Faire de l’exercice : rencontre avec deux éleveuses âgées à Attebane 

Par Hind Ftouhi et David Goeury

En milieu de matinée, depuis les parcelles remontent des femmes à dos d’ânes chargés d’herbes fraîchement coupées. Assises au sommet des chouaris, ces femmes âgées retournent vers leurs demeures suivant le même sentier qui longe le maigre lit de l’oued Toukhsine qui se perd progressivement dans le périmètre. L’eau de crue saisonnière est remplacée depuis de longues années par l’eau d’écoulement issu de la station d’épuration qui nourrit une végétation proliférante d’herbes, de ricins et de cannes. La densité végétale et le sol gras d’humidité contraste fortement avec les terres desséchées par l’absence dramatique de pluies.

La première femme est originaire d’Aglou. Elle est veuve et mère de quatre fils et de quatre filles. Tous ces fils travaillent : deux sont Mokhaznis à Tiznit, un autre dans l’administration pénitentiaire, et le dernier est soudeur. En revanche, ces filles ne travaillent pas : deux filles sont mariées et femmes au foyer, tandis que deux autres sont toujours célibataires et vivent avec elle.

L’année dernière, elle a décidé d’acheter une jeune génisse beldi à une famille d’Attebane qui avait décidé d’arrêter l’élevage et de vendre l’intégralité de son troupeau : « Les familles sont fatiguées et de nombreuses familles ont vendu leur bétail car il n’y a pas assez d’aliments. Il manque de pluie. »

Elle voulait une vache pour s’occuper et surtout faire de l’exercice (riadha). Avoir une vache, signifie devoir bouger tous les jours un peu. Elle déclare : « je ne peux m’occuper que d’une seule vache car je n’ai pas les moyens pour une autre vache pour sa nourriture et tout le reste. La beldi peut être nourrie avec seulement de l’herbe que tu coupes à la différence de la roumi qui nécessite beaucoup de moyens. Je ne veux donner à la vache que l’herbe que je trouve ici alors que la vache roumi a besoin de fourrage, de de la betterave et des compléments alimentaires. Je n’ai pas les moyens pour cela. »

Sa vache est encore petite pour être inséminée.  Dès que sa vache aura du lait, elle s’inscrira à la coopérative.

Elle vient d’acheter un âne depuis deux jours à 500 dhs. Elle avait un âne avant mais il avait des difficultés à marcher. « Les gens abandonnent leurs ânes quand ils n’ont plus d’argent. »

 « Dès fois, les gens se débarrassent de leurs ânes pour 50 dhs ou 5 dhs. » surenchérit sa voisine

Elle a des parcelles mais elles sont en indivision. Elle y cultive un peu de luzerne. Parfois, elle ramène un peu de cette luzerne.  « Mais un sanglier a tout labouré comme un tracteur. » Alors aujourd’hui, elle a coupé de l’herbe sur une autre parcelle qui appartient à une femme de sa connaissance.

La seconde est veuve et vit avec les enfants de son mari qu’il a eu de sa première épouse. Elle déclare en riant «  C’est moi qui l’as tué, dès que je suis venu habiter chez lui, il est mort ! ». Son mari avait trois enfants, deux fils et une fille. Un fils habite à Tiznit et vient les voir régulièrement. L’autre qui est à Casablanca vient à chaque fête de l’aïd. La fille non mariée vit avec elle à Attebane. Elle déclare toujours avec ironie : « je ne possède rien, que dieu et son prophète ». Elle engraisse six moutons pour la fête de l’aïd el Adha. Elle a ni agneaux, ni brebis. Ces moutons sont pour elle, sa belle-fille et ses beaux-fils. Elle vient de couper de l’herbe le long du lit de l’oued sur des terres qui n’appartiennent à personne. Les parcelles familiales sont sèches. Elles pointent du doigt, les parcelles non irriguées et caillouteuse qui entoure le hameau. Et puis, elle rajoute : «  Je ne peux pas m’en occuper seule !»

Ces deux femmes sont emblématiques des nombreuses femmes âgées qui gravitent autour du périmètre d’Attebane et de la zone d’écoulement de l’eau de la STEP. Elles ne sont pas des éleveuses professionnelles, elles ne sont pas issues du village mais elles peuvent venir collecter les adventices qui prolifèrent dans les parcelles inondées par l’eau de la STEP. Elles investissent dans un âne, animal indispensable à leur déplacement et au transport de l’herbe fraîchement coupée. Elles peuvent alors développer un petit élevage familial avant tout pour s’occuper et fournir des biens alimentaires de qualité à leur famille. La vache beldi fournit du Lben, du beurre et du oudi (beurre rance), les moutons seront sacrifiés lors des retrouvailles familiales le jour de la fête du sacrifice. Pour le lait, certaines n’exclut pas de rejoindre la coopérative par facilité pour écouler les excédents de lait.

Chemin qui longe le chenal d’écoulement des eaux de la station d’épuration. Les bords sont les lieux privilégiés de collecte des femmes rencontrées. Crédits : David Goeury

Cultiver et cuisiner : passion personnelle, bonheurs familiaux. La parcelle agroécologique d’Aïcha

Par David Goeury, Irène Carpentier, Lucia Bordone et Khadija Zahi

Aicha nous guette sur le seuil de sa parcelle. Elle sait que nous allons remonter et passer à proximité d’elle. Elle nous attend. Elle a vu notre déception de ne pas rencontrer son voisin Driss retenu par des démarches administratives à Tiznit. Notre petit groupe remonte lentement le chemin et la salue poliment. Immédiatement, la conversation s’enclenche, elle nous invite à visiter son jardin dont elle est si fière.

Elle réside entre le village et la ville de Tiznit où vivent ses enfants et ses petits enfants. Son fils l’amène plusieurs fois par semaine dans la maison familiale pour qu’elle s’adonne à sa passion, le jardin. Pendant longtemps, elle n’a pas eu de jardin, elle avait appris quelques rudiments auprès de son père durant son enfance, mais une fois mariée et installée dans une vie urbaine, elle a délaissé cette activité. En 2017, elle avait alors seulement un petit jardin proche de la maison familiale dans le village où sont plantés des arbres fruitiers (citronniers, grenadiers, pommiers et oliviers) et quelques légumes qui sont désormais cultivés dans la nouvelle parcelle. Cependant, elle s’en occupait très peu. Elle a donc saisi l’opportunité de la formation en agroécologie organisée par l’association pour se lancer dans le jardinage, même si elle ne pouvait pas être membre de la coopérative féminine du fait de sa résidence à Tiznit.

Parcelle et enquête. Crédits :David Goeury

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Poulets et pigeons : élevages domestiques et intrus sous protection divine

Par Mohamed Mouskite et David Goeury

Fatima élève des poulets. Cette pratique complémentaire des pratiques d’engraissement des bovins et des ovins s’est fortement développée à Tiznit où de plus en plus de ménages sont à la recherche de poulets fermiers (beldis), surtout pendant la Nuit du Destin. Fatima est particulièrement fière d’y participer et souligne que c’est la grande nouveauté des dernières années.

Cependant, Fatima doit faire face à une situation inattendue : l’afflux de pigeons. Ces derniers ont été invités à s’installer dans des ruches en osier fixées sous le toit de l’étable. Cependant, ils sont venus s’installer en masse dans cette étable dédiée à l’engraissement et entrent désormais en compétition avec ses poulets en s’accaparant leur nourriture. Fatima, loin de rentrer en confrontation avec ces pigeons, déploie finalement une nouvelle stratégie d’élevage de ses poulets. Elle nous explique alors comment elle compose avec cet afflux de pigeons avides de grains pour organiser la cohabitation entre les êtres vivants.

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Développer un élevage laitier en famille à Doutarga  : un travail exigeant et collectif

Par Mohamed Mouskite, David Goeury, Khadija Zahi, Amandine Vaccaielli et Lucia Bordone

Fatima est une éleveuse que nous connaissons depuis plus de 7 années déjà. En 2016, elle était avec sa voisine Fadma l’une des deux seules femmes enregistrées en son nom personnel au sein de la coopérative laitière qui collectait le lait depuis un petit dépôt installé au sud de la ville de Tiznit dans un espace mis à disposition par la direction provinciale de l’agriculture à destination de la COPAG. Lorsque nous revenons à Doutarga pour enquêter les femmes inscrites comme membre de la coopérative de Bounamane qui a pris le relais désormais, c’est immédiatement vers elle que les autorités nous réorientent. Elle est sur sa parcelle mais n’hésite pas une seconde à interrompre la cueillette de la luzerne qu’elle laisse à sa fille pour nous rejoindre avec un enthousiasme non feint. Elle se souvient de nous et surtout elle veut nous montrer les nouveautés. Elle nous informe que  Fadma a délaissé l’élevage bovin, après l’émigration de son fils. Devant son étable, nous retrouvons une de ses filles entrain de décharger la récolte quotidienne de luzerne. Elle esquive la conversation, en disant simplement qu’elle aide sa mère pour lui laissé toute la place. Lorsque nous entrons dans l’étable dédiée à l’engraissement, elle s’exclame : « photographiez les poulets. C’est nouveau cela ». Commence alors un très long entretien durant lequel Fatima va présenter les transformations de son exploitation.

Alors que le Maroc connaît une sécheresse particulièrement sévère depuis 6 années et un recul de la production laitière qui a obligé le ministère à multiplier les aides à la reconstitution des cheptels en 2023, Fatima a fortement développé son cheptel disposant désormais de plusieurs vaches laitières de race holstein et en engraissant de nombreux veaux. Son cheptel a été multiplié par plus de trois. A cela, elle a ajouté une activité d’élevage de poulets. Cette dynamique entrepreneuriale l’amène à privilégier un nouveau registre de langage, celui du travail bien fait.

Ici, nous détaillerons avant tout son activité d’éleveuse de vaches laitières pour interroger son rapport au travail, l’organisation familiale que cela suppose, la relation à la performance productive des animaux et enfin le défi d’intégrer une structure de coopérative laitière.

Récolte de luzerne journalière. Crédits : David Goeury

Travail consciencieux et pénibilité : l’éthique au travail

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Les trois sœurs à Taghzout : parcelle agrocécologique entre savoirs localisés et circulations des pratiques internationales

Par David Goeury, Mohamed Mouskite et Lucia Bordone

Driss cultive une parcelle à Taghzout. Il a suivi une formation agroécologique organisée par l’association Tamount en partenariat avec l’association Migration et Développement, financée par l’Agence Française de Développement. « Deux ans de formation. Chaque mois, 2 jours. On pratique sur place (sur le lieu de formation, dans la ferme – jardin agroécologique). Mais on pratique aussi dans nos champs à nous. C’est-à-dire le formateur vient pour regarder. »

Il fait visiter régulièrement sa parcelle aux visiteurs et à ses clients, notamment celles et ceux qui viennent directement chez lui pour acheter des produits biologiques. La parcelle s’organise en longueur avec une pente allant d’ouest en est vers le lit de l’oued. Elle est équipée d’un puits et de panneaux solaires.  Le haut de la parcelle comprend une petite pépinière sous bâches plastiques pour les plants les plus fragiles susceptibles d’être picorés par les oiseaux comme les salades, d’une petite pergola pour accueillir les visiteurs et d’un bloc technique en ciment abritant le dispositif de pompage mais servant aussi de lieu de stockage pour les outils et le petit matériel. Deux allées le long des clôtures nord et sud permettent d’accéder aux cultures qui sont organisées en une série de planches de culture très denses irriguées par un dispositif de goutte à goutte. Des arbres ont été plantés le long du chemin d’accès.

La discussion dans la parcelle autour des différentes plantes et des pratiques culturales permet de saisir comment le jeune agriculteur s’est approprié les connaissances transmises lors des formations en agroécologie et surtout comment il les a intégrées aux connaissances acquises dans le cadre des pratiques familiales.

Ici, nous livrons deux courts extraits emblématiques de cette situation : le premier à propos des “trois soeurs” ou Milpa, le second à propos des orties. 

Cet entretien est le produit d’une conversation collective où Driss varie les langues, utilisant tantôt le français, l’arabe et le tachelhit en fonction de la langue de la personne qui pose la question mais aussi du sujet. Ici, sont regroupées une partie de ses réponses.

Au-delà des trois sœurs, une agriculture symbiotique

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Derrière l’échec de l’entreprise collective, assurer une nourriture de qualité à sa famille. Le cas d’une petite agricultrice

Par David Goeury et Amandine Vaccaielli

Fatima est emblématique de ces femmes cultivatrices. Dans un contexte de profonde transformation des activités villageoises, elle est très intéressée par les initiatives collectives notamment pour faire quelque chose, apprendre et éventuellement disposer de ressources monétaires mêmes minimes. Cependant, pour développer son activité, elle doit être intégrée à une dynamique collective, soit une coopérative, soit une petite entreprise familiale. En effet, la fin de la coopérative et le refus de ses fils de s’impliquer dans les activités agricoles ont mis fin à la commercialisation de ses produits. Malgré ces deux coups du sort, elle maintient son activité productive qui lui permet de fournir à sa famille une alimentation de qualité à moindre coût.

La localité de Taghzout a bénéficié d’une initiative associant formation à l’agroécologie et création d’une coopérative de femmes semencières portée par les associations Tamounte et Migration et Développement, avec le  financement par l’Agence Française pour le Développement(AFD). La coopérative est aujourd’hui dissoute. Une série d’entretien menée avec des femmes de Taghzout qui continuent à cultiver leurs parcelles permet de comprendre les effets complexes d’un tel projet.

Fatima est mariée à un maçon et mère de quatre enfants, trois garçons et une fille. Le plus petit a 9 ans est en 4e année primaire. Ses autres enfants sont plus âgés et ont arrêté leurs études après le lycée pour ses deux autres garçons tandis que sa fille a obtenu une licence. Sa fille et son garçon aîné travaillent dans la pâtisserie de leur oncle à Sidi Bibi. Fatima cultive une parcelle de la famille de son mari qui est irriguée grâce à un puits collectif.

Elle décrit son activité comme un passe-temps : « Nous n’avons rien à faire et donc on s’occupe de cela. » Cependant, elle précise « Grâce à cela, on se nourrit tout l’hiver. En revanche l’été, tout devient sec et on achète les légumes au souk. »

Elle a trois chèvres, une brebis et des poulets. Elle ajoute :« A l’époque quand il y avait de la pluie, on avait plus de bétail et une vache mais par le manque de pluie et de luzerne, on a vendu la vache. »

Écouter Fatima permet de saisir trois enjeux de l’activité agricole féminine : entreprendre avec ses voisines, entreprendre avec sa famille, nourrir les siens.

Parcelle de Fatima à Taghzout. Crédits : David Goeury

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Oasis agri-urban metabolism as a source of paleo-innovation forcoping with global warming. 11/12/2023 COP 28

 

  • 11 December
  • 11:00 am – 12:00 pm
  • ECD Hall, ECD Pavilion
Dr David Goeury, Sorbonne University
Oasis societies have established multi-millennia microclimates in contexts of extreme aridity and heat, through the implementation of urban planning that combines dense housing and intensive agriculture. They allied themselves with singular plants and developed complex technologies mobilizing local resources. Oasis agri-urban systems are based on interlocking circular economies linking construction and agriculture, while also acting as relays for the great land-based trade routes. These oasis societies have been progressively disqualified in favor of an industrial-urban metabolism based on fossil fuels and the mobilization of materials from all over the world. Yet these industrial-urban metabolisms are incapable of establishing livable microclimates. On the contrary, they generate high levels of local air, water and soil pollution. They also generate enormous quantities of greenhouse gases. Today’s urgent need to adapt large cities means that hypothetical technological solutions appear incapable of reducing global warming. On the other hand, oasis metabolism is proving to be a source of palaeoinnovation – the possibility of drawing inspiration from past innovations to define a liveable future. We’ll be looking at two ways of establishing new, sustainable agri-urban metabolisms: the reuse of treated wastewater and eco-construction. We’ll show how it’s possible to move away from industrial logics linking extractivism and waste demultiplication and set up looping logics instead.
 

Conférence “la place des enfants de l’oasis de Tiznit (Maroc) dans la réactivation d’une place publique”, Marseille le 8 décembre 2023.

Vendredi 8 décembre, 9h-11h

Campus Saint-Charles – Espace Yves Mathieu, Marseille.

Salle de conférences n°15-405

Dans le cadre du projet de recherche:

PRENDRE PLACE : ENFANCES, ADOLESCENCES ET TRANSFORMATIONS URBAINES EN MÉDITERRANÉE

dirigé par  Nadja Monnet (ethnographe de l’urbain, LAA-LAVUE, ENSAM), Gwenaëlle Audren (géographe, TELEMME, MMSH, Inspé- AMU), Claire Fonticelli (paysagiste et urbaniste, LIEU, LAREP, ENSP, IUT-AMU) et Maria-Antonietta Impedovo (psychologue, ADEF, InspéAMU)

Dialogue entre Marc Breviglieri (spécialiste de l’enfance, professeur à l’HES.SO-HETS Genève et chercheur au CRESSON-laboratoire AAU) et David Goeury (chercheur à l’HES.SO-HETS Genève et au laboratoire Médiations, Sciences des lieux, sciences des liens) sur la place des enfants de l’oasis de Tiznit (Maroc) dans la réactivation d’une place publique.

L’enfance par la voix du mythe, Marc Breviglieri (HES.SO-HETS Genève et CRESSON-laboratoire AAU)
Cette communication prendra appui sur un travail d’observation consacré aux manières dont les enfants de l’oasis de Tiznit (Maroc) ont contribué à redonner vie à un lieu public dont le noyau sacré est une source. Le site en question a été récemment réaménagé par l’architecte-anthropologue Salima Naji. Soucieuse d’ouvrir cet espace public à celles et ceux qui en ont le plus besoin, celle-ci a permis la régénération d’usages anciens et de croyances héritées du lieu. De sorte que le renouveau de la fréquentation de cette source s’est vu accompagnée de la résurgence d’un mythe fondateur dont la portée de sens résonne aujourd’hui dans l’activité ludique des enfants.

Soins oasiens, renouveler les alliances multispécifiques. Enfants, végétaux et déchets, David Goeury (HES.SO-HETS Genève et laboratoire Médiations, Sciences des lieux, sciences des liens)
Dans le cadre de l’initiative Landscape of Care portée par Salima Naji et Carolyn Strauss, des initiatives multiples ont été déployées dans l’oasis de Tiznit, la Targa.
Parmi ces initiatives, il a été organisé en partenariat avec l’association Abrinaz et l’artiste Cocky Eek des ateliers créatifs à destination des enfants visant à repenser les liens oasiens. Ces ateliers venaient renouveler la tradition de la mascarade historique réalisée par les adolescents de sexe masculin, appelée Imaachar. En préparation de cette mascarade, les adolescents collectent des végétaux, des peaux de bêtes et des vieux vêtements dans le périmètre irrigué pour former une joyeuse équipée qui circule de quartier en quartier, quémandant quelques pièces. Dans ce nouveau projet, il s’agissait de travailler avec des plus jeunes des deux sexes pour façonner de nouveaux masques hybrides liant éléments végétaux et plastiques. Une fois les éléments réunis, les enfants ont défilé dans une bruyante farandole pour revenir vers les habitats derrière un monstre prenant la forme d’un dragon.

Pour s’inscrire à la conférence :

Rôle des enfants à Tiznit (Maroc) | Prendre place : bienvenue jeunesses! (hypotheses.org)

Travailler et irriguer pour les autres à Ouijjane. Khammessat, la fin de l’histoire ?

Par Irène Carpentier et David Goeury

L’oasis d’Ouijjane est une des oasis historiques du piémont de l’Anti-Atlas qui ouvre sur l’Azaghar.

Le territoire agricole est composé de multiples sources d’eau dont trois principales qui sont par ordre d’importance Aghbalou (la source en tachelhit), Aïn Jdid (la nouvelle en arabe), Toulli (qui est liée à une mosquée au centre du périmètre) et plusieurs résurgences secondaires complétées par des puits sur la nappe superficielle, désormais équipés de motopompes.

Ouijjane a connu une très forte émigration de sa population masculine qui est massivement partie travailler en France dès les années 1950, d’abord comme ouvriers puis comme commerçants. Leurs enfants, restés sur place, ont souvent entrepris des études supérieures et nombre d’entre eux sont devenus des cadres de la fonction publique ou d’entreprises privées. L’oasis connaît une très forte déprise démographique depuis une vingtaine d’années avec un fort vieillissement de la population. De nombreuses parcelles sont actuellement à l’abandon.

Les familles de propriétaires ont recours à une main d’œuvre installée sur place afin de maintenir l’irrigation et l’entretien de leurs parcelles. Les pratiques culturales se sont simplifiées et se résument bien souvent à la culture d’oliviers de variété locale réputée très résistante au stress hydrique, à laquelle peut s’ajouter de la luzerne et du maïs si les parcelles sont clôturées. En effet, le manque d’entretien a favorisé l’installation de hardes de sangliers.

Du fait des fortes chaleurs et de la sècheresse, l’année 2023 est la deuxième année consécutive sans olive. « C’est la volonté de dieu, car les olives peuvent être absentes trois années consécutives et revenir » commente Lahcen.

Dans ce contexte, on assiste à la renégociation des accords entre les propriétaires et ceux qui s’occupent de l’irrigation de leur parcelles. Le contrat de khammès, soit l’obtention du cinquième de la récolte, est désormais profondément remis en question par la faiblesse de la productivité des parcelles et par l’absence structurelle de main d’œuvre.

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