Tous les articles par David Goeury

Une jeunesse en première ligne face au réchauffement climatique : les jeunes internes ruraux au Maroc / Youth on the front line against global warming: children in a rural boarding school in Morocco

Par Khadija ZAHI

6e Congrès des études sur le Moyen-Orient et les mondes musulmans du GIS MOMM
Strasbourg, 26 juin 2025

Géohistoire environnementales. Passé, présents, et futurs des relations multi spécifiques (humains, animaux, végétaux et autres) face au réchauffement climatique

Partie 1 : Des institutions et des organisations à réinventer face aux défis
du réchauffement climatique

Résumé en français

Les jeunes en milieu rural font partie de ces catégories dominées sur lesquelles sont construits de très nombreux discours sans que ces derniers et ces dernières puissent réellement infléchir les questions de recherche. Or, ces jeunes sont pourtant au cœur des grandes transformations économiques, sociales et surtout environnementales. Déconsidérés car représentés comme une catégorie arriérée, les politiques publiques et les programmes de recherche interrogent souvent leurs trajectoires scolaires ou leur intégration professionnelle selon le principe qu’il faut intégrer ces jeunes à la grande transition scolaire, salariale et entrepreneuriale. Celles et ceux qui resteraient en dehors de ce processus sont mise en invisibilité et déconsidérés n’ayant pas d’ailleurs le droit à la parole, voire même leur parole peut être déconsidérée.

Notre enquête auprès des jeunes résidant dans un internat associatif dans la région Souss Massa au Maroc met en évidence une éco-anxiété qui les affecte profondément dans leur quotidien à l’école, au sein de la famille et dans la localité de résidence. Nous défendons le principe que les jeunes et tout particulièrement les élèves des établissements secondaires constituent une catégorie essentielle pour comprendre les effets concrets de l’accélération du réchauffement climatique du fait de l’obligation institutionnelle qui leur est imposée de faire des choix d’orientation scolaire ou professionnelle dans des territoires marqués par le dépeuplement, une forte migration vers les villes et une transformation radicale du paysage végétal. Ces jeunes constituent une catégorie sentinelle car aux avant-postes du changement social du fait des transformations environnementales.

Cultiver et cuisiner : passion personnelle, bonheurs familiaux. La parcelle agroécologique d’Aïcha

Par David Goeury, Irène Carpentier, Lucia Bordone et Khadija Zahi

Aicha nous guette sur le seuil de sa parcelle. Elle sait que nous allons remonter et passer à proximité d’elle. Elle nous attend. Elle a vu notre déception de ne pas rencontrer son voisin Driss retenu par des démarches administratives à Tiznit. Notre petit groupe remonte lentement le chemin et la salue poliment. Immédiatement, la conversation s’enclenche, elle nous invite à visiter son jardin dont elle est si fière.

Elle réside entre le village et la ville de Tiznit où vivent ses enfants et ses petits enfants. Son fils l’amène plusieurs fois par semaine dans la maison familiale pour qu’elle s’adonne à sa passion, le jardin. Pendant longtemps, elle n’a pas eu de jardin, elle avait appris quelques rudiments auprès de son père durant son enfance, mais une fois mariée et installée dans une vie urbaine, elle a délaissé cette activité. En 2017, elle avait alors seulement un petit jardin proche de la maison familiale dans le village où sont plantés des arbres fruitiers (citronniers, grenadiers, pommiers et oliviers) et quelques légumes qui sont désormais cultivés dans la nouvelle parcelle. Cependant, elle s’en occupait très peu. Elle a donc saisi l’opportunité de la formation en agroécologie organisée par l’association pour se lancer dans le jardinage, même si elle ne pouvait pas être membre de la coopérative féminine du fait de sa résidence à Tiznit.

Parcelle et enquête. Crédits :David Goeury

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Développer un élevage laitier en famille à Doutarga  : un travail exigeant et collectif

Par Mohamed Mouskite, David Goeury, Khadija Zahi, Amandine Vaccaielli et Lucia Bordone

Fatima est une éleveuse que nous connaissons depuis plus de 7 années déjà. En 2016, elle était avec sa voisine Fadma l’une des deux seules femmes enregistrées en son nom personnel au sein de la coopérative laitière qui collectait le lait depuis un petit dépôt installé au sud de la ville de Tiznit dans un espace mis à disposition par la direction provinciale de l’agriculture à destination de la COPAG. Lorsque nous revenons à Doutarga pour enquêter les femmes inscrites comme membre de la coopérative de Bounamane qui a pris le relais désormais, c’est immédiatement vers elle que les autorités nous réorientent. Elle est sur sa parcelle mais n’hésite pas une seconde à interrompre la cueillette de la luzerne qu’elle laisse à sa fille pour nous rejoindre avec un enthousiasme non feint. Elle se souvient de nous et surtout elle veut nous montrer les nouveautés. Elle nous informe que  Fadma a délaissé l’élevage bovin, après l’émigration de son fils. Devant son étable, nous retrouvons une de ses filles entrain de décharger la récolte quotidienne de luzerne. Elle esquive la conversation, en disant simplement qu’elle aide sa mère pour lui laissé toute la place. Lorsque nous entrons dans l’étable dédiée à l’engraissement, elle s’exclame : « photographiez les poulets. C’est nouveau cela ». Commence alors un très long entretien durant lequel Fatima va présenter les transformations de son exploitation.

Alors que le Maroc connaît une sécheresse particulièrement sévère depuis 6 années et un recul de la production laitière qui a obligé le ministère à multiplier les aides à la reconstitution des cheptels en 2023, Fatima a fortement développé son cheptel disposant désormais de plusieurs vaches laitières de race holstein et en engraissant de nombreux veaux. Son cheptel a été multiplié par plus de trois. A cela, elle a ajouté une activité d’élevage de poulets. Cette dynamique entrepreneuriale l’amène à privilégier un nouveau registre de langage, celui du travail bien fait.

Ici, nous détaillerons avant tout son activité d’éleveuse de vaches laitières pour interroger son rapport au travail, l’organisation familiale que cela suppose, la relation à la performance productive des animaux et enfin le défi d’intégrer une structure de coopérative laitière.

Récolte de luzerne journalière. Crédits : David Goeury

Travail consciencieux et pénibilité : l’éthique au travail

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L’école dans le milieu oasien : mobilisation des acteurs locaux et nouveaux défis

par Khadija Zahi

Pendant plusieurs décennies, l’offre scolaire dans le milieu oasien, à l’instar du milieu rural, était insuffisante, voire inexistante. Les familles étaient contraintes de faire des arbitrages pour la scolarisation de leurs enfants ; un arbitrage systématiquement en défaveur des filles.
Grâce à l’école, les garçons scolarisés dans les années soixante et soixante-dix, bien qu’ils fussent une infime minorité, connurent une ascension sociale certaine par rapport à leur origine sociale de base. Devenus instituteurs, professeurs, directeurs d’école, cadres dans les administrations …certains dans leur territoire ont fait de la cause éducative, un de leur cheval de bataille ; la priorité, comme le dit Brahim, professeur et ancien président de la commune Arbaa Sahel de la province de Tiznit, « c’est d’abord et avant tout l’école, l’enfant et la mère ».

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